Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir les secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs : la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d’immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch29 Ep08

episode394.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 08 : « Remords (3) »

À nouveau, le décor se dissout dans l’encre de l’obscurité pour réapparaitre sous une forme inattendue :
Un orthoptère ?
Oui, nous sommes en lévitation au-dessus de l’océan, à l’exacte verticale de la cathédrale sous-marine, cette relique sacrée de nos ancêtres que ta folie a conduit à la destruction, répondit calmement le roi, comme s’il expliquait à un écolier un quelconque problème mathématique.
Nous revoici à ce moment crucial de notre existence, Angilbe, celle qui scella nos destins à tous deux.
Un poids tirait le bras droit du chancelier, un pistolet automatique fumait, une cartouche engagée dans le canon encore chaud. Cela confirmait la plaie au front de Magnam IV. Il portait sa tenue d’officier en campagne, identique à celle qui l’habillait alors, quand ces évènement s’étaient produits. Derrière le souverain, la porte de l’appareil ouvrait sur un horizon marin où s’étiraient les vagues et leur écume chatoyante. Bizarrement, le ronronnement des turbines n’assourdissait pas les sons provenant de l’intérieur, mais, après tout, on n’en attendait pas moins d’un rêve.
Et que suis-je censé faire ? demanda Poféus, sèchement. À ce que je vois, vous avez déjà reçu la première balle. Reproduire notre dernière conversation ne m’intéresse pas.
Je pensais plutôt la poursuivre, mais sans que tu y mettes fin brutalement cette fois, répondit l’autre en bombant le torse, les mains jointes derrière son dos.
Sur cette posture habituelle pour le roi de l’humanité, il abandonna le chancelier du regard, considérant le poste de pilotage, vide de tout occupant. Après quelques secondes à observer l’immensité de l’océan au travers du parebrise avant, il reprit :
Pourquoi donc m’as-tu tué ? Le sais-tu ?
Vous m’avez traité de bâtard. C’était une humiliation !
Laisse-moi rire, Angilbe. D’abord, c’est malheureusement ce que tu es, un bâtard ; ensuite tu étais et es encore en haut de la hiérarchie. Ce n’est pas à toi que j’apprendrais ce que « se maitriser » signifie.
Ce n’est donc pas la vraie raison.
JE N’AI PAS À VOUS FOURNIR D’EXPLICATION, VIEIL HOMME !
Allons, garde ton calme. On ne gagne rien à faire des colères avec moi! Une preuve supplémentaire que quelque chose te tracasse. Il soupira, puis reprit :

Pourquoi me prives-tu de notre lien familial et de mon titre ? « Vieil homme », dis-tu ? Mais te rends-tu compte que tu sembles plus âgé que moi ? Nous n’avions pas vingt ans de différence et maintenant encore moins. Les affres de la vieillesse ne t’ont pas épargné…
Un autre que vous m’a dit cela, il y a très peu de temps ! s’énerva Poféus en braquant son pistolet sur le roi.
Oui, je sais. Encore un de mes fils, ton demi-frère Héhuā que j’ai perdu avec tout le reste… J’ignorais alors ce qu’il allait advenir de lui. Je ne l’ai appris que lorsque tu as lu les rapports de tes officiers.
J’ai perdu beaucoup des miens, NOTRE famille : fils, femmes, père, mère et enfin mon frère. Il ne me reste que toi et Azala. Celle que tu as décidé d’abattre à tout prix  !

Tu n’as pas enfanté, Angilbe, tu n’as pas idée de ce que l’on ressent quand on assiste au combat fratricide de sa progéniture. L’un a été… perverti par les Souriants, l’autre fut une reine en devenir désormais exilée et il y a… toi.
Angilbe relâcha imperceptiblement son bras, abaissant son arme. Il cherchait le piège. Heir l’avait noyé sous les reproches et les insinuations, Méhala et lui avaient partagé leur passion et maintenant son père naturel qui l’avait abandonné semblait faire acte de contrition… où donc Calande voulait-elle en venir ?
Je ne t’ai PAS abandonné ! T’aurais-je aidé tout ce temps ? T’aurais-je offert mon cœur, mon amour paternel, tout  !
Cette phrase est de moi ! Mais Calande, quel est donc ton but ?
Cette fois-ci, il ne visait plus personne, le révolver pointait vers le sol et Angilbe cherchait au plafond une quelconque apparition de celle qu’il interpellait.
Angilbe… le roi s’approcha lentement, une expression attristée peinte sur son visage. Mon fils, je ne suis pas celui que tu crois, tu te méprends. Il n’y a…
Reste éloigné, Magnam. J’ignore combien de cartouches je devrais tirer pour que tu t’arrêtes, mais je n’hésiterais pas, gronda l’autre, son automatique menaçant à nouveau le monarque.
Le roi s’immobilisa, à un pas de son dauphin et seulement quelques centimètres du canon de l'arme.
Qu’est-ce qui te dit que c’est ton démon intérieur qui me guide, moi ou mes mots ? Crois-tu vraiment qu’elle possède un tel pouvoir ? Heir te haïssait, mais ta compagne Méhala et moi nous t’aimions. Le fait de nous revoir n’est pas forcément une finalité de son plan.
Ha oui ? Et quel est-il alors ce plan ? Réponds.
Je pense qu’elle te prépare à mourir… tu revis les moments clefs de ton existence avant la fin qu’elle te réserve, sans doute. Mécaryon et moi n’avons pas eu ce privilège, l’ignores-tu ? Notre disparition fut aussi brutale que celle de nos Lakedaímōns.
Ne comprends-tu pas que je veux profiter de cet unique moment pour t’ouvrir mon cœur, te dire combien je regrette de ne pas vous avoir préféré au trône, toi et Mathilde, ta mère ? Je…
Il chercha ses mots puis reprit :
… est-ce que tu désires une autre étape de ta vie ? Je peux arranger cela.
Magnam leva le bras et le décor s’effaça soudain, laissant l’obscurité engloutir jusqu’au chancelier lui-même, seul le fantôme du roi restait visible, irradiant tel un phare dans l’encre des nuits marines. Lorsqu’il reprit pied sur un sol, Poféus reconnut sans difficultés l’endroit : la passerelle de commandement du Théodème. Sa première « affectation » à la tête d’un vaisseau, alors qu’il venait de faire fusiller, puis éjecter dans l’espace, le précédent « Pacha » sur des allégations de trahison. En tant qu’amant de celui-ci, il lui avait été facile de déposer les preuves nécessaires, le reste se déroula sans grande surprise. Si ce ne fut…
« Commandant ? Le balayage nous donne quatre planètes dans ce nanosystème, dont une semble… habitable pour l’homme  ? »
Poféus regarda les schémas qui s’affichaient sur la large projection face à lui :
Confirmez les résultats.
La marge d’erreur est de… moins de trois pour-cent, Monsieur !
Le silence le plus complet envahit alors la salle, tout juste troublé par quelques retours sonores des consoles et écrans de contrôle. Plusieurs opérateurs et officiers se retournaient vers leur chef, tandis que d’autres restaient obnubilés par l’image de la petite planète rouge. Magnam IV se tenait à ses côtés, invisible pour les participants :
Te rends-tu compte que tu es en face de la plus grande découverte de l’histoire de l’humanité ? Et toi, tu sembles hésiter. Pourquoi, Angilbe ?
J’ai volé le commandement de ce vaisseau et tous s’en doutent plus ou moins confusément.
Il se détourna de ce qui deviendrait Antares IV pour croiser le regard du roi, son père :
Si leur premier souvenir de mon commandement avait été une déception généralisée. Par exemple, avec un retard de plusieurs semaines pour étudier une planète faussement vivable, j’aurais pu y perdre beaucoup vis à vis de l’équipage.
Ah… quand je pense à la fierté que j’ai ressentie lorsque tu es revenu, à la tête de ton nouveau commandement, porteur de la plus grande nouvelle imaginable pour ce genre de mission, répondit son père, rayonnant d’amour-propre. Te souviens-tu de la réception donnée en ton honneur au palais ? Je t’ai personnellement déposé la décoration autour du cou, tu ignorais alors combien j’exultais de te couvrir ainsi de gloire. Je crois que plusieurs larmes coulèrent ce soir-là, les plus observateurs y virent un humanisme exacerbé.

Sans même s’en rendre compte, Angilbe sourit à cette évocation. Il se souvint de ce sentiment qu’il partagea également : la fierté. Fierté d’être enfin lui-même, une personne importante et reconnue.
Oui, je me remémore parfaitement la scène. Toute la Cour à mes pieds, moi, agenouillé à une marche de vous. Je savais mon avenir désormais assuré, les forces armées royales récompensaient largement ce genre d’honneur sur le long terme.
Monsieur ? Que faisons-nous ?
La voix de son officier le rattrapa. Sans hésitation, Poféus donna ses ordres, les mêmes que naguère :
… déclenchez les procédures de reconnaissance en surface. Messieurs, nous allons passer les prochaines semaines ici à établir si cette petite planète rouge est vraiment celle que nous avons toujours cherchée. Exécution !

Et c’est ainsi que tout commença, lança la roi Magnam dans son dos. Les Forces mentales te furent offertes, des années plus tard la Révolution Castiks brisa l’ancien régime et en moins d’un an, l’Exode prit son envol de MaterOne vers ce bout de roche perdu dans l’espace. Encore un peu et tu devins chancelier. Le fils caché du roi accédant à la quasi-royauté. Quel incroyable retournement de situation !
C’est en effet cela… père. Mais nous oublions quelqu’un dans cette chronologie, n’est-ce pas ?
Poféus observa une dernière fois les larges écrans de contrôle où l’on suivait l’avancée du Théodème vers Antares IV. Oui, un grand moment de son existence, en effet…
Ne quittant pas son — si rare — petit sourire aux lèvres, il ferma ses paupières en s’adressant à la personne derrière lui qu’il savait ne plus être Magnam.
« Calande, je vais me retourner et je pense deviner qui sera le prochain sur ta liste. »
Nouveau brouillard d’ébène, il retrouvait la chambre de son château, offert par l’armée pour ses loyaux services. En bas, on entendait de la musique et des voix, une sorte de spectacle proposé à ses invités en conclusion d’une difficile journée où l’on déplorait la perte du Professeur QuartMac. Cette soirée aussi fût la première d’une période majeure de son existence : devant lui se tenait un jeune homme pas encore majeur, blond à la peau d’une grande pâleur, nu, mais qui ne s’en cachait pas. Leurs regards ne se quittaient pas.
Angilbe… dit-il simplement de la voix de Calande.
… Fabio, répondit le chancelier.

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RedU T1 Ch29 Ep07

episode393.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 07 : « Remords (2) »

Il ne sut que répondre, ignorant même quelle réaction serait à la hauteur d’une telle apparition. Méhala, LA Méhala, celle — celui — qui fut son premier véritable amour, le symbole de son enfance, puis de son adolescence presque insouciante, jusqu’à ce terrible jour. Sa voix rappelait étrangement celle de Fabio, ou était-ce l’inverse ? Elle coupa court à ses pérégrinations :
Au lieu de te perdre dans tes pensées, comme toujours, n’es-tu pas curieux de découvrir ce qu’il se passe dans cette grange ?
Heu... oui, si tu veux ?
Donne-moi la main, j’en ai besoin.
Elle tremblait un peu, exactement comme l’émotive Méhala qui se dissimulait alors derrière une façade rebelle. Et ce fut aussi innocemment que n’importe quel couple que le duo remonta la prairie, foulant l’herbe haute que les troupeaux n’avaient pas encore broutée. La jeune fille chuchotait à son oreille, le complimentait sur sa prestance ou sa taille, tenant un discours à l’opposé de celui, humiliant, que son demi-frère lui avait asséné un peu plus tôt. La voix flutée de Méhala laissait parfois apparaitre des accents Nordistes, ajoutés à sa gaité naturelle, Angilbe retrouva bien vite les raisons l’ayant fait fondre, à l’époque. Elle sautillait presque pour tenter de rester à sa hauteur, le vieil homme ralentit la cadence qu’une vie passée dans l’armée avait forgée en lui.
Oui, une vie... une autre vie, sans Méhala. Pourrait-il tout recommencer ? Ce serait bien étrange que Calande ou Heir organisent pour lui une nouvelle existence heureuse.
Et pourquoi pas, interrogea nonchalamment la jeune femme ? Nous sommes dans ton esprit, là où rien ne peut t’atteindre. Et si ton calvaire était de vivre une réalité inédite où tout serait différent ?
Méhala... il chercha la tournure idéale pour exprimer sa pensée, mais ne la trouva pas. Tu n’es qu’une illusion projetée par Calande ou peut-être même es-tu Calande ?
Le chancelier s’était arrêté, fixant sa voisine à la recherche de la moindre faille, du moindre détail corroborant sa théorie. La brise reprit, faisant glisser une mèche ondulée sur le petit nez en trompette. Par réflexe, Angilbe lui passa son doigt sur le front pour dégager les magnifiques yeux dans lesquels il se retenait de plonger. Comment se retrouva-t-il à l’embrasser ? Il n’en savait rien sinon que la passion le débordait tel un fleuve lors d’une crue d’été. Elle emportait tout, déracinait ses certitudes, arrachait ses doutes et submergeait ses derniers principes, jaillissant du plus profond de sa mémoire, là où l’espoir et la vie existaient loin de son cancer...
Il s’écarta d’elle imperceptiblement, l’ombre de la mort lente s’immisçant dans leurs fraiches retrouvailles. Cela ne sembla pas bouleverser Méhala outre mesure :
Si je ne suis qu’un souvenir, alors m’éteindre avec toi serait le plus beau cadeau, mon amour.

C’est une manière de voir...
Bien. On s’approche de nos tourtereaux dans la grange ? Tu désirais les espionner discrètement, je crois ?
Oui ! Dépêchons-nous, les hommes n’ont pas une endurance infinie, je m’en voudrais de rater cela !
Et, sans lui laisser l’opportunité de répondre, elle l’entraina par la main vers la vieille bâtisse. Plus ils s’approchaient, plus les sons se faisaient précis, s’agrémentant d’autres bruits de choses tombantes ou vibrantes sous les saccades des corps au contact. Méhala ralentit l’allure au fur et à mesure, allant jusqu’à se courber légèrement et intimer à Pofeus de faire de même, comme si cela pouvait cacher leur présence. Depuis les interstices séparants les planches de la paroi, on pouvait déjà les apercevoir. Lui, en chemise, ahanait sur elle, plaqué contre la botte de foin, la croupe levée, partageant inlassablement leur plaisir sous les à-coups. À leurs pieds, plusieurs pots de peinture et quelques vêtements dont une blouse qui rappela quelque chose à Pofeus. Il s’appuya sur une poutre à peu près solide pour mieux détailler celui en action. Les muscles saillants, mais d’une certaine maigreur, et une chevelure noire mi-longue qui reflétait quelques traits de lumière. D’elle, on ne devinait principalement que la crinière rousse et... ondulée.
« Mais c’est nous ! » murmura-t-il surprit. À peine venait-il de prononcer cela que les deux mains de sa voisine lui entourèrent les hanches, glissant vers l’avant de son bassin. Calande souffla à son oreille :
Moi, ça me donne des idées. Déshabille-toi, maintenant, je vais te prendre.
Mé... Méhala ?
J’ai envie de me sentir en toi, répondit la voix de la jeune fille. Je veux que tu les regardes pendant que nous savourons le même plaisir.
Avec toute la dextérité que les mois passés ensemble lui avaient prodiguée, Méhala déboutonna le pantalon de Pofeus et se saisit de l’organe viril, le remuant lentement en un mouvement de va-et-vient. Le geste produisant l’effet, la houle chaude, brulante même, remonta de son ventre et accéléra les battements de son cœur, tendant son sexe à l’horizontale, puis à la verticale. La main peinait dorénavant à le tenir dans son intégralité qu’Angilbe entendit la braguette de Méhala descendre, la blouse tachée poussée négligemment sur le côté. Lorsque le phallus de sa compagne glissa dans le petit espace en haut de ses cuisses, il se crispa d’abord puis, lentement, on dira précautionneusement, le vieil homme se relâcha. Son anus usé ne se laissait pas facilement défaire, plus habitué à se serrer qu’à se détendre, mais elle savait s’y prendre. Méhala lui compressa les testicules avec expertise et, sous la brusque impulsion de plaisir, le corps d’Angilbe accepta le sexe étranger.
Ce fut lors de leur premier émoi que la transidentité de Méhala lui fut révélée. Elle la lui avait avouée à la dernière minute, comme lorsque l’on présente ce que l’on a de plus précieux à un ami, le plus intime des trésors que l’on dévoile enfin à une personne. Cela n’avait pas arrêté Angilbe, ses sentiments dépassaient de loin tous les préjugés ou l’homophobie de son père.
Non, cela ne l’avait pas arrêté à l’époque et cela ne l’arrêterait évidemment pas aujourd’hui.
Chaque chevauchée de « l’Angilbe jeune » se répercutait dans « l’Angilbe vieux », qui répondait en serrant les lèvres à chaque cri de « l’autre Méhala ». Les deux couples faisaient l’amour à l’unisson... le second duo mimait-il le premier dans une vaine tentative de rattraper un passé perdu ?
Je n’ai rien... à rattraper... moi, lâcha Méhala entre deux coups de boutoir.
Non... je le.. Le.. HA ! haaaaaa !
Sous l’intensité de son orgasme, il ne put retenir l’éternel râle de la jouissance animale qui ponctue ces moments de bonheur déchainés. Méhala hurla également, la tête dans son épaule, alors que son sexe s’élargissait soudain pour se répandre au fond du vieux fessier offert. Seules leurs respirations à tous deux marquèrent les poignées de secondes suivantes, l’autre couple venant fort heureusement de profiter pareillement de son union, ils avaient caché par leurs propres cris ceux du duo de voyeurs. Lentement, dans un mouvement synchronisé, ils se laissèrent glisser dans l’herbe, à genoux, terrassés par la puissance de leurs plaisirs réciproques. Le sexe de Méhala s’extirpa doucement de l’intimité d’Angilbe alors qu’elle se lovait contre son amant, repue et heureuse. Celui-ci reprenait son souffle, confirmant d’un coup d’œil rapide que les espionnés ne s’étaient rendu compte de rien.
Une nuée d’oiseaux s’envola soudain du chêne centenaire qui bordait le champ, suivi d’éclats de deux voix, l’une aigüe et plaintive, la seconde grave et furieuse. Après quelques secondes, ce furent de lourdes bottes que l’on entendit piétiner les mottes d’herbes, écraser les fleurs de pissenlits.
Non, pas ENCORE ça, murmura Angilbe en se redressant. Mais une main ferme le retint accroupi.
Lâche-moi, je refuse de laisser mon père nous détruire.. TE détruire !
Et ainsi faire preuve de ta première, et sans doute dernière, lâcheté ? fit une voix masculine. Cet homme rustre n’est pas ton VRAI père, mon fils.
Il se retourna et se figea devant le nouveau personnage apparu en face de lui. Il portait une belle barbe grisonnante, d’épais sourcils et une chevelure nouée en queue de cheval. Les petites pattes d’oies aux coins de ses yeux bleus riaient malgré le dramatique de la situation. Ce bras qui le maintenait, ganté d’un cuir souple bleu foncé aux boutons d’or, appartenait à un grand de ce monde qui surgissait lui aussi de son passé, un passé partagé avec l’humanité toute entière.
Les cris et les hurlements de douleur fusaient de la grange, alors que Méhala combattait sans espoir le soldat à la retraite et père adoptif d’Angilbe, qui la frappait sans retenue avec un manche de pioche. Malgré les coups sourds et les craquements d’os, celui-ci ne réagit pas plus qu’à l’époque devant ce spectacle. En fait, il ne pouvait pas détacher son regard de Magnam IV, dernier roi de MaterOne, son — vrai — père, qui exhibait au milieu du front un petit trou percé par la cartouche mortelle du chancelier, tirée quelques années plus tôt.

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RedU T1 Ch29 Ep06

episode392.mp3

Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 06 : « Remords (1) »

Tu ne peux pas hanter mon esprit ! Je t’ai assassiné de mes mains, on a fait disparaitre ton corps à tout jamais!
Oui... c’est frustrant, je le conçois. Puis, de la voix de Calande, Heir poursuivit : mais je serais bien plus à même de régler mes comptes ainsi, n’est-ce pas ?
Dans les brumes dues à l’injection soporifique, Angilbe ne pouvait qu’assister, impuissant, aux allées et venues de ces fantômes surgissant du passé. Calande, décédée, était revenue le hanter, l’humilier et le blâmer, et maintenant voici Heir, sa Némésis, réapparu d’entre les morts pour assouvir une autre soif de vengeance.
Monsieur Heir reprit, visiblement ennuyé par tous ses organes pendouillant :
« C’est très gênant de se sentir vidé de l’intérieur. En plus, cela dégouline comme tout. Attends... »
Posément, il entreprit de tirer un à un chaque boyau qui serpentait dans l’éther, s’en suivit sa rate, une partie de ses reins... quand ce fût le tour du foie, il s’arrêta. Relevant la tête vers Angilbe, il demanda :
« Veux-tu un morceau ? Je dois pouvoir en détacher un bout sans trop de problèmes.
Non ? Tant pis, je proposais en toute fraternité. »
Angilbe n’en pouvait plus de cette situation dégradante qu’il ne faisait que subir...
« Dégradante ? réagit soudain Heir, l’air particulièrement amusé. Tu veux une situation dégradante, frérot ? C’est pourtant simple, car tout est toujours possible, surtout le pire ! »
D’un coup, la tunique clinique de Pofeus s’envola, comme arrachée par quelque prestidigitateur, offrant le corps du vieil homme entièrement nu à la vue de feu son meilleur ennemi. Celui-ci laissa s’échapper un rire sarcastique, tendant le doigt vers l’entre-jambe :
Les affres de la vieillesse ne t’ont pas épargné, vieille branche. Je vois pourtant pendre... ici, un organe des mieux dimensionnés. N’aurais-tu pas du sang tropicalien dans ta famille maternelle ?
Vu que du côté paternel, nous sommes à égalité... il inspira, puis reprit, comme dépité. Je n’ai pas la chance d’avoir de telles mensurations, ce sont les gamins que tu te violais qui devaient moyennement apprécier. »
C’EST UN CAUCHEMAR ! cria Poféus, la voix tremblante de rage comme de frustration. VA T-EN TOI AUSSI ! CALANDE, HEIR, ALLEZ-VOUS-EN TOUS !
Mmhmm... pas encore. Il est prévu de te tuer, tu te souviens ? Mais avant, laisse-moi t’offrir un cadeau, ensuite faire un peu de justice, puis...
DISPARAAIIIIIIIIS !
Sans répondre, Heir se déplaça lentement vers le haut pour pivoter à l’horizontale. Il tenait ses bras serrés contre lui, maintenant fermé autant que possible sa plaie béante. Arrivé à la verticale du chancelier, il descendit, très progressivement, s’approchant centimètre après centimètre du corps nu de son demi-frère. Celui-ci le regardait, les yeux exorbités, aussi fragiles que sans défense...
«... comme toutes les victimes que tu as envoyées à la question, oui. Se retrouver soumis aux caprices d’autres ne te voulant que du mal. Ressentir, avant la torture, ce moment de frayeur où l’on sent confusément qu’il n’existe plus de barrière entre soi et son geôlier. Son psychisme est alors tout ce qu’il reste à protéger et révèle, de fait, la véritable cible du bourreau. »
Seules quelques hauteurs de doigts séparaient dorénavant leurs visages l’un de l’autre, Angilbe pouvait sentir le souffle de l’haleine lécher ses sourcils, sans pour autant réussir à détourner les yeux, comme hypnotisé. Heir poursuivait implacablement sa litanie :
 « Plus tard, après les multiples souffrances, quand le tortionnaire remonte progressivement dans ta chair, il devient autant ton intime que ne le fut ta propre mère lors de son accouchement. C’est là que ta volonté se brise. Là que tu perds ce qui faisait de toi un être à part entière, ne laissant à la place qu’un être anéanti à l’humanité effacée !  »
Respirant quasiment l’air de son frère, Angilbe sentait glisser sur lui le sang qui s’échappait de l’abominable blessure. Des filets carmins ruisselaient de chaque côtés de son tronc et goutaient depuis son dos, poursuivant leur course dans le néant.
Cette promiscuité se mêlait à la terreur qu’il n’arrivait plus à contrôler. Paralysé, nu, offert à son pire ennemi dans une parodie obscène d’amour fraternel, il bredouilla en ne cachant pas sa peur :
Que... que vas... que vas-tu faire ?
Moi ? Le sourire de Heir s’étira démesurément. Mais je vais faire de mon mieux, bien sûr !

Et il explosa.
Dans un cauchemar de chair et de sang, un magma de muscle, d’artères et de boyaux jaillit de la masse abjecte que fut l’enveloppe de son demi-frère pour engloutir le chancelier Pofeus. L’indicible forme vivante le recouvrit entièrement, l’absorbant, le phagocytant sous les hurlements de terreur de sa victime. Ses cris cessèrent très vite, remplacés par des borborygmes incompréhensibles alors que des tendons colonisaient l’intérieur de sa paroi buccale, bloquant une mâchoire ouverte où s’engouffrait la dégoutante matière vivante. Pofeus n’en était malheureusement qu’au début de son calvaire, car, de l’autre côté de son corps, les mêmes tendons fouillaient à la recherche d’un second orifice... qu’ils trouvèrent. Forçant violemment le sphincter, ils élargirent la voie à de nouveaux immondices qui remontèrent le rectum, doublant, triplant son diamètre sous la pression. Lorsque l’intestin grêle éclata, et que son estomac, maigre barrière face à l’envahisseur, cédait à son tour, de petits tentacules vivants s’extirpèrent depuis l’intérieur de ses yeux, chatouillant les paupières par en-dessous. L’obscurité libératrice prit finalement possession de son esprit, l’emportant dans ce qu’il espéra fugitivement être la mort...
... mais il n’en fut rien. Il ouvrit les yeux.
Au milieu d’une prairie verdoyante, sous un doux soleil d’été, Angilbe Pofeus se tenait debout, habillé de manière commune d’un simple pantalon de ville et d’une chemise rosée. La brise caressait ses derniers cheveux et l’odeur du colza emplissait les narines de ses élans printaniers. Sa première réaction fut de protéger son regard de cette lumière intense dans laquelle baignait la scène bucolique... ce ne fut qu’une fois ses pupilles habituées que vint le frapper la présence d’une vieille bâtisse, à une centaine de mètres de lui. Rien qu’un ancien hangar fait de planches rendues instables avec le temps et le manque d’entretien.
« Je connais cet endroit », murmura-t-il pour lui-même.
Il scruta ces petites collines lointaines où des bois couvraient une partie de l’horizon marqué de nuages cotonneux. Quelques groupes d’oiseaux migrateurs, des cailles-poulpes, lui semblait-il, traversaient le firmament en quête d’un habitat en cette fin de printemps. Aucune trace de Monsieur Heir, aucun morceau infâme de viande qui voudrait le dévorer... rien que la campagne où les fleurs de pissenlits éclosaient en boules duveteuses dont le vent disperserait les soies.
Un petit cri remonta la prairie jusqu’à lui, cela venait du hangar. Un second, puis un troisième, Angilbe identifia aisément des éclats de plaisirs. L’habitude. Une ou plusieurs personnes semblaient se donner du bon temps à l’abri des planches pourries.
« Reconnais-tu ce paradis ? » fit la voix de Calande dans son dos.
Il sursauta et se retourna face à une adolescente aux cheveux roux tombants en boucles sur ses épaules et un nez retroussé pailleté de taches de rousseur. Un peu plus petite que lui, elle portait une blouse de peintre couverte d’éclaboussures colorées et ses chaussures grossières n’étaient qu’un patchwork arc-en-ciel. Un pinceau dégoulinant pendait dans sa main droite tandis que l’autre reposait en poing au creux de ses reins.
L’air mutin de la jeune fille finit de déverrouiller la mémoire d’Angilbe : ce lieu, cette fille, c’était :
Méhala !
Oui, mon grand loup, répondit la voix de Calande Rorré.
Dans un déhanchement provocateur, elle pointa son index en direction de son propre visage. Ce fut un tout autre timbre qui reprit, celui qu’Angilbe n’avait plus entendu depuis si longtemps :
« Ne suis-je pas le meilleur moment de ton existence ?».

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RedU T1 Ch29 Ep05

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Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 05 : « Pendaison »

Pour les opérateurs de la tour de contrôle de MaterOne, ce n’était qu’un point de plus dans la carte spatiale proche, un appareil entrant dans l’atmosphère et se dirigeant vers l’astroport de MaterOne Centrum. Les yeux avertis notaient tout de même le symbole accolé au nom, une petite étoile Castiks qui informait du caractère officiel du nouveau venu.
À cent kilomètres d’altitude, le plus grand vaisseau de guerre de la flotte humaine s’entourait d’une immense couronne de flamme due au frottement avec l’air de la planète. La partie supérieure de la coque, chauffée fortement, résistait pourtant aisément à l’élévation de température et la taille de l’engin rendait le phénomène très impressionnant, visible par les télescopes amateurs d’un tiers de l’hémisphère. Bien que ceux-ci pouvaient se révéler blasés d’un spectacle devenu commun, le dernier — et désormais unique — croiseur géant de la flotte du Chancelier Pofeus arrivait encore à capter l’attention de certains curieux. C’est à une vingtaine de kilomètres d’altitude que la vitesse passait en dessous des quatre-cents kilomètres-heure, limite à partir de laquelle la friction atmosphérique s’estompait. Alors que les échanges radio avec le centre de contrôle s’intensifiaient pour obtenir les valeurs d’approche vers le spatiogare, une navette quitta précipitamment le hangar inférieur de l’appareil, filant vers l’Est. On calma rapidement les ardeurs des contrôleurs qui s’affligeaient de ce mouvement non prévu : le ministre Ouli se rendait en urgence à un entretien avec le Chancelier Pofeus, toutes les autorisations viendraient plus tard.
Un peu à l’écart du complexe hospitalier militaire de Fort Magnam, à quelques kilomètres de la capitale, un discret bâtiment identique aux autres se dédiait aux soins des Mentaux et leurs — possibles — déviances psychiques. C’est dans ce lieu des plus secrets que l’on avait interné Angilbe Pofeus depuis sa crise de démence qui avait couté la vie au Capitaine Fakir. Le corps de l’officière horriblement mutilé, au cœur même des appartements de la chancellerie, avait plongé les premiers arrivés dans l’effroi. Il avait fallu du temps aux spécialistes de l’esprit pour atténuer ou effacer ces souvenirs, quand on ne falsifiait pas les rapports. Malgré la grogne du haut commandement de l’armée et du président du parlement, c’était donc bien les Forces mentales qui avaient pris l’affaire en main, jusqu’à accueillir en leur sein... leur ancien maitre.
La navette du ministre s’apprêtait à se poser quand le sas du côté exposé à l’hôpital s’ouvrait, sous les yeux ahuris des responsables sortis précipitamment pour recevoir l’illustre invité. Ils ne virent qu’une ombre s’éloigner de l’appareil, passer au-dessus d’eux et atteindre directement l’entrée à double battant de l’immeuble. Ralato Ouli n’utilisa pas l’ascenseur, il bondissait de palier en palier, porté par ses fabuleux nouveaux pouvoirs, pour s’enfoncer toujours plus profondément dans les entrailles du bâtiment. Il connaissait par avance sa destination et la raison de l’urgence qui le tenaillait : Pofeus venait de se pendre dans sa cellule !
Il n’accorda même pas un regard aux deux gardes Mentaux devant l’entrée du bloc opératoire et pénétra dans la salle stérile, alors que l’équipe de chirurgiens tentait désespérément de libérer la trachée du chancelier.
« Écartez-vous ! »
fut sa seule phrase : tous les participants sentirent comme une main invisible les tirer en arrière, paralysant leurs membres et les retenant à bonne distance du lit de leur patient.
Mais que faites-vous ? Laissez-nous, il va y rester si nous nous arrêtons maintenant ! s’exclama un des médecins. C’est une pièce stérile, éloignez-vous tout...

Les bacilles sont confinés au tour de moi, ne vous inquiétez pas, le coupa Ralato. Je suis en train de... voilà, les vaisseaux et conduits sont tous à nouveau ouverts.
Le ministre, toujours concentré, contourna lentement le patient allongé sur la table d’opération, s’offrant quelques secondes de répit avant la suite du « traitement ». La gorge de Pofeus ressemblait à des feuilles de papier trempé qui auraient été déposées sur des câbles métalliques. Le fait d’avoir désobstrué trachée, artères et veines ne soldait pas le début de nécrose des tissus. Il fallait relancer le cœur, simple, mais également réactiver un cerveau sous mort cérébrale...
« Presque mort... » lâcha-t-il pour lui-même.
Debout derrière la tête d’Angilbe, il posa ses paumes contre chaque côté du visage de ce dernier, prit une grande inspiration et se concentra. Tout autour de lui, ils apparaissaient déjà : les formes translucides représentant des objets aussi hétéroclites qu’anodins : tournevis, tasses, communicateurs ou pièces de monnaie. Leur nombre augmentait, ils accourraient à sa demande certains surgissaient de nulle part, tandis que d’autres traversaient le sol et le plafond pour lui offrir ce qu’il exigeait : la puissance.
Pensez-vous que vous pourrez m’aider à réaliser ce miracle ? interrogea intérieurement Ralato
Nnnnnouuss exauceronnss tesss désiiiiirrrsss, lui répondit une voix lointaine, bien connue.
Ces êtres venaient d’un quelque part où le ministre n’avait pas accès. Ces objets communs n’étaient qu’une sorte « d’interface » grâce à laquelle ils communiquaient avec lui — et Fabio, par le passé —, mais cela ne les représentait pas dans leur forme réelle. La seule apparition vaguement compréhensible avait été celle d’un clown habillé en noir et blanc, façon arlequin, répondant au nom de « Monsieur Loyal ».
Alors, aidez-moi. Je vous le demande. 
OUIIIIIIIiiiiiiiiiiii...

*

Bonjour, Angilbe.
Ça... Calande. Mais, HAAAAA ! Quelle est cette douleur, je me sens... j’ai mal partout ! J’ai l’impression d’avoir été... tout mon corps brule comme s’il avait été écrasé sous des tonnes et des tonnes !
Comme d’habitude, mon chou. On a beau t’ensevelir sous les décombres ou sous terre, tu arrives toujours à revivre. Les chats ont neuf vies, n’as-tu pas dépassé le quota ?
Que s’est-il passé ? Réponds-moi !
Je t’ai encore raté, voilà.
Tu m’as... LE DRAP !
Oui, le drap. Quel travail pour t’emporter dans le sommeil, t’autoriser à poser tes sales pattes sur moi et te laisser répandre ton infâme semence dans mon vagin ! Mais j’ai ainsi pu contrôler ta carcasse et te faire nouer ces draps. Mon plan semblait parfait.
Tu... tu... tu as voulu me tuer ? Moi ?
Une fois de plus, oui. Mais tu t’accroches, je ne dois pas bien savoir m’y prendre.
Nan... nan ! Tu n’as pas le droit !
J’ai tous les droits ! Et puis, c’est toi qui as déclenché les hostilités, t’en souviens-tu ? Tu as parlé de me tuer, je ne fais que me défendre. Désormais, j’aurais ta peau la première. Je n’ai qu’à trouver la bonne personne... pardon, devenir la bonne personne qui saura faire le travail convenablement.
Je sens... je sens la vie s’insuffler en moi. Je sens... oui, je sens quelque chose m’envahir et chasser tous mes maux !
Ton Ralato chéri fait des miracles. Ou est-ce le miracle qui utilise, cette fois-ci, ton Ralato chéri ? Qui peut le savoir ?
Tu as voulu... me tuer ! Moi ! Après tout ce que je t’ai offert : mon cœur, mon amour, tout !

C’est ça, oui... Ta vieille enveloppe fripée avec tes performances de dix minutes chrono ne m’ont guère fait grimper au plafond. Mais, sans doute, suis-je trop âgée à ton goût ? Trop... féminine, peut-être ? Navré de ne pas être tout juste pubère, il faudrait arranger cela.
Qu’est-ce que... attend ! Ne t’en va pas ! Ne me laisse pas ! Attend !

Ralato retint le chancelier par les épaules alors que ce dernier se redressait brusquement. Il relâcha sa mainmise sur le personnel du bloc opératoire qui se précipita pour l’aider à recoucher le patient. Celui-ci regardait à droite et à gauche l’air affolé, il cria :
Ne t’en va pas ! Ne me laisse pas ! Attends !
Je suis là, monsieur, lui répondit doucement le Mental. Calmez-vous, c’est fini.
Que je me calme ? Mais tu ne vois pas QUI EST LÀ, TOUT AUTOUR ?
De qui parlez-vous ?
Mais regarde ! Ah, NE ME TOUCHE PAS, MAUDIT SOIS-TU !
Monsieur !
En une pensée, Ralato trouva les seringues hypodermiques dont l’une vola au travers de la pièce. Jaugeant la bonne quantité de sérum d’après l’esprit de l’anesthésiste, il la fit se planter dans l’épaule de Poféus.
« ILS SONT TOUS LÀ ! RALATO FAIT... fait... fait... f... »
Le premier médecin souleva une des paupières, passa sa petite lampe pour juger de la dilatation de l’iris, puis conclut :
Il dort. Monsieur Ouli, j’avoue ne jamais avoir vu quelque chose de comparable à ce qui vient de se produire. De toute ma carrière dans les Forces mentales, c’est proprement...
Je sais, le coupa simplement le ministre. D’un signe de tête, il indiqua l'électroencéphalographe. Surveillez constamment sa tension et son activité cérébrale durant les vingt prochaines heures. Je serais là à son réveil. Je vous le confie.
Il resta encore une poignée de secondes à observer le visage endormi. Qui donc « se trouvait là » ? Et pourquoi une telle peur panique ? Et, simplement, pourquoi cette tentative de suicide ? On prendrait les précautions nécessaires pour que cela ne se reproduise pas, mais cela ne répondait à aucune question.
Il leva les yeux et balaya mentalement tout le personnel médical présent. Non, rien que des serviteurs professionnels et dévoués.
Alors, qu’avait donc vu le chancelier ?

*

Pofeus flottait au milieu de la brume. Il ne sentait plus ni le drap, ni l’odeur de l’antiseptique, ni même son propre corps. Il ondulait doucement, au rythme langoureux d’une houle sans fin au cœur de l’obscurité.
Angiiiiiiilbe ? fit alors une voix lointaine.
NAN, VA T-EN !
Angiiiiiiilbe ? Angilbe, Angilbe, Angilbe !

Je.. non, laisse-moi, je ne peux pas bouger, je suis paralysé, s’affola-t-il, tentant vainement de se déplacer ou de remuer la tête. Va-t-en, tu n’existes pas, je t’ai tué !
Allons... tu n’es pas heureux de retrouver... ton demi-frère ?
Monsieur Heir se matérialisa devant lui, impeccablement habillé, comme toujours, ses cheveux gominés surplombant des yeux noirs et menaçants. Un détail incongru attirait pourtant le regard de l’observateur attentif. L’entièreté de son torse et de son abdomen était ouvert et des organes perforés pendaient, laissant gouter sous lui des filets carmin qui se perdaient dans le néant.
« En tous cas, moi, comme tu peux le constater, je suis tel que tu m’as abandonné. » ajouta-t-il dans un large sourire.

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RedU T1 Ch29 Ep04

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Red Universe Tome 1 Chapitre 29 Épisode 04 : « Déroute »

« Rapport de l’Amirale Laurelian,
Trente-sixième jour après le départ de la Flotte mentale de MaterOne.

À mon grand regret, j’ai dû ordonner ce matin la retraite de notre armée hors de la zone ennemie. Nous nous regroupons en ce moment en un point situé à mi-distance entre notre ancienne position et la Passe de Magellone. Plus d’un tiers de nos croiseurs sont détruits ou hors d’état de combattre, au point que nous ne nous donnons même plus la peine de récupérer ce qui pourrait être utile dans les carcasses, une torpille achevant ce qui tiendrait encore debout. Le moral des troupes s’élève au diapason de cette déroute et sans le maillage sans faille de nos commissaires politiques, je ne pourrais garantir la survenue d’une possible mutinerie.
Et pourtant, si les soldats mentaux maitrisent l’art de la discipline entre tous, ‹ l’incident Stuff MacDone › a laissé des traces. Ce n’est pas un hasard si le prometteur Capitaine Viggi l’a suivi en emportant d’autres officiers dans son sillage, il... »
Le petit communicateur de son bureau clignota, signe d’une transmission. Elle avait monté ses barrières psychiques bien haut pour se concentrer sur l’écriture du rapport et plusieurs demandes se pressaient contre elles. La Flotte était finalement regroupée, trois appareils manquaient à l’appel comparé au moment de l’ordre de retraite. Trois de moins, encore...
On procédait en ce moment à une répartition des armements, les stocks de certains se trouvant désormais au plus bas. On possédait enfin une documentation crédible sur les nouveaux engins ennemis et le Gouverneur QuartMac voulait en discuter personnellement avec l’amirale.
Laurelian soupira. Le scientifique à la tête de l’armada soutenait que la réponse à apporter serait technique et il y engouffrait toute son énergie et les ressources disponibles en ingénierie. Sauf que Laurelian savait compter, le gouffre technologique entre les deux civilisations s’avérait un peu plus abyssal à chaque perte. La Flotte mentale emportait avec elle le summum de la technicité humaine, aucun appareil de l’univers connu n’égalait les immenses et surpuissants croiseurs du Chancelier Poféus. Les processus de synchronisation psychiques étaient poussés au sommet de leur art et certains armements comme le « canon mental » n’existaient simplement nulle part ailleurs.
Malgré tout cela, les premières confrontations avec leurs adversaires avaient révélé un quasi-statuquo. « Quasi », car Laurelian doutait déjà de leur supériorité, tout au plus espérait-elle opposer une farouche résistance et abuser des pouvoirs mentaux pour rééquilibrer la balance.
Mais maintenant...
Elle se rendrait dans le bureau du gouverneur une fois achevé son rapport. D’un doigt, elle enclencha la reconnaissance mentale du terminal d’écriture et celui-ci poursuivit l’enregistrement de ses pensées.
« Ce n’était pas un hasard si le prometteur Capitaine Viggi avait déserté en convainquant d’autres officiers de le suivre. On analysait cela par la notoriété de MacDone et celle-ci prenait une portion non négligeable dans l’origine des faits. On oublie pourtant un peu vite que tous les soldats mentaux ont d’abord juré fidélité au chancelier, celui qui est à leur tête depuis maintenant près de vingt ans et qui ne les guide actuellement plus. Nous naviguons très loin de celui qui a structuré toute cette organisation depuis des décennies, lui insufflant une part de lui-même dans chaque rouage. Or, même si QuartMac pouvait prétendre à une certaine sympathie de la part des Mentaux, il n’est pas Poféus.
Quand tout allait à peu près bien, ce genre de remarques restaient étouffées, mais maintenant que le doute de notre supériorité est profondément ancré dans l’esprit de chacun, elles refont surface. On remet en cause les décisions originelles, on trouve que sa charge de travail n’est plus assez mesurée ou spécialisée, on se demande pourquoi son voisin semble moins impliqué... bref, on commence à chercher des responsables à tout cela. Et qui de mieux qu’une vieille chimère, au demeurant immortelle, pour tenir ce rôle ? Un scientifique peut-il prétendre pouvoir diriger des soldats de terrain ?
Une icône a disparu, accusée de maux insensés, le chef n’était assez reconnu par ses troupes et une série de défaites finit de rogner une arrogance par trop suffisante ; voici ce que les équipages en proie aux affres du doute ont dû traverser de tout temps.
Mais le moral de mes subordonnés ne saurait, à lui seul, justifier notre échec, mon échec devrais-je dire, face à cet insaisissable ennemi. Contre la perte de plus de deux-cent-soixante-douze de nos croiseurs, il n’eut à en déplorer qu’une petite dizaine... une dizaine ! Ils attaquaient vite, ces nouveaux appareils se déplaçant avec célérité, non pas comme le ferait une quelconque navette rapide, non, ils ‹ glissaient › dans l’espace comme les dauphins-termites dans l’océan. De la même manière que ces colonies de prédateurs, ils ne harcelaient qu’en groupes, de plusieurs endroits à la fois, en fondant sur les bancs de poissons.
Dès qu’ils avaient dévoré leur proie, ils s’enfonçaient sans scrupules entre nos lignes puis disparaissaient pour se regrouper bien loin, quant ils ne vidaient pas leurs arsenaux sur quelque appareil qui serait sorti de sa formation... »
Une notification apparut en haut de son écran de contrôle : le gouverneur s’impatientait.
Laurelian soupira et se leva de son fauteuil, elle ordonna à son terminal d’archiver le rapport qu’elle conclurait plus tard. De toute façon, elle venait d’écrire le principal et cela ne reluisait pas d’optimisme.
Clignant des paupières, elle envoya une courte réponse psychique à la demande du chef suprême de l’Armée mentale et tira un des tiroirs de son large bureau. Parmi les premiers documents, elle en sortit une petite carte mémoire contenant ses projections et stratégies pour faire face à la crise (on pouvait parler de déroute) de leurs unités. Elle tenait à les présenter personnellement et en tête à tête à QuartMac, car celui-ci n’allait pas manquer de hurler sa réprobation. On pouvait les résumer en quelques mots simples : se regrouper avec la flotte spatiale humaine de l’autre côté de Magellone et fermer la Passe à grand renfort de mines. Laurelian ignorait si leurs ennemis allaient les poursuivre aussi loin, mais son unique certitude résidait dans l’impossibilité de résister à ce harcèlement constant. Il fallait sauver ce qui pouvait encore l’être et elle ne croyait pas que, déconnectés de toute base arrière, ils pourraient y arriver.
L’amirale apposa la paume de sa main contre le carré luminescent qui jouxtait la porte de son bureau et celle-ci se verrouilla sur un chuintement à peine audible. Ses talons résonnèrent, eux, durant les quelques mètres qu’elle parcourut jusqu’au gouverneur.

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