Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch29 Ep11

episode397.mp3

La DEUXIEME SAISON DE FORCES MENTALES EST DISPONIBLE SUR http://forcesmentales.fr !

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 11 : « Visions (2) »

« Bonjour Fabio < ouf > ! Tu vois, chérie, je t’avais dit qu’il serait… serait… làààà  ! »
Ayant malencontreusement posé un sac un peu trop en déséquilibre sur le trépied de l’entrée, le contenu glissa, entrainant vers le sol le petit meuble et un second cabas. Sans réfléchir, Fabio en appela à ses pouvoirs pour ralentir la chute et éviter la casse du vase avec la fleur en plastique, mais rien ne se produisit. Au mieux, put-il entendre les mots d’oiseaux qui traversèrent l’esprit de Phil avant que le fracas n’égaille l’immobilisme de la pièce.
La réaction, et surtout le manque de résultat, du jeune homme n’échappa pas à Adénor.
Alors, ce que l’on nous a dit était vrai ? Vous avez perdu vos pouvoirs ?
Hem… je, en fait c’est…
Et merde ! La bouteille de parfum dans le sac s’est fendue, ça coule dans le linge ! Quelqu’un a un mouchoir, vite ? s’enquit Phil, interrompant le début de conversation dans son affolement.
Attends, j’en ai un là.
Fabio chercha une poignée de secondes dans la poche arrière de son pantalon et en sortit une pièce de tissu qu’il apporta. Au milieu de l’entêtante odeur qui montait, il pouvait deviner le regard que l’ancienne tueuse portait sur lui, telle une chaleur incommodante sur sa nuque. Phil extirpait les affaires du sac aussi vite que possible, enfermant le flacon fêlé pour tenter d’en retenir le contenu. Il le tendit à Fabio qui s’empressa de rejoindre la salle de bain. Avisant un verre vide, il y versa ce qui restait et le déposa dans l’évier pour éviter tout nouveau drame. Se retournant vers l’entrée, il fit face à Adénor :
Comment allez-vous, Fabio ?
Je… je devrais vous poser la même question, rétorqua-t-il en désignant son ventre du menton.
Le regard de la jeune femme se troubla tandis qu’une esquisse de sourire mourut immédiatement sur son visage.
Nous n’en sommes qu’au premier mois, le chemin est encore long, mais les médecins disent que pour l’instant tout va très bien. Par contre, il n’y a pas de spécialiste pour les Mentaux esseulés dans l’Exode, Fabio Ouli. Alors ? Comment vous sentez-vous ?
Son début de grossesse n’avait rien enlevé au caractère, ni à la pertinence, de l’ancienne tueuse de l’Armée royale.
J’essaye de faire le point.
Encore ? souffla malicieusement le Faiseur.
Et combien de temps cela vous prendra-t-il ? Des mois ? Des années ?
Je l’ignore… je ne vous attendais pas. Vu la quantité de bagages, j’en conclus que vous revenez vous installer ici ?

Oui, mais changer de sujet ne vous sera d'aucune aide. Godheim nous a prévenus qu’il vous serait désormais difficile sinon impossible de simuler vos « miracles » habituels. Par contre, il a été avare d’explications quant à ce qui vous était arrivé. Depuis quand êtes-vous au courant ?
Un peu moins d’une dizaine de jour. Écoutez, ce n’est pas que je souhaite éviter cette discussion, mais je vais récupérer mes propres affaires et vous laisser la place, alors si vous…
Elle se saisit du bras qui voulait l’écarter, sans brusquerie, mais avec fermeté :
J’ai aussi perdu ma raison d’être, par deux fois. On s’en remet toujours, Fabio. Il vous faudra chercher ce que vous êtes vraiment, au-delà de ce que les autres attendaient de vous.
Je n’aurais pas dit mieux, elle me plait cette petite, elle me plait de plus en plus !
Je… heu, merci, Adénor. Pardon, je dois passer.
La jeune femme s’écarta et il s’enfuit littéralement devant elle, poursuivit par la brulure de son regard. Le respect de sa souffrance pouvait-il être sincère ? Et, quand bien même, que pouvait-elle y comprendre ? Il avait perdu la clarté, il était devenu l’aveugle que l’on doit soutenir, l’obscurité était désormais son horizon, l’impuissance, son rayon d’action.
IL N’Y A QUE TOI QUI REFUSES D’Y VOIR, PASSEUR ! TON POUVOIR EST PLUS ÉTENDU QUE N’IMPORTE QUEL MENTAL, FÛT-IL OMNIPOTENT !
Quoi ?
Fabio manqua de tomber, il se rattrapa au fauteuil et observa Phil avec stupeur. Celui-ci se tenait debout devant l’encadrement de la porte, les pieds joints, le doigt de sa main droite tendue à l’extrême vers le Mental blond. Adénor comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas, cependant, par réflexe, elle resta à plusieurs pas de distance, un bras en protection de son bas-ventre :
Chéri  ? Que se passe-t-il ?
TON FRÈRE VA DEVOIR AFFRONTER, SEUL, TOUT CE QUE L’ARMÉE NOIRE NALCOĒHUALE AURA DÉPÊCHÉ POUR ANNIHILER LES HOMMES !
Non ! ne put s’empêcher de crier Fabio.
TU N’AS PAS PLUS LE CHOIX DE TON DESTIN QUE L’EXODE OU ANTON MARENKOV, SOYEZ DÉMUNIS DANS LA DESTRUCTION OU UNIS DANS LA SURVIE.
Et, sans préavis, le doigt accusateur retomba et Phil s’agenouilla pour plier consciencieusement les habits sauvés du parfum. Il en renifla deux puis, visiblement satisfait se redressa en emportant son trésor. Devant la mine ahurie des deux autres, il s’arrêta net :
Heu… oui ?
Phil chéri ? Ignores-tu ce que tu viens de faire ?
J’ai ramassé les vêtements, c’est grave  ?
Tu as hurlé beaucoup de choses très intéressantes, en fait. Je crois que ce n’était pas toi qui parlais par ta bouche, suggéra Fabio, dans un coup d’œil discret vers le chat somnolant au creux des coussins du canapé.
Et j’ai dit quoi, demanda Phil ?

Quelques explications plus tard, tous trois se retrouvèrent à partager un thé à la menthe, préparé à l’occasion par Fabio, autour de la table de la cuisine. Phil regardait tour à tour ses deux voisins :
Le fameux Faiseur aurait parlé au travers moi ? Mais c’est incroyable !
Pas tant que cela, répondit Fabio. Il te connait bien, crois-moi. Je ne saisis pas le but de cette mise en scène, par contre.
Tu te souviens de notre dernière altercation avec Godheim sur Monte-Circeo, intervint Adénor, les coudes posés autour de sa tasse fumante ?   Lorsqu’il avait menacé de jeter un astéroïde et sa population en rebellion au travers d’un trou noir, tu avais prononcé quelques phrases qui n’étaient pas de toi non plus. Je me rappelle avoir été surprise… mais l’avatar de l’Empereur-Dieu avait d’emblée accepté de négocier, sans que l’on comprenne pourquoi.
Tous méditèrent cette information, tournant leurs cuillères pour refroidir les breuvages. Phil reprit :
Admettons. Donc j’ai — enfin, il a — parlé de ton frère, du destin et de destruction, c’est cela ?
C’est cela. D’après ce que l’on sait, une flotte de MaterOne est en ce moment aux prises avec les Nalcoēhuals. Il semblerait qu’elle n’ait pas beaucoup de chances de s’en sortir. Après tout, la dernière fois, les corvettes de Ragnvald nous soutenaient et ils nous avaient donné une partie de leur technologie.
Et vous étiez à l’œuvre, Fabio. Le Pope Titus Matrane nous a passé l’information et Gandhi l’a confirmé par la suite, compléta Adénor, montrant ainsi que le duo suivait les évènements au plus près.
Effectivement. Mais les Mentaux d’Angilbe n’ont que leurs vaisseaux et ce n’est pas suffisant face à nos adversaires.
Nouveau silence. Adénor gouta son thé, ajouta une touche de sucre, puis avala une autre gorgée. Phil n’avait visiblement pas soif, un air décidé peint sur son visage, il interrogea à nouveau Fabio :
Et que va-t-il leur arriver, maintenant ?
À qui ?
À cette flotte, pardi ! Fabio, ce sont tes anciens collègues, ce sont des humains comme nous, on va les laisser se faire massacrer sans rien faire ?
Hé bien, ils venaient probablement pour nous anéantir, nous. Le Mental but à son tour une gorgée brulante, puis continua.
De plus, l’Exode n’est pas une armée, ce sont des vaisseaux civils. Nous n’avons pas les moyens de combattre les nouvelles sortes d’engins nalcoēhuals, même Ragnvald semble démuni…
Et nous serions les suivants, c’est cela ? intervint Adénor, la voix sèche.
ILS VONT ATTAQUER MATERONE ! C’est cela que voulait dire le Faiseur ! Soit nous nous y mettons tous ensemble, soit on se fera rayer de la carte les uns après les autres par les Nalcoēhuals  !
Et maintenant, dis-nous ENFIN qui est ton frère !
Fabio prit quelque secondes pour rassembler toutes les pièces du puzzle et confirmer, autant que de possibles, l’évidence avant de répondre.
Il serait à la tête des forces humaines. Il aurait « récupéré » le pouvoir qui était le mien avant. Il devrait, en théorie, pouvoir les repousser et puis… ET MINCE !
Je ne peux rien y faire, NOUS ne pouvons rien y faire ! Vous croyez que ça me fait plaisir d’imaginer que Ralato va risquer sa peau tout seul face à ce qu’on a affronté là-bas  ?
… et tous les autres humains ! tonna Phil, le poing cognant soudain le plateau de la petite table. Ceux de MaterOne, de Talbot, Piñata et toutes les stations ou colonies de l’univers connu… TOUS vont y passer, si l’on ne fait rien !
Et que proposes-tu, chéri ?
Je… heu… je ne sais pas. Harceler les Nalcoēhuals comme on pourra ? Pilonner leurs bases arrière pendant que le gros de leurs troupes seront au loin, prévenir MaterOne qu’ils…
Ce point est inutile, le coupa Fabio. Ralato a déjà été prévenu, notre ami Loyal s’en est occupé.
LOYAL ?
LOYAL ? réagirent de concert Adénor et Phil.
Lui-même. Personne ne sait ce qu’ils manigancent, hormis le Faiseur, bien sûr. Mais ils sont derrière tout cela. La perte de mes pouvoirs, la préparation à l’ultime affrontement de Ralato, peut-être même influencent-ils les Nalcoēhuals. Ils veulent entrer dans notre dimension, mais quel est le rapport avec ce qu’il se passe maintenant ?
Phil se redressa brusquement.
Il faut qu’on mette Arlington au courant, l’Exode DOIT réagir ! On ne peut pas laisser arriver… ÇA. C’est un… un…
Un génocide, chéri, répondit Adénor, la voix glacée. On appelle cela un génocide. Je viens avec toi.

Ils étaient déjà partis depuis plusieurs minutes, Vivagel sur leurs traces, que la nuque de Fabio brulait encore du regard d’Adénor. Elle lui rappelait, entêtante, la culpabilité inavouée du Passeur, impuissant à comprendre quel pouvait être son rôle.

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RedU T1 Ch29 Ep10

episode396.mp3

La DEUXIEME SAISON DE FORCES MENTALES EST POUR SAMEDI PROCHAIN (http://forcesmentales.fr) PREPAREZ-VOUS !

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 10 : « Visions (1) »

La pièce était plongée dans l’obscurité, comme presque toujours ces derniers temps. En l’absence d’Adénor Kerichi et Phil Goud, leur vaste logement de fonction, offert au titre nébuleux de « personnalités invitées », brillait par sa froideur. Quand on connaissait les conditions d’hébergement désastreuses dans la Cité intérieure de Transporteur 3, il y avait matière à mécontentement, mais bon. Ils passaient de temps en temps ici récupérer quelques affaires et caresser le chat, si celui-ci daignait les accueillir. Les plaisirs de la « vie de divinité », dans un Exode arrivé à destination, pouvaient se résumer à ce logement.
C’était donc Fabio Ouli qui occupait et s’occupait des lieux, utilisant, nettoyant et nourrissant accessoirement Vivagel, le félin de Phil. Mais la plupart de son temps, lorsqu’il n’était pas en formation de son élève, Maeve Onawane, ou en discussions interminables avec l’Empereur-Dieu, il le vivait assit dans le canapé. Regarder la multivision, parfois, ou contempler Antares IV et les étoiles environnantes, souvent, furent ses principales activités… jusqu’à la disparition de ses pouvoirs. La situation se dégrada encore quand le groupe de Mentaux, guidés par l’ancien agent Stuff MacDone, arriva pour leur prêter mainforte. Les maigres talents de Fabio ne résistèrent pas une heure à l’inspection des nouveaux venus et la nouvelle de son infortune se répandit chez les dirigeants de l’Exode.
Fabio éprouvait désormais une profonde honte de son état. Cela faisait maintenant plus de sept journées qu’il restait cloitré dans cet appartement, ne recevant personne, n’assurant plus ni formation ni visite, rien. Que les membres du Conseil des Commandants s’abstiennent de leurs sempiternelles complaintes sur l’identité du Faiseur, que Godheim/Gandhi se débrouille pour réaliser ses « miracles » habituels !
Fabio voulait s’enfoncer plus petit que jamais dans ce trou de souris et ne plus jamais en être délogé.
Miaaaaoooww ! On parle de souris ? monta une voix dans sa tête.
Vivagel venait de sauter délicatement sur le dossier du canapé et il abondait les oreilles de Fabio de ronronnements plus voluptueux les uns des autres. C’était lui le mystérieux Faiseur, l’être mythique et réellement divin qui croisait la course de l’humanité lorsqu’elle coïncidait avec celle des Titans, de dangereux habitants d’une dimension parallèle.
Pas seulement, j’ai aussi beaucoup d’affaires à gérer, figure-toi !
Laisse-moi, fit Fabio sans même se retourner. Si c’est pour me faire la morale ou me montrer combien tu es supérieur, je n’ai aucune envie de le supporter.
Oh ? Monsieur boude ?
Non. Monsieur veut juste être tranquille pour faire le point. C’est sans doute un concept abstrait pour toi, mais pour moi cela compte.
Et combien de temps cela te prendra-t-il ? Parce que j’ai une facture à présenter en fin de service et j’aimerais savoir à qui la donner, tu vois ? Brrrrr miaw, miaw, Miaaaaoooww !
Fabio ne répondit pas, laissant l’autre se gargariser de son propre humour décalé. La perte de ses pouvoirs avait profondément touché le jeune Mental blond, bien plus qu’il ne l’aurait jamais imaginé. Il avait pratiquement passé toute sa vie avec cette aura de puissance psychique sans commune mesure avec ce que l’on connaissait sur MaterOne. S’en retrouver dépouillé si violemment revenait à arracher ses vêtements en pleine rue sous les rires des badauds.
Il avait déjà vécu plusieurs disparitions de ses facultés, souvent dues à des difficultés physiques, épuisement, maladie, ou à des traitements médicamenteux comme lors des mois où il était emprisonné sous les montagnes par Angilbe. Avant leur entrée dans la Passe de Magellone, les Titans avaient semblé incapables de le suivre pour lui procurer leur puissance. Cela s’était évanoui une fois éloigné de ce lieu si particulier. Mais aujourd’hui, pour d’obscures raisons qui lui échappaient, il sentait que c’était bel et bien terminé. S’il apercevait toujours ses petits amis, ils ne s’approchaient plus de lui qu’à grand renfort de concentration de sa part, en moins grand nombre que pour un Mental comme Stuffy par exemple, comble de la déchéance. Il lui semblait clairement les voir hésiter, la majorité refluant à ses appels, et seuls certains le frôlaient pour prodiguer puissance et pouvoirs. Le détestaient-ils, souhaitaient-ils le punir ?
Ou plutôt : « ont-ils un autre chouchou » ? intervint le Faiseur, alors que Vivagel prenait plaisir à pomper de ses pattes avant l’épaisse mousse du dossier.
Que veux-tu dire ?
Que tu es idiot ! Tu as toutes les informations entre tes mains, mais tu ne les recoupes pas. Je t’accorde que les autres ne sont pas mieux, mais tout le monde n’est pas Passeur.
Fabio se redressa et croisa les yeux du semi-hypnotique félidé. Vivagel lui montra sa satisfaction en enfonçant ses griffes dans le tissu.
Salut ! Brrrrr, tu daignes enfin me regarder. J’ai donc réussi à attirer ton attention, à ce que je vois.
Assez. Que m’arrive-t-il ? Tu le sais, n’est-ce pas ? Les Titans se sont lassés de m’apporter leur soutien ?
Tu te poses les questions superficielles, mon loulou. Les vraies seraient plutôt : « qui suis-je » et « que devient mon frère » ?
Ralato ? Oui… Ralato ! Godheim a dit qu’il revenait de Talbot et qu’il avait impressionné les…
Fabio fut traversé d’une brusque intuition. Fut-elle provoquée ou pas par le Faiseur, il en était coutumier, elles se répandaient dans son esprit en d’interminables conséquences et d’innombrables interrogations.
… Ralato ?
Ils l’ont choisi lui, c’est cela ?
Bingo ! Et crois-moi, ils n’y sont pas allés de main morte. Monsieur relativise à lui seul toutes les prestations dont tu as pu faire preuve par le passé. J’avoue que sa maitrise de toute cette puissance m’impressionne. Il a un talent certain, ce garçon.
Arrête, on penserait entendre Godheim. Au moins, il ne risque rien pour l’instant. Et pourquoi les Titans ont-ils changé d’avis ?
Tu le saiiiiis, répondit le Faiseur en un miaulement bien compris.
Parce qu’ils ne pouvaient plus me manipuler à leur guise ?
Voilà ! Leur plan demandait un réel engagement de ta part. Ce que, visiblement, tu n’étais plus prêt à leur offrir, mais ils avaient leur joker : Ralato Ouli, ton frère jumeau. Il a été imprégné par ton rayonnement depuis sa naissance, il maitrise les techniques Mentales et est à la tête de l’humanité, un met de choix pour nos requins transdimensionnels.
Imprégné ? La… tête de l’humanité ? Je croyais qu’Angilbe était devenu chancelier. Godheim parlait de perte de raison, à son sujet, c’est ce que tu essayes de dire ? S’il te plait, arrête avec les cachotteries, soit clair ! .
Le félin s’étira longuement, prenant son temps, puis s’assit. Il se lavait la patte avant lorsqu’il répondit  :
Il est mourant. De mon point de vue, son état ne change pas grand-chose à ce qui arrive. Ç’aurait, de toute façon, été à ton frère de mener la guerre, il n’aurait été qu’un soutien arrière, sans plus.
La guerre ? Quelle guerre  ?
Le chat leva la tête vers Fabio, écarquillant ses yeux à vouloir l’engloutir dedans, un quelque chose d’attristé émanant du puit sans fond de ses pupilles. Souhaitait-il partager une peine ? Un dieu pouvait-il être peiné ?
Au même moment, la porte de l’appartement s’ouvrit sur Phil Goud, les bras chargés de sacs et tirant deux grosses valises, et Adénor Kerichi, le bassin un peu plus en chair que dans les souvenirs du Mental blond.

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RedU T1 Ch29 Ep09

episode395.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 09 : « Remords(5) »

Cette scène s’était déroulée plus de quatorze années en arrière. Cela faisait déjà plus d’un an qu’il ne l’avait plus vu. Calande Rorré ou la Capitaine Fakir avaient pris la relève de son cœur et de son corps…
Méhala et lui venaient tout juste de faire l’amour…
Ce garçon ne représentait qu’une projection du passé destinée à lui nuire…
Mille-et-une raisons auraient pu le retenir de tomber, elles se multipliaient dans sa tête en une cacophonie assourdissante face à cet Apollon qui fut sien durant près d’une décennie. Lorsque ses genoux ployèrent et qu’il toucha le sol, une ultime voix lui cria qu’il pouvait encore se reprendre, qu’il était maitre de son âme. Ses yeux s’embuèrent pourtant et ses derniers scrupules s’effacèrent devant l’image même de la pureté.
Le jeune corps se révélait à la lumière lunaire dans une semi-obscurité que le lait de son épiderme glorifiait. Ses proportions parfaites traçaient les membres de longs muscles qui dessinaient une anatomie en pleine croissance s’approchant du divin. Une chevelure d’or semblait luire de son propre chef, détachant de cette quasi-apparition un pelage qui recouvrait le crâne, les sourcils et le pubis, attirant — absorbant — le regard. Et encore, si ce n’était que physique, mais Fabio Ouli représentait tout ce que Poféus n’avait su être. Sa perfection intellectuelle, un savant mélange de naïveté et de maturité et ses pouvoirs fantastiques le plaçaient au-dessus de cette humanité barbare. La soumission absolue du jeune homme à son égard en avait fait l’archétype du partenaire idéal pour celui qui n’était alors que contramiral.
Fabio pouvait lire dans tous les esprits, sauf celui d’Angilbe ; personne ne pouvait résister à Poféus et ses Forces mentales, sauf Fabio. Le duo qu’ils formèrent mêla amour et masochisme, introversion et ambition, et rien ne leur survécut, pas même le secret le mieux gardé de la lignée royale : les Titans.
Tu n’as pas souvent été repentant et jamais dans cette position, remarqua simplement le garçon, un sourire aux coins des lèvres.
C’est vrai…
Alors, dis-le, s’il te plait. Je… je l’attends depuis si longtemps.
Poféus courba l’échine, les paupières serrées à s’en faire mal. Oui, il s’agissait bien de larmes qui se formaient et qu’il tentait de retenir. Il inspira profondément, comme pour se préparer à plonger dans une étendue liquide sans fin, puis prononça simplement :
« Je regrette de t’avoir quitté, Fabio. ».
Ça y était, c’était dit. Pourtant autre chose remontait, une épaisse digue venait finalement de céder en son for intérieur, quelque chose de puissant qui avait demandé des siècles d’effritements et de coups de boutoir pour ressurgir maintenant et ici. Comme effrayé devant une horde de chevaux en furie, il s’affola, cherchant autour de lui une quelconque échappatoire. Il ne découvrit que le mobilier ciré dont l’odeur titillait encore les narines, une literie raffinée aux ourlets compliqués pendants de chaque côté d’un large sommier central, faisant lui-même face à un vieux miroir aux moulures de bois précieux. Au-delà des hautes portes-fenêtres donnant sur le balcon, une nuée de cirrus tramaient le ciel d’où perçait la lune en pleine gloire. Elle s’auréolait parfois, mal dissimulée derrière un nuage, puis s’ébrouait à nouveau d’une clarté aveuglante dans l’obscurité étoilée. Et tout cela mettait en valeur l’hypnotique pâleur de Fabio…
« Je… dois… me faire pardonner pour beaucoup plus que cela.
… pour…
… pour les humiliations, le mépris, la… l’injustice avec laquelle je t’ai traité ! Je ne vois pas… je ne me souviens pas de moment où je t’ai considéré comme tu le méritais ! »
Il leva les yeux vers le visage adolescent, impuissant à stopper le flot de paroles qui s’échappait de ses lèvres :
« Je t’ai même trompé, plusieurs fois, avec des mignons, dans ton dos. R… Ralato m’y aidait et je savais qu’il te détestait assez pour te le dissimuler.
Tout ce que tu m’as offert, je l’ai reçu avec dédain. Tout ce que tu accomplissais n’était jamais assez : tu représentais ma gloire, mon trophée, celui sur lequel je m’appuyais sans vergogne. Je t’ai… je t’ai EXPLOITÉ pour accéder à la puissance et assouvir mes fantasmes !
PARDON !
… PARDONNES-MOI ! »
Et il fondit en larmes, le visage enfoui dans les cuisses de son ancien amant. Face à ce presque adulte, il s’effondrait maintenant autant physiquement que psychiquement. Cet enfant avait grandi à ses côtés, écrasé sous la domination de celui qui, affamé de pouvoir, ne le voyait plus, il représentait le coin par lequel la honte parvenait finalement à faire imploser une coquille cent fois d’acier. Angilbe cria son désespoir comme Fab io l'avait fait lui-même à plusieurs reprises durant leur vie commune.
Cela se produisit donc ainsi, dans l’intimité de sa chambre à coucher, là où il avait commis ses crimes parmi les plus abjectes, là où il avait également connu l’amour le plus passionné. Là où Heir avait manqué par deux fois de l’assassiner et qu’il avait échafaudé certains de ses plans les plus retors. Ce fut au centre de cette immense toile, qu’il avait si patiemment tissé tout au long de son existence, qu’Angilbe Poféus retrouva finalement les remords, les regrets et la douleur qu’il réprimait depuis si longtemps aux tréfonds de son âme.
Il pleurait et criait à la fois, de la bave se mêlant à des larmes qui s’écrasaient sans compter sur le sol. Impossible de reprendre son souffle, chaque bouffée d'air se transformait en sanglots et en hurlements, tout juste réussit-il à prononcer un nom :
F… Fabio… FABIO !
Tu as de l’eau qui coule de tes yeux, mon chéri.
Très lentement, deux mains juvéniles vinrent se glisser dans la maigre chevelure qu’il lui restait et l’attirèrent délicatement. La douce chaleur du bas-ventre de Fabio représentait une branche flottant dans un océan en tempête et sans réfléchir, il s’y agrippa. Ses bras enserrèrent tout le bassin, compressant les chairs, appuyant sur les os : Fabio, son Fabio revenait encore pour le sauver… ou le tuer, mais qu’importe ! Depuis l’œil du cyclone de souffrance qui l’arasait, il cherchait de l’aide.
Et Fabio était là.
Quelques longues minutes s’écoulèrent, le temps que la respiration d’Angilbe se refasse plus profonde, reprenne un rythme, sinon normal, au moins stable. Il réussit à libérer un bras pour s’essuyer grossièrement, quand Fabio s’exprima enfin, d’une voix douce et jeune, dénuée de tout reproche :
Je t’absous de tes péchés, Angilbe Poféus.
Q… quoi  ?
Amour et haine ne sont que les faces d’une seule et même médaille. Nous avons tous souffert de ta personnalité égoïste ou peureuse. Crois-tu que nous ignorions à qui nous avions à faire ?
Angilbe releva la tête, croisant enfin le regard de Fabio. Mais était-ce vraiment le jeune homme qui lui parlait maintenant ?
« Nous sommes ceux qui t'avons tout donné et nous t’avons déjà pardonné il y a bien longtemps de ce que le destin a fait de toi. »
Doucement, il se libéra de l’étreinte du vieil homme et s’accroupit à son tour face à lui, ses mains glissant de la tête au visage… qu’il rapprocha du sien pour un baiser tendre, chaste, dénué de tout sous-entendu. Il dura longtemps, non pas passionné, mais raisonné, de cet amour assumé entre deux êtres ayant partagé toute leur vie. Angilbe le lui rendit, presque surprit d’être encore considéré comme un être humain aux yeux de… de qui, d’ailleurs ?
De moi, fit Fabio.
Ou de moi, répondit Heir ?
De nous, compléta Magnam.
Et pour nous, ajouta Méhala.
À tout jamais… conclut Calande Rorré.
Le visage face à lui changeait, se métamorphosait au fur et à mesure des apparitions furtives de ceux pour qui il avait compté plus que tout. La chambre s’était évaporée, il ne restait qu’un chemin de terre, un simple sentier sinueux émergeant du néant. En son centre, Calande Rorré et Angilbe Poféus, agenouillés l’un en face de l’autre, se tenaient par les bras, front contre front.
« Je… finissons-en, Calande. Je pense que… je crois que je suis enfin prêt. »
Elle lui souleva la tête, l’embrassant encore une ultime fois, et ils se relevèrent de concert. D’une main, elle désigna la voie qui se poursuivait devant eux :
« Allons par là, c’est ainsi que nous nous éteindrons tous les deux. Tous ensemble, devrais-je dire. »
Angilbe acquiesça sans dire un mot et s’engagea à la suite de sa dernière compagne. Pourtant, quelque chose le retint en arrière, comme si aller de l’avant devenait de plus en plus difficile. Calande, sentant la contrainte, se méprit :
Viens avec moi, aie confiance.
Calande, je n’arrive pas à…
Allez, viens te dis-je !
Comprenant que cela demanderait de plus en plus d’efforts, elle se tourna un peu exaspérée pour le réprimander, quand elle se couvrit les yeux de ses bras, hurlante de douleur et de terreur. Poféus se retourna à son tour et plissa les paupières devant l’intensité de ce qui émanait derrière lui.
Un gigantesque cerf de feu embrasait le ciel dans toutes les directions. Au centre de celui-ci, un homme brillait comme le soleil et sa main s’agrippait au chancelier sans même le toucher. Ralato Ouli observait le couple qui s’en allait, une expression de colère peinte sur son visage.

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RedU T1 Ch29 Ep08

episode394.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 08 : « Remords (3) »

À nouveau, le décor se dissout dans l’encre de l’obscurité pour réapparaitre sous une forme inattendue :
Un orthoptère ?
Oui, nous sommes en lévitation au-dessus de l’océan, à l’exacte verticale de la cathédrale sous-marine, cette relique sacrée de nos ancêtres que ta folie a conduit à la destruction, répondit calmement le roi, comme s’il expliquait à un écolier un quelconque problème mathématique.
Nous revoici à ce moment crucial de notre existence, Angilbe, celle qui scella nos destins à tous deux.
Un poids tirait le bras droit du chancelier, un pistolet automatique fumait, une cartouche engagée dans le canon encore chaud. Cela confirmait la plaie au front de Magnam IV. Il portait sa tenue d’officier en campagne, identique à celle qui l’habillait alors, quand ces évènement s’étaient produits. Derrière le souverain, la porte de l’appareil ouvrait sur un horizon marin où s’étiraient les vagues et leur écume chatoyante. Bizarrement, le ronronnement des turbines n’assourdissait pas les sons provenant de l’intérieur, mais, après tout, on n’en attendait pas moins d’un rêve.
Et que suis-je censé faire ? demanda Poféus, sèchement. À ce que je vois, vous avez déjà reçu la première balle. Reproduire notre dernière conversation ne m’intéresse pas.
Je pensais plutôt la poursuivre, mais sans que tu y mettes fin brutalement cette fois, répondit l’autre en bombant le torse, les mains jointes derrière son dos.
Sur cette posture habituelle pour le roi de l’humanité, il abandonna le chancelier du regard, considérant le poste de pilotage, vide de tout occupant. Après quelques secondes à observer l’immensité de l’océan au travers du parebrise avant, il reprit :
Pourquoi donc m’as-tu tué ? Le sais-tu ?
Vous m’avez traité de bâtard. C’était une humiliation !
Laisse-moi rire, Angilbe. D’abord, c’est malheureusement ce que tu es, un bâtard ; ensuite tu étais et es encore en haut de la hiérarchie. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais ce que « se maitriser » signifie.
Ce n’est donc pas la vraie raison.
JE N’AI PAS À VOUS FOURNIR D’EXPLICATION, VIEIL HOMME !
Allons, garde ton calme. On ne gagne rien à faire des colères avec moi! Une preuve supplémentaire que quelque chose te tracasse. Il soupira, puis reprit :

Pourquoi me prives-tu de notre lien familial et de mon titre ? « Vieil homme », dis-tu ? Mais te rends-tu compte que tu sembles plus âgé que moi ? Nous n’avions pas vingt ans de différence et maintenant encore moins. Les affres de la vieillesse ne t’ont pas épargné…
Un autre que vous m’a dit cela, il y a très peu de temps ! s’énerva Poféus en braquant son pistolet sur le roi.
Oui, je sais. Encore un de mes fils, ton demi-frère Héhuā que j’ai perdu avec tout le reste… J’ignorais alors ce qu’il allait advenir de lui. Je ne l’ai appris que lorsque tu as lu les rapports de tes officiers.
J’ai perdu beaucoup des miens, NOTRE famille : fils, femmes, père, mère et enfin mon frère. Il ne me reste que toi et Azala. Celle que tu as décidé d’abattre à tout prix  !

Tu n’as pas enfanté, Angilbe, tu n’as pas idée de ce que l’on ressent quand on assiste au combat fratricide de sa progéniture. L’un a été… perverti par les Souriants, l’autre fut une reine en devenir désormais exilée et il y a… toi.
Angilbe relâcha imperceptiblement son bras, abaissant son arme. Il cherchait le piège. Heir l’avait noyé sous les reproches et les insinuations, Méhala et lui avaient partagé leur passion et maintenant son père naturel qui l’avait abandonné semblait faire acte de contrition… où donc Calande voulait-elle en venir ?
Je ne t’ai PAS abandonné ! T’aurais-je aidé tout ce temps ? T’aurais-je offert mon cœur, mon amour paternel, tout  !
Cette phrase est de moi ! Mais Calande, quel est donc ton but ?
Cette fois-ci, il ne visait plus personne, le révolver pointait vers le sol et Angilbe cherchait au plafond une quelconque apparition de celle qu’il interpellait.
Angilbe… le roi s’approcha lentement, une expression attristée peinte sur son visage. Mon fils, je ne suis pas celui que tu crois, tu te méprends. Il n’y a…
Reste éloigné, Magnam. J’ignore combien de cartouches je devrais tirer pour que tu t’arrêtes, mais je n’hésiterais pas, gronda l’autre, son automatique menaçant à nouveau le monarque.
Le roi s’immobilisa, à un pas de son dauphin et seulement quelques centimètres du canon de l'arme.
Qu’est-ce qui te dit que c’est ton démon intérieur qui me guide, moi ou mes mots ? Crois-tu vraiment qu’elle possède un tel pouvoir ? Heir te haïssait, mais ta compagne Méhala et moi nous t’aimions. Le fait de nous revoir n’est pas forcément une finalité de son plan.
Ha oui ? Et quel est-il alors ce plan ? Réponds.
Je pense qu’elle te prépare à mourir… tu revis les moments clefs de ton existence avant la fin qu’elle te réserve, sans doute. Mécaryon et moi n’avons pas eu ce privilège, l’ignores-tu ? Notre disparition fut aussi brutale que celle de nos Lakedaímōns.
Ne comprends-tu pas que je veux profiter de cet unique moment pour t’ouvrir mon cœur, te dire combien je regrette de ne pas vous avoir préféré au trône, toi et Mathilde, ta mère ? Je…
Il chercha ses mots puis reprit :
… est-ce que tu désires une autre étape de ta vie ? Je peux arranger cela.
Magnam leva le bras et le décor s’effaça soudain, laissant l’obscurité engloutir jusqu’au chancelier lui-même, seul le fantôme du roi restait visible, irradiant tel un phare dans l’encre des nuits marines. Lorsqu’il reprit pied sur un sol, Poféus reconnut sans difficultés l’endroit : la passerelle de commandement du Théodème. Sa première « affectation » à la tête d’un vaisseau, alors qu’il venait de faire fusiller, puis éjecter dans l’espace, le précédent « Pacha » sur des allégations de trahison. En tant qu’amant de celui-ci, il lui avait été facile de déposer les preuves nécessaires, le reste se déroula sans grande surprise. Si ce ne fut…
« Commandant ? Le balayage nous donne quatre planètes dans ce nanosystème, dont une semble… habitable pour l’homme  ? »
Poféus regarda les schémas qui s’affichaient sur la large projection face à lui :
Confirmez les résultats.
La marge d’erreur est de… moins de trois pour-cent, Monsieur !
Le silence le plus complet envahit alors la salle, tout juste troublé par quelques retours sonores des consoles et écrans de contrôle. Plusieurs opérateurs et officiers se retournaient vers leur chef, tandis que d’autres restaient obnubilés par l’image de la petite planète rouge. Magnam IV se tenait à ses côtés, invisible pour les participants :
Te rends-tu compte que tu es en face de la plus grande découverte de l’histoire de l’humanité ? Et toi, tu sembles hésiter. Pourquoi, Angilbe ?
J’ai volé le commandement de ce vaisseau et tous s’en doutent plus ou moins confusément.
Il se détourna de ce qui deviendrait Antares IV pour croiser le regard du roi, son père :
Si leur premier souvenir de mon commandement avait été une déception généralisée. Par exemple, avec un retard de plusieurs semaines pour étudier une planète faussement vivable, j’aurais pu y perdre beaucoup vis à vis de l’équipage.
Ah… quand je pense à la fierté que j’ai ressentie lorsque tu es revenu, à la tête de ton nouveau commandement, porteur de la plus grande nouvelle imaginable pour ce genre de mission, répondit son père, rayonnant d’amour-propre. Te souviens-tu de la réception donnée en ton honneur au palais ? Je t’ai personnellement déposé la décoration autour du cou, tu ignorais alors combien j’exultais de te couvrir ainsi de gloire. Je crois que plusieurs larmes coulèrent ce soir-là, les plus observateurs y virent un humanisme exacerbé.

Sans même s’en rendre compte, Angilbe sourit à cette évocation. Il se souvint de ce sentiment qu’il partagea également : la fierté. Fierté d’être enfin lui-même, une personne importante et reconnue.
Oui, je me remémore parfaitement la scène. Toute la Cour à mes pieds, moi, agenouillé à une marche de vous. Je savais mon avenir désormais assuré, les forces armées royales récompensaient largement ce genre d’honneur sur le long terme.
Monsieur ? Que faisons-nous ?
La voix de son officier le rattrapa. Sans hésitation, Poféus donna ses ordres, les mêmes que naguère :
… déclenchez les procédures de reconnaissance en surface. Messieurs, nous allons passer les prochaines semaines ici à établir si cette petite planète rouge est vraiment celle que nous avons toujours cherchée. Exécution !

Et c’est ainsi que tout commença, lança la roi Magnam dans son dos. Les Forces mentales te furent offertes, des années plus tard la Révolution Castiks brisa l’ancien régime et en moins d’un an, l’Exode prit son envol de MaterOne vers ce bout de roche perdu dans l’espace. Encore un peu et tu devins chancelier. Le fils caché du roi accédant à la quasi-royauté. Quel incroyable retournement de situation !
C’est en effet cela… père. Mais nous oublions quelqu’un dans cette chronologie, n’est-ce pas ?
Poféus observa une dernière fois les larges écrans de contrôle où l’on suivait l’avancée du Théodème vers Antares IV. Oui, un grand moment de son existence, en effet…
Ne quittant pas son — si rare — petit sourire aux lèvres, il ferma ses paupières en s’adressant à la personne derrière lui qu’il savait ne plus être Magnam.
« Calande, je vais me retourner et je pense deviner qui sera le prochain sur ta liste. »
Nouveau brouillard d’ébène, il retrouvait la chambre de son château, offert par l’armée pour ses loyaux services. En bas, on entendait de la musique et des voix, une sorte de spectacle proposé à ses invités en conclusion d’une difficile journée où l’on déplorait la perte du Professeur QuartMac. Cette soirée aussi fût la première d’une période majeure de son existence : devant lui se tenait un jeune homme pas encore majeur, blond à la peau d’une grande pâleur, nu, mais qui ne s’en cachait pas. Leurs regards ne se quittaient pas.
Angilbe… dit-il simplement de la voix de Calande.
… Fabio, répondit le chancelier.

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RedU T1 Ch29 Ep07

episode393.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 07 : « Remords (2) »

Il ne sut que répondre, ignorant même quelle réaction serait à la hauteur d’une telle apparition. Méhala, LA Méhala, celle — celui — qui fut son premier véritable amour, le symbole de son enfance, puis de son adolescence presque insouciante, jusqu’à ce terrible jour. Sa voix rappelait étrangement celle de Fabio, ou était-ce l’inverse ? Elle coupa court à ses pérégrinations :
Au lieu de te perdre dans tes pensées, comme toujours, n’es-tu pas curieux de découvrir ce qu’il se passe dans cette grange ?
Heu... oui, si tu veux ?
Donne-moi la main, j’en ai besoin.
Elle tremblait un peu, exactement comme l’émotive Méhala qui se dissimulait alors derrière une façade rebelle. Et ce fut aussi innocemment que n’importe quel couple que le duo remonta la prairie, foulant l’herbe haute que les troupeaux n’avaient pas encore broutée. La jeune fille chuchotait à son oreille, le complimentait sur sa prestance ou sa taille, tenant un discours à l’opposé de celui, humiliant, que son demi-frère lui avait asséné un peu plus tôt. La voix flutée de Méhala laissait parfois apparaitre des accents Nordistes, ajoutés à sa gaité naturelle, Angilbe retrouva bien vite les raisons l’ayant fait fondre, à l’époque. Elle sautillait presque pour tenter de rester à sa hauteur, le vieil homme ralentit la cadence qu’une vie passée dans l’armée avait forgée en lui.
Oui, une vie... une autre vie, sans Méhala. Pourrait-il tout recommencer ? Ce serait bien étrange que Calande ou Heir organisent pour lui une nouvelle existence heureuse.
Et pourquoi pas, interrogea nonchalamment la jeune femme ? Nous sommes dans ton esprit, là où rien ne peut t’atteindre. Et si ton calvaire était de vivre une réalité inédite où tout serait différent ?
Méhala... il chercha la tournure idéale pour exprimer sa pensée, mais ne la trouva pas. Tu n’es qu’une illusion projetée par Calande ou peut-être même es-tu Calande ?
Le chancelier s’était arrêté, fixant sa voisine à la recherche de la moindre faille, du moindre détail corroborant sa théorie. La brise reprit, faisant glisser une mèche ondulée sur le petit nez en trompette. Par réflexe, Angilbe lui passa son doigt sur le front pour dégager les magnifiques yeux dans lesquels il se retenait de plonger. Comment se retrouva-t-il à l’embrasser ? Il n’en savait rien sinon que la passion le débordait tel un fleuve lors d’une crue d’été. Elle emportait tout, déracinait ses certitudes, arrachait ses doutes et submergeait ses derniers principes, jaillissant du plus profond de sa mémoire, là où l’espoir et la vie existaient loin de son cancer...
Il s’écarta d’elle imperceptiblement, l’ombre de la mort lente s’immisçant dans leurs fraiches retrouvailles. Cela ne sembla pas bouleverser Méhala outre mesure :
Si je ne suis qu’un souvenir, alors m’éteindre avec toi serait le plus beau cadeau, mon amour.

C’est une manière de voir...
Bien. On s’approche de nos tourtereaux dans la grange ? Tu désirais les espionner discrètement, je crois ?
Oui ! Dépêchons-nous, les hommes n’ont pas une endurance infinie, je m’en voudrais de rater cela !
Et, sans lui laisser l’opportunité de répondre, elle l’entraina par la main vers la vieille bâtisse. Plus ils s’approchaient, plus les sons se faisaient précis, s’agrémentant d’autres bruits de choses tombantes ou vibrantes sous les saccades des corps au contact. Méhala ralentit l’allure au fur et à mesure, allant jusqu’à se courber légèrement et intimer à Pofeus de faire de même, comme si cela pouvait cacher leur présence. Depuis les interstices séparants les planches de la paroi, on pouvait déjà les apercevoir. Lui, en chemise, ahanait sur elle, plaqué contre la botte de foin, la croupe levée, partageant inlassablement leur plaisir sous les à-coups. À leurs pieds, plusieurs pots de peinture et quelques vêtements dont une blouse qui rappela quelque chose à Pofeus. Il s’appuya sur une poutre à peu près solide pour mieux détailler celui en action. Les muscles saillants, mais d’une certaine maigreur, et une chevelure noire mi-longue qui reflétait quelques traits de lumière. D’elle, on ne devinait principalement que la crinière rousse et... ondulée.
« Mais c’est nous ! » murmura-t-il surprit. À peine venait-il de prononcer cela que les deux mains de sa voisine lui entourèrent les hanches, glissant vers l’avant de son bassin. Calande souffla à son oreille :
Moi, ça me donne des idées. Déshabille-toi, maintenant, je vais te prendre.
Mé... Méhala ?
J’ai envie de me sentir en toi, répondit la voix de la jeune fille. Je veux que tu les regardes pendant que nous savourons le même plaisir.
Avec toute la dextérité que les mois passés ensemble lui avaient prodiguée, Méhala déboutonna le pantalon de Pofeus et se saisit de l’organe viril, le remuant lentement en un mouvement de va-et-vient. Le geste produisant l’effet, la houle chaude, brulante même, remonta de son ventre et accéléra les battements de son cœur, tendant son sexe à l’horizontale, puis à la verticale. La main peinait dorénavant à le tenir dans son intégralité qu’Angilbe entendit la braguette de Méhala descendre, la blouse tachée poussée négligemment sur le côté. Lorsque le phallus de sa compagne glissa dans le petit espace en haut de ses cuisses, il se crispa d’abord puis, lentement, on dira précautionneusement, le vieil homme se relâcha. Son anus usé ne se laissait pas facilement défaire, plus habitué à se serrer qu’à se détendre, mais elle savait s’y prendre. Méhala lui compressa les testicules avec expertise et, sous la brusque impulsion de plaisir, le corps d’Angilbe accepta le sexe étranger.
Ce fut lors de leur premier émoi que la transidentité de Méhala lui fut révélée. Elle la lui avait avouée à la dernière minute, comme lorsque l’on présente ce que l’on a de plus précieux à un ami, le plus intime des trésors que l’on dévoile enfin à une personne. Cela n’avait pas arrêté Angilbe, ses sentiments dépassaient de loin tous les préjugés ou l’homophobie de son père.
Non, cela ne l’avait pas arrêté à l’époque et cela ne l’arrêterait évidemment pas aujourd’hui.
Chaque chevauchée de « l’Angilbe jeune » se répercutait dans « l’Angilbe vieux », qui répondait en serrant les lèvres à chaque cri de « l’autre Méhala ». Les deux couples faisaient l’amour à l’unisson... le second duo mimait-il le premier dans une vaine tentative de rattraper un passé perdu ?
Je n’ai rien... à rattraper... moi, lâcha Méhala entre deux coups de boutoir.
Non... je le.. Le.. HA ! haaaaaa !
Sous l’intensité de son orgasme, il ne put retenir l’éternel râle de la jouissance animale qui ponctue ces moments de bonheur déchainés. Méhala hurla également, la tête dans son épaule, alors que son sexe s’élargissait soudain pour se répandre au fond du vieux fessier offert. Seules leurs respirations à tous deux marquèrent les poignées de secondes suivantes, l’autre couple venant fort heureusement de profiter pareillement de son union, ils avaient caché par leurs propres cris ceux du duo de voyeurs. Lentement, dans un mouvement synchronisé, ils se laissèrent glisser dans l’herbe, à genoux, terrassés par la puissance de leurs plaisirs réciproques. Le sexe de Méhala s’extirpa doucement de l’intimité d’Angilbe alors qu’elle se lovait contre son amant, repue et heureuse. Celui-ci reprenait son souffle, confirmant d’un coup d’œil rapide que les espionnés ne s’étaient rendu compte de rien.
Une nuée d’oiseaux s’envola soudain du chêne centenaire qui bordait le champ, suivi d’éclats de deux voix, l’une aigüe et plaintive, la seconde grave et furieuse. Après quelques secondes, ce furent de lourdes bottes que l’on entendit piétiner les mottes d’herbes, écraser les fleurs de pissenlits.
Non, pas ENCORE ça, murmura Angilbe en se redressant. Mais une main ferme le retint accroupi.
Lâche-moi, je refuse de laisser mon père nous détruire.. TE détruire !
Et ainsi faire preuve de ta première, et sans doute dernière, lâcheté ? fit une voix masculine. Cet homme rustre n’est pas ton VRAI père, mon fils.
Il se retourna et se figea devant le nouveau personnage apparu en face de lui. Il portait une belle barbe grisonnante, d’épais sourcils et une chevelure nouée en queue de cheval. Les petites pattes d’oies aux coins de ses yeux bleus riaient malgré le dramatique de la situation. Ce bras qui le maintenait, ganté d’un cuir souple bleu foncé aux boutons d’or, appartenait à un grand de ce monde qui surgissait lui aussi de son passé, un passé partagé avec l’humanité toute entière.
Les cris et les hurlements de douleur fusaient de la grange, alors que Méhala combattait sans espoir le soldat à la retraite et père adoptif d’Angilbe, qui la frappait sans retenue avec un manche de pioche. Malgré les coups sourds et les craquements d’os, celui-ci ne réagit pas plus qu’à l’époque devant ce spectacle. En fait, il ne pouvait pas détacher son regard de Magnam IV, dernier roi de MaterOne, son — vrai — père, qui exhibait au milieu du front un petit trou percé par la cartouche mortelle du chancelier, tirée quelques années plus tôt.

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