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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch24 Ep08

episode326.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 08 "La mission d'Azala"

… oui ? Qui est-ce alors ? demanda le colonel Momumba Arlington, captivé. Sterling-Price répondit sereinement, conscient de casser l’attente du conseil.
Aucune idée, je vous avoue être frustré également. Il n’a plus répondu à mes questions, sinon en manifestant sa volonté de rencontrer ce « Faiseur » seul à seul au moment « le plus adéquat » selon ses propres termes.
Price, ne… … ne me dites pas que vous l’avez laissé filer ? … Comme cela, sans réagir ? grommela le Général Décembre.
Il était outré que l’on puisse ignorer les ordres d’une commission d’enquête, de surcroit de la part d’un affabulateur.
Je ne pense pas qu’il soit possible de retenir Fabio Ouli avec les moyens courants, général, intervint la lieutenante-colonelle Maeve Onawane. C’est un Mental, ne l’oubliez pas.
Et j’ajoute que pour l’avoir vu à l’œuvre, l’idée ne me serait pas venue non plus, Décembre, poursuivit Arlington, pensif. Il se tourna vers Décembre. Je dois avoir quelques vidéos de ses facultés, filmées à la sauvette lors de la reprise de Transporteur 3. Les troupes de Ragnvald avaient été balayées sans aucune chance de résister. Ses fabuleux pouvoirs sont à la fois psychiques et physiques. C’est très impressionnant, vous devriez y jeter un œil…
Le général mâcha sa langue quelques secondes puis finit par revenir à Sterling-Price, dans un fugace espoir de soutien qui ne lui fut pas accordé.
« Je vais dans le sens de mes estimés collègues, Général. Déjà, bien avant la révolution Castiks et l’Exode, Ouli était un Mental de tout premier ordre. L’amirauté le considérait alors, en secret, comme l’équivalent d’un laser orbital. C’est dire ! »
Le fantôme de la guerre civile traversa la pièce du conseil. Aucun des six commandants ne put s’empêcher de revivre durant quelques secondes un souvenir de cette période, rarement agréable. Les frappes orbitales avaient quasiment été l’enjeu majeur de tout le conflit, chacun sachant que le jour où l’ordre serait donné, le carnage dépasserait de loin le pire des scénarios. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas, le roi Magnam IV ne l’ayant jamais donné.
Une petite lumière signala l’évènement que tous attendaient à l’occasion de cette réunion. Décembre autorisa l’ouverture de la porte du sas.
Benkana sursauta :
« Azala ? »
Dans l’encadrement de l’entrée se présentait l’avatar de l’Empereur-Dieu « Gandhi » suivi de la princesse Azala et de Melba, sa garde du corps. Les deux premiers pénétrèrent dans la pièce et Melba scella le lourd battant derrière eux, restant à l’extérieur.
« Bonjour, Aurora », répondit simplement la princesse.
La voix était neutre, le ton à la limite du sentencieux. Benkana le reconnut sans difficulté : son ancienne partenaire était en représentation officielle, porteuse d’une nouvelle relative à la politique, son dada.
Empereur-Dieu, c’est toujours un plaisir de vous revoir, lança brusquement Vernek Junta. J’espère que vous n’avez pas changé d’avis concernant votre promesse de venir nous visiter sur Transporteur 4, n’est-ce pas ?
Nous en reparlerons… … plus tard le coupa Décembre. Monsieur Gandhi a demandé audience pour une autre raison, semble-t-il ? Princesse Azala, vous… … vous n’étiez pas attendue.
L’avatar leva ses mains, paumes face au public en un geste universel d’apaisement.
Mesdames et messieurs, honorables gouvernants de cet Exode, le membre de la Sainte Trinité, que je suis, vous exprime sa satisfaction à l’accession de sa requête.
Vous voilà bien solennel, Empereur-Dieu, s’en amusa à haute voix Arlington. Pour la simplicité de notre entretien, je propose que nous évitions les allusions religieuses, qu’en pensez-vous ?
Demander à un dieu de ne pas évoquer la religion relève de la gageüre, Colonel Arlington. Mais vous me connaissez, je suis ouvert au dialogue. Politicien Junta, un dieu n’oublie jamais et ne revient pas sur sa parole, rassurez-vous. Je suis… nous sommes au-dessus de ce genre de comportements. Général Décembre, enfin, la princesse Azala ici présente l’est effectivement à la suite de ma demande expresse.
Puis-je donc commencer ?
Le général se cala confortablement tandis qu’Onawane, accueillante, offrait un siège à la princesse. Benkana suivit l’action sans mot dire, même si un pincement de sa lèvre inférieure cachait mal une tension montante. Sterling-Price, Arlington et Junta croisèrent les bras dans l’attente de la suite. Ces deux derniers souriaient poliment.
C’était la première fois que l’Empereur-Dieu se présentait personnellement au Conseil. Certes, il avait sauvé l’Exode d’une destruction quasi certaine face à la flotte nalcoēhuale, mais les rapports secrets de Transporteur 3 décrivaient un être calculateur avide de détails, extrêmement retors et possiblement impitoyable. Avant tout, l’attention de Godheim était d’abord centrée sur ses propres plans. La protection de l’Exode, la structuration de la religion et son aide à la recherche du « Faiseur » n’avaient rien d’une œuvre désintéressée. Que recherchait-il vraiment ?
L’auditoire lui étant tout acquis, il commença :
« Cette partie de l’univers n’a plus connu de guerres depuis bien des cycles, avant même ma venue. La mémoire des Nalcoēhuals, comme celle des humains qui peuplent cette région, ne peut remonter aussi loin. Eux-mêmes ne se trouvaient alors pas ici.
Cependant, l’arrivée de l’Exode, la politique nalcoēhuale et la pression religieuse font qu’à nouveau, le spectre de la violence plane. À nouveaux dangers, je propose une solution ancienne : un groupe neutre, vous, et un intermédiaire issu de ses rangs, votre ambassadeur. Il serait le lien entre nos trois civilisations.
Dans ce but, j’ai approché la princesse Azala dont la notoriété, en matière de négociation et d’empathie, a traversé la Passe de Magellone jusqu’ici. Le projet l’intéresse, mais je pense plus judicieux de la laisser s’exprimer elle-même. »
Les yeux d’Azala parcoururent l’auditoire pour se focaliser sur Sterling-Price, consciente de trouver en lui un interlocuteur parlant le même langage. Seule Benkana, et peut-être Onawane, nota l’éclair de colère qui traversa son regard quand elle croisa celui de son ancienne compagne.
« Membre du conseil de l’Exode, je pense que le plus gros problème, lorsque des ensembles se font face, c’est l’incompréhension mutuelle. Tous, ici, nous sommes confrontés, à un moment ou à un autre, à ces temps où un mot malvenu peut déclencher une catastrophe. Un sage nommé Sun Tzu disait que « la meilleure politique guerrière est de prendre un état intact, la pire consiste à attaquer les cités ». Je choisis de déformer ses propos de soldat pour n’en retenir que l’essentiel : une victoire n’est pas forcément le fait du sang, mais souvent… toujours, celui de la paix et de l’entente.
Elle prit une inspiration, puis poursuivit.
« À ce titre, j’ai eu la chance — ou la malchance, c’est selon — d’avoir été éduquée dès ma naissance à ce genre de pratique. J’ai été formée à l’art de la diplomatie, initiée à la connaissance d’autres cultures que la mienne et, enfin, instruite aux rouages complexes de la politique et de ses mécanismes souvent tortueux. »
Se sentant sans doute visé par la dernière affirmation de la princesse, Vernek intervint brusquement :
Madame Azala, je doute que vous ayez été préparée à la civilisation nalcoēhuale. Ces êtres ne sont même pas des… humains !
Certes, monsieur Junta, nos différences sont grandes. Mais l’Empereur-Dieu m’a ouvert ses dossiers sur les habitants du Cercle de Khabit et… souvenez-vous, monsieur le politicien, combien l’ancienne noblesse allait jusqu’à réfuter la même appartenance de genre à leurs serfs de MaterOne !
Une navette de transport de Ragnvald passa à quelque distance du seul hublot de la pièce. Un instant fugace, ses feux de position et ses réacteurs éclairèrent la scène d’une lumière crue, avant de descendre vers la base du transporteur et son spatioport flambant neuf.
Personne ne trouva à redire à cette dernière affirmation, tous ayant en tête, là encore, de nombreux exemples de comportements indécents sous le régime royal.
Madame Azala, formula Maeve en stratège consciencieuse, une fois là-bas, nous serons bien en peine de vous porter assistance si cela devenait nécessaire. J’espère que vous vous en rendez compte ?
Oui, je le sais.
L’empire de Ragnvald fournira tous les moyens de communication et quelques systèmes de protection dernier cri à l’ambassadeur de l’Exode, cela va sans dire, intervint Gandhi, déroulant son plan murement réfléchi. De plus, nos corvettes peuvent rejoindre le cœur de la république nalcoēhuale en très peu de temps.
Combien par exemple ? demanda le général Décembre.
L’autre se tut, se contentant d’inviter Arlington à répondre.
« C’est évoqué dans la partie secondaire de mon rapport, général. Nous pourrons en discuter prochainement, si vous le désirez. D’ici là, je propose de passer au choix du conseil. Chère princesse, je vote pour votre dévouement et je prierai… ce que je pourrais, pour votre succès. Qui est avec moi ? »
Benkana préféra s’abstenir, ne pouvant précipiter Azala dans une mission ressemblant à un piège fatal. Onawane et tous les autres votèrent pour, validant le projet. Junta proposa même une seconde réunion en petit comité pour le lendemain : l’existence d’un ambassadeur de l’Exode allait demander l’appréciation des grandes lignes d’une politique extérieure. Il ajouta à l’intention de l’Empereur-Dieu :
Et d’ailleurs, qui sera son interlocuteur, là-bas ? Nous le savons ?
Une parlementaire, elle ne nomme Ci’chi, répondit celui-ci. C’est avec elle que nous avons rendez-vous demain à la périphérie de la zone. Il est prévu que son croiseur, dépêché spécialement par le parlement nalcoēhual, prenne en charge la princesse.
Sterling-Price et Onawane échangèrent un regard entendu : les rapports ne mentaient pas, Godheim n’abandonnait rien au hasard. Les choix de l’Exode étaient visiblement déjà prévus avant même que le Conseil ne prenne connaissance du problème.
Cela ne manquait pas d’inquiéter tout le monde autour de la table, même lorsque l’avatar et la princesse prirent congé de l’auguste audience, les laissant poursuivre leur réunion.


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RedU T1 Ch24 Ep07

episode325.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 07 "Faiseur démasqué"

La lieutenante-colonelle Onawane suivit le geste du Colonel Sterling-Price. Il signalait au garde de faire entrer le sujet de cette commission d’enquête du Conseil des commandants : un dénommé « Fabio Ouli ».
D’après les dossiers, ce jeune homme avait usurpé un grade de militaire, mais surtout serait bien informé de cette histoire surréaliste de puissances divines dominant l’univers. Si le Colonel Arlington n’avait pas été aussi pressant et si l’existence même de Ragnvald et de son Empereur-Dieu ne posait pas plus de questions qu’il n’apportait de réponses, elle aurait personnellement fait enfermer tout ce beau monde pour démence.
Compte tenu du ressenti de la commandante Benkana envers Adénor Kerichi et Phil Goud, il n’avait pas été jugé opportun de l’inviter à cette réunion. D’ailleurs, elle ne l’avait pas spécialement mal pris lorsque Onawane lui avait suggéré de se tenir à l’écart. Aurora se trouvait alors allongée sur le lit, les jambes pendantes de chaque côté de la tête de Maeve, cuvant plusieurs orgasmes simultanés l’ayant poussée à hurler sa jouissance.
Elle reprenait lentement son souffle et en profita pour clore le sujet à peine entamé de manière directe, comme à son habitude.
« Rien à faire de cet Ouli. Tout ce qui touche à Akowa de près ou de loin ne me concerne plus. Tu t’en sortiras mieux toute seule, d’ici là… »
Elle se retourna lascivement et se cambra dans une pose hautement suggestive.
« Recommence comme ça et plus longtemps… s’il te plait. »
Réponse on ne peut plus claire, donc. Aurora Benkana était une femme qui n’avait jamais supporté l’idée qu’un homme puisse l’honorer. Non pas que les occasions eussent manqué, mais elle refusait de subir de nouveau le viol dont elle avait été la victime alors enfant. Ce traumatisme ne s’effacerait jamais et elle considérait, encore maintenant, les hommes comme de méprisables frustrés. L’amour de son père n’avait pu endiguer ce sentiment inscrit à jamais au fer rouge.
« Vous lisez facilement les pensées, lieutenante-colonelle Maeve Onawane, c’est un talent rare. »
Maeve bondit sur sa chaise. Face à la table, un jeune homme blond un peu dégingandé l’observait.
Ne vous inquiétez pas. Vous êtes ce que l’on nomme « un Mental sauvage », quelqu’un ayant reçu le pouvoir mais n’ayant pas été repéré par le maillage des Forces mentales.
Vous… J’ai déjà croisé des Mentaux, jamais aucun ne s’est amusé à me faire la morale, Fabio Ouli !
Votre pouvoir est latent, utilisé surtout de manière inconsciente. Disons que vous avez pu leur échapper.
Sterling-Price prit la parole, d’un ton étonnamment sévère :
Monsieur Ouli ! J’ignorais que vous vous trouviez sur l’Exode ! Pourquoi, à chaque fois qu’un Mental de Poféus apparait, faut-il que les choses dérapent ou deviennent bizarres ?
Que voulez-vous, Colonel, c’est notre nature. Les choses ont bien changé dans l’Ouest tropicalien depuis votre passage, que ce soit chez les rebelles ou dans mes services. Par exemple, maintenant, je ne suis aux ordres de personne.
Sterling-Price feuilleta un épais dossier posé sur sa table. Onawane ne put s’empêcher de demander discrètement à son voisin :
Vous vous connaissez ?
Oui, Colonelle. Nous avons déjà eu maille à partir durant les débuts de l’insurrection. Notre ami ici présent était alors un Mental de très haut niveau totalement dévoué au Contramiral Poféus. Inutile de préciser que son rôle d’alors demeure bien trouble.
Autre chose, parlez à voix haute, ce n’est pas pour Monsieur Ouli qui connait nos questions avant que nous les posions, mais pour les enregistreurs.
Puis, il ajouta :
Même vous, vous ne pouvez pas communiquer avec MaterOne. Si vous aviez reçu un ordre d’une mission suicide, ce n’était pas les occasions qui vous auraient manqué. J’en conclus donc que vous êtes désormais un renégat, jeune homme.
En quelque sorte, Monsieur Price, en quelque sorte.
Ce sera Colonel Sterling-Price pour vous. Que vous ayez utilisé vos pouvoirs pour usurper une identité militaire est déjà un crime en soi, n’aggravez pas cela par un manque de respect.
La lieutenante-colonelle Onawane et moi-même sommes ici pour entendre vos explications sur cette histoire bien étrange d’entité supra dimensionnelle. Le… « Faiseur », c’est cela ? Et vous seriez le « Passeur » ? C’est bien pratique d’être à la fois celui qui crée l’histoire et celui qui la rapporte, n’est-ce pas ?
Dans la tête d’Onawane, la conversation se poursuivait également.
Voulez-vous que je vous enseigne l’art mental ? En théorie, vous avez passé l’âge, mais dans notre cas précis je peux faire une exception. De plus, je n’ai encore jamais formé qui que ce soit, ce serait une aventure intéressante.
Pourquoi moi ? Je n’ai pas besoin de plus de capacités et elles m’ont posé plus de problèmes qu’apporté de l’aide.
Parce que vous ne saviez pas vous en servir, rétorqua Fabio. Votre « Pepeto » n’aurait jamais pu aller si loin dans la trahison si cela avait été le cas.
Comment savez-vous pour… ?
Question stupide envers un Mental, bien évidemment.
La conversation avec Sterling-Price reprit en parallèle. Fabio n’hésita pas à donner de nombreuses informations, répondant calmement et posément à chaque question. Face à tant de bonne volonté et de précision de son interlocuteur, Price fut pris d’un doute : le Mental ne les menait-il pas sur de fausses pistes ? Les Forces mentales étaient habituées à ce genre d’entourloupes. Le vieux colonel s’en ouvrit :
Fabio Ouli… vous avez réponse à tout et elles semblent s’emboiter en toute logique. Mais comprenez bien que cette commission ne peut baser son rapport sur un unique témoignage tel que le vôtre. Vous dites que l’Empereur-Dieu et l’empire de Ragnvald sont mêlés à cela, que la religion dite de « la Sainte Trinité » est une conséquence involontaire de l’existence de ce « Faiseur », qu’il est parmi nous pour permettre à l’univers de « tourner sa roue » et que ce serait le capitaine Auguste Magellone qui vous l’aurait montré au travers d’un cirque démoniaque dans une autre dimension.
Sommes-nous bien d’accord qu’il nous faudra des preuves ? À commencer par ces fameux « Titans ». Si j’ai bien noté, ils seraient à l’origine de la royauté de MaterOne, rien que cela ?
Et on peut en dire autant de la Révolution Castiks, oui. Tout n’est pas exactement imbriqué comme vous venez de le présenter, mais les grandes lignes sont là. Nous devons trouver le Faiseur, il est ici, avec nous, quelque part autour de Phil Goud. Ce peut être un voisin, une connaissance, une personne d’apparence anodine, un…
Soudain, Fabio écarquilla les yeux. Il fit volteface sur son pupitre et Onawane sentit clairement une onde psychique émise par l’esprit du jeune homme pulser au travers du vaisseau.
Sterling-Price se demanda bien ce qui pouvait encore manquer à cet imbroglio :
Monsieur Ouli, vous disiez ?
Il est en train d’utiliser ses pouvoirs pour… trouver quelqu’un, répondit Maeve à la place de Fabio. Je pense qu’il a une idée.
Une idée ? Une idée de l’identité du Faiseur ?
Pour seule réponse, une voix résonna dans leur tête et elle allait changer le destin de l’Exode :
« Je l’ai trouvé. »


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RedU T1 Ch24 Ep06

episode324.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 06 "Enjeu Mental"

La navette de Stuffy se préparait à l’accostage de l’un des deux nouveaux venus ayant rejoint la flotte. En complément de celui de la station « Piñata el grande », les appareils immatriculés huit-cent-quatre-vingt-onze et neuf-cent-soixante-dix provenaient de la Nébuleuse de Talbot.
L’agent mental, officieux second du professeur QuartMac, ne put réprimer une expression amusée : depuis qu’un de ses clones se trouvait à la tête des toutes-puissantes Triades, la région était vite revenue au calme. Cette organisation représentait le fer de lance de la culture souriante assise sur le Lithium inépuisable de leur nébuleuse. Les caisses de l’État allaient à nouveau se remplir et la communauté ne conspirerait plus en douce contre le pouvoir en place, permettant ainsi une nouvelle répartition des forces.
Le sas se déverrouilla sur un court corridor. Les articulations de ses jambes protestèrent au changement de température, ramenant Stuffy-Quartmac à la dure réalité. La durée de vie de ces corps artificiels ne satisfaisait guère et quelques mois avaient suffi pour que celui-ci entame sa phase de dégénérescence. L’urgence avait obligé l’esprit de Stuffy à se dupliquer dans des enveloppes immatures : bien que cela lui eût permis de défaire Monsieur Heir, la longévité s'en trouvait considérablement réduite. Un clone de Stuffy, l’original, attendait dans le laboratoire de QuartMac. D’ici quelques semaines, il serait enfin apte à recevoir son esprit et, cette fois, plusieurs dizaines d’années seraient disponibles sans discontinuité.
D’ici là, il devrait souffrir.
Le responsable du vaisseau l’attendait à l’extrémité du corridor et se raidit dans un garde-à-vous dès l’apparition de Stuffy. Sa tenue, aux armoiries des Forces mentales, luisait de propreté. Ce modèle en cuir noir avait été conçu spécialement pour cette nouvelle « branche spatiale ». Un peu trop menaçante au gout de Stuffy, mais ce n’était pas lui qui décidait.
L’officier, un jeune Barbane roux à la mâchoire carrée, se présenta :
Je suis le capitaine Viggi, bienvenue sur le « Poisson doré », professeur QuartMac !
Repos, capitaine, enchaina Stuffy en lui serrant la main. Je ne suis pas QuartMac, je suis l’agent Stuff MacDone et je représente le professeur pour l’inspection de votre appareil.
L’autre sursauta comme s’il venait d’apprendre la venue du contramiral Poféus en personne.
Le… l’agent Stuffy ? Vous… Monsieur, c’est un honneur de vous rencontrer.
Et il lui serra à nouveau la main, plus longuement.
Merci, Viggi. Vous n’avez donc pas croisé un Stuffy du côté de Talbot ? questionna Stuffy-Quartmac, intrigué.
Non, Monsieur. Nos relations furent très ténues et nous n’avons jamais reçu sa visite, juste quelques instructions par messages cryptés. De toute façon, nous avons surtout assuré le soutien des autorités militaires en place.
Sans doute préférait-il la discrétion ? Après tout, les yeux et les oreilles des Souriants sont toujours ouverts. Alors, si on faisait le tour de ce bel engin ? Donc vous dirigez deux appareils ? C’est anticipé vu votre âge, comment est-ce que…
Stuffy connaissait bien évidemment la réponse, le dossier de Viggi lui ayant été communiqué la veille. Un surdoué, tout simplement, avec des résultats exceptionnels… Mental et surdoué, ce garçon aux boucliers psychiques sans faille collectionnait les raretés !
Devant le responsable des Compresseurs dimensionnels, le numéro deux de la flotte mentale fit semblant de comprendre les explications techniques ; la réalité était que certains postes avaient été délégués à des civils compte tenu de leur complexité. Pourtant, l’électronique embarquée était contrôlée par une IA de dernière génération, libérant les tâches de dizaines et de dizaines de marins. Quatorze Mentaux bien formés suffisaient à faire fonctionner un monstre celui-ci, c’était très impressionnant quand on le comparait au précédent. Lorsqu’un de ces nouveaux croiseurs s’était approché du « Le Liberté », puissant vaisseau amiral de la flotte régulière alors en orbite autour de MaterOne, une réprimande officielle de l’amiral en chef avait été expédiée à Ralato. Les militaires goutaient peu que des engins de cette taille échappent à leur contrôle.
Il n’empêche, mille et onze appareils ultrasophistiqués employaient plus de treize-mille Mentaux. Un tiers des effectifs étaient donc placés sous la direction de QuartMac pour partir dans une aventure colonisatrice d’un univers inconnu. Le vieux professeur, sommité reconnue de tous ici, représentait l’autorité du contramiral et la rumeur disait qu’il avait son oreille, même si Stuffy doutait que le Poféus de ses souvenirs, courant et hurlant dans le vide, puisse écouter qui que ce soit. Il avait pourtant bien ordonné d’anéantir prioritairement l’Exode et le professeur QuartMac comptait exécuter cet ordre. Si Poféus avait voulu affaiblir ses anciens services, il ne s’y serait pas pris autrement, le foulard rouge de l’Exode n’étant qu’une excuse.
De retour à sa navette, Stuffy signa un rapport très positif sur Viggi et son peloton. La dernière phrase du jeune capitaine, transmise mentalement, le satisfaisait au plus haut point :

« En toute situation, monsieur, les Mentaux doivent fidélité à leur hiérarchie… sauf en cas de conflit interne : dans ce cas, le Code mental prend le relai.
Bon retour, Monsieur, et merci encore de votre inspection. »
C’était un soutien de plus sur lequel Stuffy pourrait compter en cas de problème majeur avec QuartMac. Le « Code mental » : les Mentaux ne reconnaissent en tout lieu que d’autres Mentaux. Il s’agissait du reliquat d’un passé éloigné, avant la mise au pas de ces mercenaires sauvages par la nouvelle royauté et la création de la prestigieuse université mentale. L’institutionnalisation de ce système préluda au fondement des toutes-puissantes « Forces mentales ».
Stuffy, qui n’avait reçu aucune instruction particulière de Ralato, reconnaissait un message implicite de son ami avec qui il avait partagé les pensées. En effet, jamais le ministre ne l’aurait choisi, lui, s’il avait voulu que cette mission arrive à son terme. Pas un homme épris de justice et de liberté comme l’était Stuffy.

La navette de l’agent slaloma entre quelques appareils géants de l’immense flotte, face à la Passe de Magellone. Il fallait faire vite, le compte à rebours de l’entrée en Transition touchait à sa fin.


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RedU T1 Ch24 Ep05

episode323.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 05 "Pepapaltec"

Ceinture de Pepapaltec au centre du Cercle de Khabit.
Astéroïde principal.

Le petit transport se posa en douceur sur l’aire d’atterrissage extérieure. La météoritique était claire, avec de rares et minuscules aérolites solitaires que les boucliers standards parvenaient aisément à repousser. Les pistes découvertes, bon marché, brillaient donc d’une couleur verte. Par un sas de côté, deux scaphandres descendirent sur le tarmac poussiéreux et suivirent, à grands bonds, le chemin lumineux jusqu’à l’entrée centrale de la zone des voyageurs. Un système de portes coulissantes pivota sur lui-même, concomitant à la mise sous pression, et ils pénétrèrent dans l’astroport.
Au vestiaire, Artoc déverrouilla le casque de sa tenue, aidant le Huitlalcoh qui l’accompagnait à faire de même. Il compressa les combinaisons dans un petit conteneur qu’il suspendit sur son dos et les deux nouveaux venus se dirigèrent vers le contrôle des arrivées.
Peu d’affluence en ce début de cycle quotidien : les énormes cargos transportant passagers et fret n’accosteraient que dans quelque temps. Les trente-deux heures standards étaient parfaitement respectées sur Pepapaltec, l’une des quatre plus importantes sociétés nalcoēhuales, et sa puissante économie imposait ses règles à toute cette région de Khabit. Hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, personnages politiques... Beaucoup de membres éminents de cette civilisation venaient d’ici. Pas étonnant qu’une sécurité stricte soit appliquée aux entrées des astroports, d’autant qu’un fond d’entre-soi régnait parmi les habitants de la région. En résumé, on n’aimait pas les étrangers, Artoc et son compagnon huitlalcoh répondaient parfaitement à cette définition.
On emmena le Nalcoēhual adulte dans une salle séparée pour un contrôle des documents officiels et une fouille au corps, tandis que son jeune compagnon était dirigé dans une autre pièce. Les boucliers psychiques étaient bien entendu levés, cela tenait à la fois de la politesse et de la vie privée dans cette civilisation, et seule une requête d’un juge pouvait contraindre un citoyen à les abaisser. D’après ses documents, Artoc représentait une petite société de sécurité située loin de Pepapaltec qui tentait de se faire une place sur le marché. Sa musculature et ses cicatrices ne pouvaient que corroborer son passé d’ancien militaire, parfaitement exact celui-là.
Vous avez servi dans quelle armée ? interrogea l’officier.
Commando dans les forces spéciales sur Chilico, répondit froidement Artoc.
Chilico ? Lors de la sédition de…
Oui.
La République nalcoēhuale n’a pas toujours connu que des périodes calmes et unies et Chilico a été, et reste encore maintenant dans une certaine mesure, un lieu de trouble.
Impressionné, l’officier salua Artoc et un de ses assistants le conduisit respectueusement dans une salle d’attente, proche du contrôle huitlalcoh.
Ces êtres chrysalides et hermaphrodites représentaient des Nalcoēhuals matures en devenir. Leur forme de grosse chenille un peu ratatinée, aux yeux brillants, ne leur permettait pas une mobilité élevée, mais leur intelligence, elle, était déjà bien formée. Cela faisait partie du cycle de vie d’un Nalcoēhual : la chrysalide Huitlalcoh (techniquement, le troisième stade de la vie) possédait un cortex et une structure osseuse interne, et externe, suffisamment développée pour avoir une activité utile. Leur petite taille et leurs multiples appendices ventraux sous forme de pinces, en place de mains, représentaient une partie de leurs limitations physiologique. Les adultes, eux, étaient les seuls à pouvoir se reproduire et profiter des pouvoirs mentaux. On intégrait donc les Huitlalcohs à la société au travers de leurs compétences et études diverses. Ils s’étaient, par ailleurs, progressivement regroupés en une caste, pour faire valoir leurs droits, celle-ci représentait maintenant une puissante force politique assez conservatrice.
La porte de la seconde salle d’interrogatoire s’ouvrit et le compagnon d’Artoc en sortit, accompagné par un Huitlalcoh de la sécurité. Apparemment, le mot était passé, car le policier salua Artoc de ses quatre petites mains griffues avant de s’éloigner.
Quelques minutes plus tard, le duo emprunta un transport automatique en commun, pratiquement vide. Manque de chance, le seul passager dans l’habitacle les aborda. Ce Nalcoēhual aux antennes ébouriffées et à l’odeur prenante ne semblait pas tenir la meilleure forme. Visiblement, il ne vivait pas dans l’opulence.
S’cusez-moi. Désolé d’vous déranger, mais j’suis persuadé qu’on s’est déjà vus quelqu’part. Z’êtes pas de Pepapaltec ?
Non, nous sommes en voyage d’affaires. On ne se connait pas, répondit Artoc, sèchement.
Ha si, mon gars… C’était pas l’armée ? Attend… si, si…
Monsieur, veuillez retourner à votre place, intervint le Huitlalcoh. Ce transport est vide à part nous, vous ne manquerez pas d’espace, ajouta-t-il en lançant un regard à Artoc.
Celui-ci reçut le message. Tout en faisant semblant d’accrocher à la discussion, il entraina le curieux de l’autre côté du wagon, à côté de la sortie aux battants fermés. Il lui répondit un ton plus bas :
En fait, oui, j’ai servi sur Chilico, il y a quelques années. Tu n’y aurais pas été aussi ?
C’est ça ! C’est forcément là-bas qu’on s’est connus, j’étais pilote dans les transports spéciaux, si t’vois ce que j’veux dire ?
Bien entendu. Tu étais sous les ordres du capitaine Zeko, n’est-ce pas ?
T’as connu Zeko ? réagit l’autre, surpris. Il débordait de joie. C’était le meilleur capitaine que j’ai jamais eu ! Il m’avait donné ma chance et je ne l’ai jamais déçu, jamais ! Quand j’ai été démobilisé, c’est là que… enfin voilà quoi, pas trop de sous, l’alcool. Tu veux pas qu’on en discute ? Allez, offre-moi un verre dans un bar et on se racontera nos souvenirs, ça me fera du bien en ce moment.
Le Huitlalcoh, de l’autre côté de l’allée centrale, s’approcha d’une petite trappe sur laquelle clignotaient quelques voyants. Il posa discrètement sa main dessus, dos tourné pour cacher son activité. L’inconnu le suivit du regard, un soupçon traversant ses iris dorés, puis il reprit la conversation avec Artoc.
« … et t’as des nouvelles de Zeko, parce que… hey, on n’s’est pas arrêté à cette station ? Il y avait pourtant du monde en attente. Le système automatique fait encore des siennes ? »
L’engin accéléra, s’engouffrant dans le tunnel creusé dans la roche. La paroi défilait à vive allure derrière la porte, fort heureusement close. Artoc présenta ce qu’il connaissait comme plus beau sourire :
Tu sais ce que j’ai préféré chez Zeko ? demanda-t-il simplement en posant sa main sur l’épaule de son vis-à-vis.
Vas-y !
C’est qu’il n’a jamais existé et donc tu n’es qu’un flic venu ici pour nous tirer les vers du nez.
Les battants de la porte s’ouvrirent soudain et avant que l’inconnu n’ait réagi, Artoc le projeta hors de l’habitacle. En moins d’une seconde, le Nalcoēhual fut déchiqueté par la violence des multiples impacts, son corps laminé par les rebonds sans fin entre la roche et le transport en accélération. Les battants se replièrent et l’engin décéléra pour retrouver une vitesse de croisière normale…
Dès la sortie du tunnel, il s’arrêta naturellement à la station suivante et le duo en descendit, s’éloignant autant que possible avant que les traces de sang bleu soient découvertes à l’extérieur. Artoc s’en émut.
Sire, nous devrons redoubler de prudence : la présence de ce policier n’était pas normale. Et maintenant, dès qu’ils trouveront le cadavre, notre portrait sera diffusé partout.
Notre mission demeure prioritaire, Artoc. Aie donc foi en notre destinée et prépare un itinéraire de fuite.
Bien, Sire.

Ils pénétraient dans un second transport en commun, lorsque l’on entendit au loin des cris retentir. Le Huitlalcoh désactiva discrètement tous les systèmes de surveillance de leur cabine, grâce à la même manipulation que précédemment.
Cela leur ferait sans doute gagner un peu de temps.


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RedU T1 Ch24 Ep04

episode322.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 04 "centime"

« … installez-le dans mon bureau. Je finis et je m’occupe de lui… Bonsoir à nouveau, pour cette ultime partie de votre édition spéciale ! Notre invité est toujours Monsieur Gandhi, avatar de l’Empereur-Dieu de Ragnvald. En ce moment, vous pouvez voir s’installer Monsieur Junta, le commandant de Transporteur 4, à qui on ajuste le micro… j’ignore si je dois faire les présentations.
Gandhi, voici Monsieur Junta. Monsieur Junta, voici Godheim, l’Empereur-Dieu. Une virgule publicitaire et on se retrouve pour la suite de cet échange qui s’avèrera passionnant compte tenu de nos invités d’aujourd’hui.
Ne zappez pas ! »

Monsieur Junta, nos multispectateurs sont de retour, voulez-vous commencer par cette… mystérieuse annonce ?
Merci, Ted. Tout d’abord, j’aimerais saluer ici l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim. Nous ne discourons pas souvent avec un être divin (ou évoqué comme tel) et, quelles que soient nos convictions, il convient de le traiter avec respect et dignité. Empereur-dieu Godheim, je vous souhaite la bienvenue à bord de l’Exode et vous remercie, à nouveau, pour l’aide irremplaçable que vous nous avez apportée, lors de notre première rencontre avec l’armée nalcoēhuale.
Vous tous avez su prouver votre valeur à mes yeux. C’est là le plus important, le reste est dérisoire, commandant Junta.
Vos propos honorent votre statut, Empereur-Dieu. Quelle chance que nos chemins se soient croisés dans cette partie de l’univers  !
Certes, Monsieur Junta. Pourtant, il semble que cela ne se soit pas passé sans quelques… heurts ? Un peu… surestimés, peut-être ?
Oui, Ted. Surestimés, largement. D’ailleurs je crois savoir qu’il n’existe pas ou très peu de documents attestant cela. Vos équipes se seraient-elles emballées, cette fois ? Cela arrive, nous vous pardonnerons cet écart… du moment que cela ne se reproduise pas.
B… bien sûr, Monsieur Junta ! Tout à fait, Mons…
EMPEREUR-DIEU !
Titus ? Mais vous deviez m’attendre dans… hey ! Mais ne montez pas sur le plateau, nous sommes en direct ! Titus, mais… pas à plat ventre, dites-moi que je rêve !
Vénéré Godheim, je me présente à votre regard divin dans une attitude soumise et humble. Pouvez-vous m’accorder votre bénédiction ?
Soit Titus, mon enfant. Je te l’accorde. Tu connais l’engagement à offrir en retour, je pense ? Je t’écoute.
Bien entendu, Empereur-Dieu, sage parmi les sages ! Je ne suis qu’un mendiant dans le noir, ils représentent ma richesse et ma lumière. Que l’Incomparable Trinité éclaire à jamais mon chemin et me guide vers le destin qui m’est promis.
Titus, relevez-vous nous sommes en direct ! Allez les gars, enlevez-le d’ici, vraiment ça ne le fait pas, quoi !
Ted ! Cet homme fait preuve d’une foi réelle, appliquant à la lettre les préceptes du recueil sacré nommé « le Rablerane ». Je pense que, plutôt que de le rejeter, vous devriez partager le pain de son rite, au moins pour l’exemple.
Monsieur Junta… ?
À genou et récitez la promesse, Maos’n… maintenant.
Nan, mais m’sieur, je…
Ted ?
Pfff… un genou, pas plus… je suis un… un mendiant dans l’noir, ils sont friqués et lumineux… Et l’Incomparable Trinité éclaire la route vers le super destin qui m’attend.
Ça va ?
Journaliste Maos’n, cet acte de dévotion, aussi imparfait soit-il, vous honore. Titus, mon enfant, accordez-lui un centime en mon nom.
Empereur-dieu, c’est un honneur que d’être votre main. Je m’empresse d’agir selon vos désirs ! Tiens, Ted…
Aïe ! Mais Titus, ça ne va pas ? Tu m’as tiré l’oreille, espèce de crétin !
Mais mon Ted, c’est la beauté de la chose. Tu viens d’avoir un centime du grand Godheim, c’est une promesse pour le paradis ! Moi-même, je n’en ai reçu que trois.
Ouais, ben tu aurais pu me prévenir. Bon, si tout le monde en a fini, on passe une pub et on reprend le fil de l’émission, okay ? Enfin… si Messieurs Junta et Gandhi le veulent bien, évidemment.
Qu’il en soit ainsi, journaliste Maos’n.
Pareil pour moi, Ted. La régie ? Envoyez la publicité.

… et tu n’en bouges plus ! Regarde-moi quand j’te cause, mon gars, okay ? Allez zou ! Bon. Retour dans le journal. Monsieur Junta, nous vous écoutons.
Merci, Ted. Empereur-dieu, vous connaissez certainement mieux que nous la nature de l’Homme. Quelle que soit l’antériorité de leur croyance, ou la passion d’un adepte comme notre ami Titus par exemple, ceux que je nomme les « anciens » (ici, entendez « de Ragnvald ») pourraient rencontrer quelques difficultés à côtoyer les adorateurs de Phil et Adénor, hors de Transporteur 3. Le Rablerane mettra un peu de temps à se diffuser, car nous ne sommes que de simples humains, n’est-ce pas ?
Certes, Monsieur Junta, nos ouailles feront face à une période d’adaptation. Poursuivez, je vous prie…
Je connais particulièrement bien les us et coutumes des exodés de Transporteur 4 et je sais leur tolérance et leur acceptation d’autrui. Sans amoindrir l’accueil qu’ils pourraient recevoir ailleurs dans l’Exode, je peux certifier que tous les arrivants de Ragnvald trouveront, dignement et équitablement, l’hospitalité à notre bord. Plus encore, je leur garantis le gite et le couvert autant de temps que nécessaire, ainsi que des lieux dédiés uniquement à la pratique de leur religion.
Pour ce faire, j’invite officiellement l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim à venir visiter nos locaux et nous assister pour améliorer la qualité du service offert à nos nouveaux venus. Idéalement, s’il désire bénir qui ou quoi que ce soit, nous en serions honorés.
C’est un geste d’une grande humanité, Monsieur Junta. Cependant, l’Incomparable Trinité est multiple et, plus important, elle est un. Ce qui signifie qu’il n’existe pas de place pour les adorations exclusives. Les regroupements sur ce genre de base ne trouvent pas grâce à nos yeux.
Bien entendu, Votre Grandeur. Je parle d’une période d’intégration, dont la durée est, comme tout ce qui touche à l’humain, variable à plus d’un titre. Mon, que dis-je, notre objectif sera d’obtenir une homogénéité aussi parfaite que possible dans la société de Transporteur 4 et nous comptions, humblement, sur votre personne pour nous assister dans cet objectif.
Pensez-vous au moins venir pour que nous en discutions sur place ?

Empereur-Dieu Godheim, cette proposition de Monsieur Junta me semble tout à fait honorable. Nos multispectateurs sont certainement curieux de connaitre votre réponse ? Pourriez-vous la partager avec nous, sur ce plateau ?
Je me rendrai à votre transporteur, Monsieur Junta, et nous étudierons la question ensemble.
Votre Grandeur, nous n’en attendions pas plus. Merci, par avance, pour le bien que vous nous apporterez. Ted ? Le mot de la fin, peut-être ?
Heuuuu… oui. Donc, merci à tous deux d’être venus ce soir et je présente mes excuses à nos multispectateurs pour les… nous dirons « imprévus » qui ont parsemé cette émission. Gandhi, nous espérons vous revoir bientôt sur ce plateau !
Très certainement, journaliste Maos’n, ne serait-ce que pour honorer la mémoire de votre aïeul. Que votre vie soit aussi longue et prospère que la sienne et à bientôt pour votre pèlerinage sur Transporteur 3.
M… merci… énormément. Monsieur Junta, même remarque : vous êtes ici chez vous, soyez toujours le bienvenu.
Je l’espère bien, Ted, soyez-en sûr.
Sur ces quelques paroles de nos invités, nous clôturons donc ce journal d’information. Juste après cette virgule, vous retrouverez Képri Apriolli dans une nouvelle aventure de « Panique violente », la série produite par Ex-One Média. Bonne soirée et rendez-vous lors de notre prochaine édition.
C’était Ted Maos’n, en direct d’Ex-One Média !


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RedU T1 Ch24 Ep03

episode321.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 03 "micro-trottoir"

« … comment ça on ne les trouve pas, mais cherchez, merde ! Quoi, l’antenne… eeeeeeet retour dans votre édition spéciale ! Notre invité, sa grandeur Gandhi, avatar de l’Empereur-Dieu de Ragnvald.
Donc… nous sommes en train de réunir les documents demandés et de contacter les… témoins, ce qui prend un peu de temps. En attendant, je vous propose de diffuser tout de suite le reportage de Jack Blast sur l’intégration dans l’Exode de toutes ces… cette religion. Nous nous retrouvons juste après. »

« Sur Transporteur 7, celui d’où sont originaires — maintenant des divinités — Phil et Adénor, la nouvelle croyance divise, c’est le moins que l’on puisse dire. Nous avons enregistré ce micro-trottoir en matinée, je vous laisse découvrir. »

Bonjour, Monsieur. Nous réalisons un sondage sur l’arrivée de « l’Incomparable Trinité ». Avez-vous une opinion sur ce sujet ? Peut-être pratiquez-vous, vous-même ?
Je me tiens éloigné de tous ces genres de choses. C’est mauvais pour le bizness, toujours. Après… ça peut aussi ouvrir de nouveaux marchés peut-être. À suivre, donc. Je dois y aller, excusez-moi…

Bonjour, Monsieur. Que pensez-vous des Octotes et des adeptes de la religion de Phil et Adénor ?
On n’a pas b’soin d’ça chez nous. Moi j’vous dis qu’la commandante, elle y mettra bon ordre. Elle a éjecté les deux loulous « manu militari », c’est pas trois ch’tarbés qui les f’ront revenir en douce !
Heu… il s’agit, pour notre transporteur, de plus de quarante-mille personnes, d’après la répartition officielle diffusée par le Conseil des Commandants.
QUOI ? C’est du foutage d’gueule tout ça ! On va pas s’laisser faire !
Vous envisagez quelque chose ?
Poussez-vous l’journaleux. Ha non ! quarante-mille, et puis quoi encore, ça va mal s’passer !

Madame, excusez-moi. La nouvelle religion autour de l’Empereur-Dieu, Phil et Adénor, avez-vous une opinion sur ce sujet ?
Bien sûr, monsieur. Je suis moi-même adhérente à la salle de culte qui a ouvert près du gros conteneur jaune. L’arrivée de Transporteur 3 fut un miracle qui prouva, une fois de plus, combien nous étions dans le vrai.
Donc, pour vous, le mélange théologique avec l’Empereur-Dieu n’est pas un problème ?
Non… un peu bizarre au début, mais le Rablerane a répondu à tous nos questionnements. Je considère ma foi comme plus vivace maintenant et nous nous sentons réellement moins seuls.

« À la suite à cette rencontre, la jeune femme nous a obtenu un rendez-vous, le lendemain, avec la « maitresse », c’est le nom qu’on lui donne, qui célèbre l’office pour cette communauté. L’interview s’est révélée très instructive, je vous laisse vous faire votre opinion. »

Bonjour, Maitresse, je suis… heu… navré de ne savoir exactement comment vous nommer.
Ha, ha, ha ! Ne vous inquiétez pas. C’est bel et bien ma dénomination. Pouvez-vous m’accompagner ? C’est l’heure de ma tournée du quartier.
Absolument. Peut-être puis-je décrire votre vêtement ? Il s’agit d’une unique robe ample, elle vous couvre de haut en bas, c’est du nylon ?
Pas exactement… Attention, je ferme la porte. Un fil de tungstène et d’acier recouvert de nylon et utilisé par les tisserands. Il s’agit de la tenue règlementaire qui est produite en grosses quantités sur Transporteur 3. C’est l’Empereur-Dieu lui-même, loué soit-il, qui a fourni les machines et la technologie. Léger, isolant et confortable, je dois vous avouer la préférer à mes vêtements « civils », même quand je suis en repos. Bonjour, Madame Violette, comment va le bébé ? Une première dent ? Montrez voir !
Je crois savoir que vous étiez Octote. Peut-on parler de « reconversion »  ?
Certainement pas ! Lorsque nous avons compris que Phil et Adénor représentaient la réincarnation de Mah’di, certains avaient ressorti un ancien recueil de légendes annonçant qu’un ultime miracle accomplirait la transformation finale, pour que le prophète devienne Dieu. Ce fut l’ascension, avec l’Empereur-Dieu et leur pseudomort dans la Passe de Magellone.
Avez-vous officié avec de nouvelles personnes venues de Transporteur 3 ? Comment les trouvez-vous ?
Pacquelina et Bangoret, arrêtez de jouer avec n’importe quoi, hey ? Attendez, j’appelle votre mère ! Vous permettez ? Excusez-moi, je reviens…
(…)
Voilà. La tournée de ma zone de caissons est souvent ponctuée de ces petits évènements. Mes ouailles ont besoin qu’on les conduise à bon port et Saint Phil sait guider mes pas.
Donc, pour les nouveaux arrivants, que je considère plutôt comme des élus (pour avoir suivi Mah’di et assisté à sa transformation), ils sont très épris de croyance. Parfois, un peu rudes, mais notre socle commun nous permet de toujours terminer sur un accord..
Et les anciens adorateurs de l’Empereur-Dieu ? J’entends par là, ceux de Ragnvald.
Intégration plus rugueuse, je dirais… Bien sûr, Monsieur, ce sera demain matin à dix heures précises. Nous pourrons même ajouter une prière de réconfort pour elle. Sainte Adénor est connue pour aider à la guérison. Bon courage à vous dans ce moment difficile…
Nous disions ? Ha oui, les anciens Rangvaliens… C’est surtout l’absence de Godheim, dans les systèmes du vaisseau, qui perturbe leur foi. Il leur faut échanger une présence, immédiate et permanente, contre une autre, plus diffuse et surtout plus complexe.
Hé, que voulez-vous ? Si les religions étaient faites pour se simplifier la vie, on choisirait un dieu unique. Mais non, l’Incomparable Trinité est multiple et interagit de manière subtile avec nous. Excusez mon éloquence, je pourrais parler des heures, vous savez ?

« Pour conclure, et je partage ici une impression plus personnelle, cet afflux d’une croyance plus… prononcée, va certainement modifier le mélange culturel de l’Exode hérité de MaterOne et de la révolution Castiks. Nous avons entendu dans le micro-trottoir des réactions, somme toute, prévisibles mais très diverses, sinon opposées. Est-ce que cela débouchera sur une scission, une fusion ou une richesse supplémentaire ?
Seul l’avenir nous le dira.
C’était Jack Blast sur Transporteur 7, pour Ex-One Média. »

… oui… oui, Monsieur Junt… oui d’acc… oui, bien sûr. Hem… Retour dans… dans votre journal du soir.
Donc, Gandhi, avez-vous une opinion sur le devenir de vos anciennes ouailles qui ont rejoint l’Exode ? Votre rôle ici est d’ailleurs de les rassurer et d’assumer votre présence en tant que part de… la « Trinité » ?
Enfin, je crois.
L’Incomparable Trinité a publié le Rablerane pour aider tous les adeptes à… je dirais comprendre la profondeur et la complexité de notre théologie. Nous savons bien que tous ne sont pas égaux devant l’acceptation de ce qu’ils pourraient, de manière erronée, penser être un « nouveau » dogme. Il s’agit bel et bien de l’évolution ultime de plusieurs croyances fondamentalement liées, mais qui s’ignoraient.
Nous, l’Incomparable Trinité, ne pouvions tout expliquer, dès l’origine, du devenir de ce chemin spirituel que nous vous dessinons. Tout simplement parce que nos voies ne peuvent être comprises par vous, humains. Mais, je peux vous l’avouer, le Rablerane est une importante étape dans la compréhension finale de toute chose qui attend l’humanité.
Sinon, Journaliste Maos’n, qu’en est-il de vos documents et témoins ? Les avez-vous retrouvés ?
Il… semble… que nous ayons, peut-être… manqué à un certain devoir de réserve et de… vérifications. Ce qui nous aura conduits à… méjuger quelque peu des évènements passés.
Donc, au nom de la rédaction et d’ExOne média, je vous… présente mes… nos… enfin bref, on est désolé !
Ma clémence est infinie, jeune Maos’n. Veillez surtout à ne plus recommencer. Je pense qu’un pèlerinage de deux semaines sur Transporteur 3 devrait racheter suffisamment vos erreurs et celle d’ExOne média.
Pardon ? Vous voulez dire que nous tous, on…
Vous et vous seul, Monsieur Maos’n. En tant que responsable, tout cela a été fait sous votre autorité, n’est-ce pas ?
Attend, là, nan, mais… ha… On me dit à l’oreillette que Monsieur Junta est arrivé. Une virgule publicitaire et on se retrouve juste après, ne zappez pas !
Bon, d’accord. Mais y a pas moyen de négocier la durée ? Nan, parce que moi, vous voyez là, j’ai quand même un job, une famille et…


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RedU T1 Ch24 Ep02

episode320.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 02 "Rablerane"

« Bonsoir et bienvenue sur Ex-One Média, votre chaine d’information. Je suis Ted Maos’n et nous sommes en direct de Transporteur 1 pour votre édition du soir.
Au sommaire, aujourd’hui :
Des nouvelles d’Adénor Kerichi, vénérée par ses fidèles comme la réincarnation d’une ancienne prophétesse disparue. Un reportage de notre journaliste Titus Matrane.
Du point de vue de la flotte de l’Exode, les conséquences de l’intégration de nos compatriotes provenant de Transporteur 3. Une majorité d’entre eux sont extrêmement épris de cette nouvelle religion autour de Phil et Adénor, mais également de celle de l’Empereur-Dieu de Ragnvald. Jack Blast nous en dressera un tableau objectif.
Enfin, une annonce exceptionnelle par monsieur le commandant Junta en personne qui est en chemin pour nous rejoindre.
Comme vous pouvez le constater, notre actualité tourne principalement autour du spirituel. Nous sommes donc fiers d’avoir avec nous sur ce plateau l’une des icônes de ces croyances, j’ai nommé l’avatar de l’Empereur-Dieu Godheim lui-même.
On se retrouve tout de suite, juste après une virgule publicitaire. » 

Retour dans votre édition du soir. Empereur-Dieu, merci à vous d’avoir répondu à notre invitation, votre éclairage sur les évènements passés et présents sera sans aucun doute passionnant.
Le remerciement est un concept très humain dont nous usons à loisir, journaliste Maos’n. Il n’est pas rare, voyez-vous que je communique directement avec chaque Ragnvaldien de mon empire.
Vous n’êtes pourtant pas sans savoir que j’ai volontairement choisi de ne pas m’immiscer à l’intérieur des systèmes de l’Exode. Votre plateforme télévisuelle devient donc le meilleur vecteur pour promouvoir et répandre la foi.
Certes, Votre Éminence. Même si, d’après nos renseignements, vous voyagez souvent entre les transporteurs pour répandre une certaine… « bonne parole », si j’ose dire.
Hé, hé, hé. Monsieur Maos’n, la parole d’un dieu est toujours bonne. Cela dit, pour simplifier notre présente conversation, je vous propose de me nommer « Gandhi », cela vous évitera de chercher, dans votre mémoire imparfaite, toutes les dénominations possibles et fluidifiera nos échanges.
Ne croyez-vous pas ?
Je… heu… hé bien, merci pour cette courtoisie… Gandhi. Ce nom a-t-il une signification particulière pour vous ou vos fidèles ?
Il devrait en avoir pour vous, c’était un très glorieux humain qu’admirait sincèrement votre arrière arrière-grand-père sur quatre générations. J’ai pu m’entretenir avec lui, par ailleurs. Votre aïeul était un homme cultivé et assez indépendant, il pourrait vous en apprendre.
… Nouuus enchainons de suite sur le reportage de Titus Matrane au sujet d’une visite d’Adénor Kerichi à un mariage barbane qui s’est tenu sur Transporteur 3 durant la soirée d’hier.

« Adénor, Adénor, Adénoooooooor… Allez, tous ensemble ! GLOIRE À ADÉNOR !
Nous sommes donc, ici, au milieu de ce qui fut un simple mariage quand Sainte Adénor le magnifia de sa présence. La cérémonie elle-même en fut transformée, le célébrant la supplia à genoux d’officier à sa place. Malgré la posture approximative du demandeur, peu conforme aux usages inscrits dans le Rablerane, elle accepta et leva gracieusement la main pour… pour bénir le couple ! C’était… ce fut un tel moment d’émotion. Je me suis allongé sur le chemin du retour pour qu’elle nous honore de quelques mots divins à notre caméra. Le… les voici, ils sont splendides, simplement splendides.
« Monsieur Matrane ? Mais que faites-vous donc ici ? Vous devriez vous lever, ce n’est pas décent pour un journaliste tel que vous. S’il vous plait, je voudrais vraiment rejoindre la sortie… »
Magnifique ! Elle traversa alors la salle, accompagnée de toutes sortes de cris de joie et de « you-you » païens. Je dus moi-même rétablir le silence et la révérence qui seyait à ce moment. Mon propre Rablerane de poche circula pour convaincre les derniers récalcitrants. J’envisage par ailleurs qu’Ex-One Média en diffuse des extraits régulièrement afin d’inciter les fidèles à suivre ses préceptes avec exactitude et pas de… enfin pas n’importe comment.
Sainte Adénor nous quitta par le transport tubulaire, s’envolant peut-être vers Saint Phil ! Les Octotes, qui sont une des sources fiables de la théologie du Rablerane, expliquent qu’elle est une des multiples réincarnations de la compagne du prophète nommé « Mah’di - le Faiseur », qui ne serait lui-même que Saint Phil Goud ! L’Empereur-Dieu l’aurait connu et traverserait les siècles pour le soutenir comme une sorte de frère d’armes. La beauté mythologique de « l’Incomparable Trinité », comme cela s’appelle, m’émerveille toujours.

C’était Titus Matrane, depuis Transporteur 3.  »

… à mon bureau dans l’heure ! Mais il est complètement jeté ou quoi, Titus ? Quelle mouche l’a piq… Et nous revoici en direct ! Donc, votre… heu… Gandhi, une opinion sur les évènements forts étranges que nous venons d'observer ?
Je n’ai rien vu qui soit particulièrement remarquable dans ce document. Un dieu bénissant personnellement un mariage ou saluant ses fidèles est un acte généreux qu’il faut louer. Et c’est un dieu qui vous le dit.
Soit. Et le Rablerane, alors ? Quel est ce livre dont Titus nous a parlé avec tant de… véhémence ? Nos équipes n’ont pas pu se procurer le moindre exemplaire, mais les réseaux sociaux en regorgent d’extraits.
Le Rablerane est un recueil sacré, écrit ou parafé de ma main et de celles de Saint Phil Goud et Sainte Adénor Kerichi. Nous y intégrons le socle de notre liturgie ainsi que les préceptes que nos fidèles doivent suivre rigoureusement pour nous prier et prouver ainsi leur amour. Si le texte en lui-même est disponible sur toutes sortes de supports, seules les versions matérielles revêtent un caractère sacré par eux-mêmes. Elles sont en effet passées par nos mains en propre et je doute que quiconque en possède une édition puisse volontairement le donner à vos journalistes. Mais je peux vous en faire parvenir une, si vous le désirez.
Merci. C’est bien une sorte de « manuel religieux », donc.
Les deux croyances, en Phil, Adénor et en vous, sont-elles vraiment liées ? Les archives indiquent qu’il y a eu de nombreuses victimes lors d’une véritable guerre civile sur Ragnvald, non ?
Nous avons connu de graves débordements, mais je puis vous assurer que les deux religions sont bel et bien imbriquées au travers d’une unité divine, dont je suis une des branches. Le fidèle peut ainsi prier la branche de l’Incomparable Trinité qu’il souhaite. Certains choisissent ce que l’on nomme, destiné à obtenir plus de grâce dans l’au-delà en vénérant les trois dieux à égalité. Cela demande un abandon de soi et une foi inébranlable, peu y parviennent.
Les archives parlent de milliers de morts, tout de même, ainsi que d’actes de barbarie ! Des familles cherchent encore maintenant leurs proches disparus. C’est bien plus grave que quelques débordements !
Selon le Rablerane, seuls les mauvais croyants ont interprété incorrectement les signes, allant jusqu’à l’affrontement là où tous les préceptes ne conduisent qu’à la paix. Le sang coula, je ne pus que le constater, mais… ce ne fut pas le scénario apocalyptique dont vous semblez vous délecter.
Nos archives et nos témoins nous…
Pouvez-vous donc me produire ces archives, journaliste ? Il n’est pas bon de répandre de telles rumeurs sur un canal multivisuel, si juste et impartial d’ordinaire. Je suis prêt, également, à donner audience à ces « témoins » pour qu’ils viennent s’exprimer réellement en direct devant tous. Les humains se vautrent trop facilement dans le mensonge, c’est une de leurs faiblesses.
Notre tâche de berger est longue, mais nous saurons être patients, nous, l’Incomparable Trinité.
Parfait. Nous allons donc offrir une page de publicité à nos multispectateurs et vous présenter les références et les enregistrements à notre disposition. Cela vous convient-il ?
Ce sera avec plaisir, Monsieur Maos’n. Rendez-vous donc dans quelques instants.


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RedU T1 Ch24 Ep01

episode319.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 24 Episode 01 "Ambassadeur"

PARLEMENTAIRE CI’CHI. VOTRE PONCTUALITÉ VOUS HONORE.
Les compliments de votre Majesté représentent toujours une faveur particulière, répondit l’envoyée spéciale de l’assemblée. Depuis notre précédente réunion psychique, avez-vous été satisfait des nouvelles positions de nos croiseurs ? La République nalcoēhuale met un point d’honneur à respecter ses accords, Empereur-Dieu.
CERTES, LES GRANDES LIGNES ONT ÉTÉ SUIVIES…
Ci’chi tiqua. Assise dans un fauteuil conçu pour le confort des conversations mentales d’importance, elle s’autorisa un écart de protocole et ouvrit les paupières. La discrète pièce de communication ne représentait que quelques mètres carrés dans le gigantesque cuirassé amiral de la flotte, mais elle était bardée des systèmes dernier cri de contremesure d'écoute ou de surveillance. À portée de ses doigts, un petit tableau de commande lui permettait de contacter n’importe qui sur le territoire de la république ou de moduler l’intensité de l’amplificateur psychique dont les diodes serraient ses antennes. C’était toujours un peu gênant pour Ci’chi d’enlever le foulard qui les dissimulait, même si les nouvelles mœurs toléraient désormais cet écart. Le lieu présent imposait de toute façon ses propres priorités.
« Dans les grandes lignes »… elle aurait parié que Godheim, le maitre du puissant Empire de Ragnvald, en savait plus qu’elle sur les turpitudes de Loxa et d’une partie de l’armée. La force mentale de l’Empereur-Dieu dépassait tout ce que les siens connaissaient, malgré une pratique et un entrainement aux techniques de l’esprit immémoriaux. Aucune communication interne, même hautement sécurisée, ne lui échappait.
La VOIX reprit, ferme, mais moins agressive que lors de leur première « rencontre ».
Une corvette de Ragnvald venait d’être détruite par un regrettable tir nalcoēhual, alors qu’elle se plaçait en protection des transporteurs de l’Exode. On avait frôlé la guerre.
LES TRAVAUX DE RÉPARATION SUR LES APPAREILS DE L’EXODE SE POURSUIVENT AU RYTHME PRÉVU. UN DÉPART DU CERCLE DE KHABIT EN AVANCE DE ZÉRO VIRGULE QUATRE-VINGT-QUINZE POUR CENT EST MÊME ENVISAGEABLE.
Vous m’en voyez ravie, Majesté. La présence de ces millions de réfugiés au cœur de notre territoire n’est pas appréciée par tous comme un acte de mansuétude. Cette information calmera certainement quelques esprits.
DONT LA PARLEMENTAIRE LOXA, JE SUPPOSE ?
Permettez-moi de ne pas confirmer ce qui relève de la politique intérieure nalcoēhuale, Éminence. Cependant, j’estime l’intérêt que vous semblez soudain y porter.
Y a-t-il une raison particulière à cela ? questionna-t-elle posément.
Aucune réponse ne lui parvint.
En fait, ce regain d’intérêt inquiétait Ci’chi. Les deux peuples vivaient, depuis l’origine, dans une sorte de statuquo où l’on n’évoquait ni la guerre ni un quelconque traité de paix. Depuis quelque temps, une série de négociations portant sur des accords commerciaux tentait d’amorcer un cycle vertueux de normalisation, mais les discussions s’éternisaient. La faute revenait malheureusement aux siens, plus enclins à écouter les arguments d’extrême haut de Loxa que les tendances plus modérées. Ci’chi faisait partie de ces dernières et assistait, impuissante, à l’émiettement continu de ses soutiens.
Fort heureusement, aucun des fondamentaux n’était encore mis en cause et la république multipartite conservait ses lignes politiques habituelles. Mais quelque chose de mauvais couvait.
L’Empereur-Dieu savait certainement tout cela, quelles conclusions en tirait-il ?
« DEPUIS DE TRÈS NOMBREUX CYCLES, NOS DEUX PEUPLES VIVENT UNE SORTE DE STATUQUO N’ÉVOQUANT NI LA GUERRE NI UN QUELCONQUE TRAITÉ DE PAIX. QU’EN PENSEZ-VOUS, PARLEMENTAIRE CI’CHI ? » répondit alors son interlocuteur.
Ci’chi resta bouche bée. IL venait d’employer ses propres mots, cela ne pouvait être le fruit du hasard. Godheim prouvait ainsi que toutes les sécurités nalcoēhuales ne représentaient rien face à sa puissance. En fait, IL aidait probablement Ci’chi à prendre la mesure de la menace planant dans son propre camp : « j’entends tout et je juge que la situation exige maintenant que je me découvre… un peu. »
Que répondre en retour ?
« De toute façon, pensa la vieille parlementaire, vous m’écoutez en cet instant, n’est-ce pas ? Que proposez-vous ? »
PROFITONS DE CE MOMENT PRIVILÉGIÉ POUR CRÉER UN INTERMÉDIAIRE NEUTRE ENTRE NOUS. JE VEUX QU’UN AMBASSADEUR DE L’EXODE SOIT ACCEPTÉ AU SEIN DE VOTRE PEUPLE.
Les exodés ne sont pas censés rester, d’après vos dires. En quoi cet ambassadeur temporaire pourrait-il avoir une quelconque légitimité ?
LA DESTINATION DE CES RÉFUGIÉS EST PROCHE. CE NE SONT PAS DE SIMPLES VOYAGEURS, ILS VIENNENT POUR DEVENIR UNE NOUVELLE CIVILISATION DE CETTE PARTIE DE L’UNIVERS !
Ci’chi s’accorda quelques secondes pour absorber la nouvelle. Un troisième acteur quand la situation se tendait de plus en plus entre eux deux ? Elle n’avait, en aucun droit, l’autorité nécessaire pour tenir secrète cette information, lorsque Loxa et ses affiliés l’apprendraient, ils se demanderaient si — finalement — une guerre contre Ragnvald ne représenterait pas un prix acceptable pour tuer dans l’œuf leurs futurs voisins.
Elle tenta de récolter des renseignements supplémentaires :
Si Votre Éminence pouvait nous communiquer la destination finale de l’Exode, cela nous aiderait à mieux apprécier la pertinence d’un… ambassadeur.
POUR QUE QUELQUE RENÉGAT NALCOĒHUAL VIENNE Y PLANTER VOTRE DRAPEAU ? TON PEUPLE S’EST ENFERMÉ DANS LE PÉRIMÈTRE DU CERCLE DE KHABIT, QU’IL ASSUME MAINTENANT QUE D’AUTRES PLACES LIBRES TROUVENT LOCATAIRE.
Piquée au vif, Ci’chi ne put se retenir de réagir à l’outrage.
Majesté ! Nous, Nalcoēhuals, n’approuvons ni ne pratiquons de telles méthodes ! Notre honneur et notre droiture ont été maintes fois démontrés !
JE NE PARLE PAS DE TOI NI DES ANCIENS. LA PROCHAINE GÉNÉRATION N’ENTRETIENT PAS LES MÊMES SCRUPULES…
IL SUFFIT ! PARLEMENTAIRE CI’CHI, PRÉVIENS OFFICIELLEMENT TES INSTITUTIONS DE L’ARRIVÉE D’UN AMBASSADEUR ET PRÉCISE BIEN QU’IL S’AGIRA D’UN TEST AUTANT QUE D’UN GESTE.
Et Godheim se retira comme il était venu, laissant Ci’chi s’éveiller sous la lumière pâle et bleuâtre de la petite pièce de communication. Soit ! Elle ne voyait guère de marge de manœuvre. Pianotant sur la console, elle établit une liaison prioritaire avec le parlement et demanda une réunion urgente du conseil restreint.
Une installation des exodés à proximité et Ragnvald imposant un ambassadeur… humain. Voilà qui allait déclencher pas mal de tumultes…


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RedU T1 Ch23 Ep16

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 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 16 "Humilité"

Une semaine passa, puis un mois. Je réprimai durement des frictions, prônant sans cesse notre nouveau catéchisme commun. C’est un des avantages intrinsèques aux religions, la possibilité d’en modifier à loisir l’interprétation, sinon le contenu, sans que personne y trouve à redire. Je dois cependant vous accorder que la présence des dieux « en personne », si j’ose dire, participa grandement à la pacification des deux civilisations. Je mutai au travers de mon empire des millions de foyers, imposant un brassage ethnoculturel, encourageant les accouplements et enfantements mixtes. Des temps à la gloire des deux croyances se juxtaposaient, allant jusqu’à partager des ressources ou des locaux où leurs représentants préparaient des célébrations communes.
Ceux de l’Exode allaient avoir plus de problèmes, ils ne possédaient pas mes connaissances intimes de chacune et chacun. Je tâchai de leur apporter le soutien nécessaire, en particulier grâce à un avatar, relayant ainsi Ma présence parmi mes adeptes.
L’heure du grand jour était venue. Nous organisâmes un nouveau Yesmaïl pour l’occasion, dont le succès ne se démentit pas. Le trio Arlington — Phil Goud — Adénor Kerichi y fit pour beaucoup, sacrifiant au rite malgré quelques réticences. Fabio Ouli m’apprit quelques astuces mentales pour accentuer la stimulation sexuelle de mon rayonnement. Je ne me lassai pas de découvrir l’étendue de ses connaissances psychiques : ce garçon est unique dans notre univers.
Transporteur 3 vint à moi chargé de trois-cent-vingt-deux-mille-sept-cent-cinquante-quatre âmes, il me quitta avec près de cent-mille de plus. Même si une partie des exodés s’étaient convertis à la religion de Ragnvald, force fut de constater que le mouvement inverse restait bien supérieur. Pire, je pouvais mesurer que sur les deux civilisations, les volontaires au départ vers Antares IV représentaient zéro virgule zéro zéro trois pour cent, d’où ce que j’appelais un « second exode », car ce furent bien deux-cent-mille Ragnvaliens qui rejoignirent Transporteur 3.
Alors que les nouveaux compresseurs dimensionnels propulsaient le glorieux engin et ses occupants vers leur destinée, mes calculateurs chauffaient déjà à revisiter les études sociales de mes mondes.
Avais-je par trop délaissé ma tâche d’empereur pour celle de dieu ces derniers temps ?

*
Transporteur 3, en route vers l’Exode

« Colonel Arlington, Fabio Ouli. D’ici trois bonds, nous atteindrons la position du reste de l’Exode. Je tiens à vous préciser que leur situation actuelle est désespérée et que nous devrons agir vite », lança l’avatar à la cantonade.
Du haut de son siège de commandement enfin retrouvé, Momumba Arlington se prit le visage et échappa un long soupir, tandis que Fabio observait, incrédule, la représentation de l’Empereur-Dieu. Sur un signe de tête de son chef, le capitaine Carrillo s’en alla quérir le « couple divin » pour une nouvelle aventure qui n’allait finalement pas leur laisser beaucoup de répits.
L’avatar de Godheim poursuivit :
L’Exode a subi de lourdes pertes lors d’une vaste attaque pirate à leur sortie de la Passe de Magellone. Vous en saurez plus d’ici peu. Retenez surtout qu’ils pénètrent sur le territoire de la République nalcoēhuale, un très puissant adversaire.
Va-t-on devoir se battre ? Mes hommes ne sont pas encore à l’aise avec vos nouveaux matériels, s’enquit prudemment Arlington.
Et je parie que ça va nécessiter mon aide, compléta Fabio, dont les épaules se voutèrent imperceptiblement.
Nous devons nous tenir prêts, en effet, mais il ne sera peut-être pas utile d’en arriver là. La flotte de Ragnvald a déjà préparé le terrain et plusieurs escouades de corvettes demeurent à proximité pour parer à tout besoin. Passeur, toi et moi allons nous réserver la plus importante partie du travail.
L’avatar expliqua sommairement le système de communication nalcoēhual, basé sur des liaisons psychiques associées à des capteurs-amplificateurs-transmetteurs. Ils étaient suffisamment robustes pour que l’Empereur-Dieu soit obligé de compromettre physiquement quelques relais dans un but d’espionnage…
…Mais avec ta puissance mentale, Passeur, nous pourrons les impressionner en brisant leurs défenses. Je ne doute pas de l’efficacité de cette stratégie sur eux. Acceptes-tu ?
Bien évidemment. C’est donc… le monde d’Artoc dans lequel nous nous rendons ? Un lieu empli uniquement d’une sorte de « bureau des affaires mentales » géant ?
L’avatar ne répondit pas tout de suite, semblant ainsi user des mêmes méthodes qu’Arlington pour préparer son audience.
Disons qu’un jour nous disserterons de l’origine réelle du pouvoir nommé « mental » et de ses utilisateurs. Mais, dans l’immédiat, je réponds par l’affirmative à cette question. 
Momumba s’enfonça dans son siège, soupirant :
Pfff ! J’aimerais bien qu’on revienne à une période calme ou aucun pas n’entraine de conséquences incalculables… 
Au même moment, l’entrée du centre de commandement s’ouvrit sur Carrillo, suivi de Phil et Adénor. Plusieurs opérateurs stoppèrent leur travail et mirent un genou à terre en psalmodiant la liturgie de rigueur.

*

Empereur-Dieu Godheim,
Monte-Circeo

Depuis l’antre de ma caverne, j’accompagnais l’Exode tout en poursuivant l’éternel rôle de berger pour mon peuple. Quel paradoxe que d’avoir soi-même créé un monstre, n’est-ce pas colonel Arlington ? Même si je lui accordais de n’avoir qu’amplifié l’existant.
Parce que tu n’as pas fait la même chose par le passé, Anton ? 
Je sursautai, redécouvrant au passage cette sensation. D’où provenaient ces paroles qui résonnaient autour de ma représentation physique ?
Comme si tu ne le savais pas. Tu vois, à jouer aux dieux, on finit par perdre en vivacité… 
Cette voix ? L’émotion m’étreint soudain ! Que de nouvelles sensations ces derniers temps !
FAISEUR ! TU ES DONC ENFIN VENU À MOI ?
Mais qui a dit que j’étais parti ? J’ai toujours été là, petite boule, tu ne voulais pas me remarquer, c’est différent.
Tu as bien changé, Anton… tu as réussi à perdre du poids, mais pas seulement. Tu essayes de jouer dans une cour un peu trop grande pour toi.
JE SUIS SATISFAIT D’ENTENDRE À NOUVEAU TA VOIX, FAISEUR. ELLE ME MANQUAIT.
Je tournai la tête à droite et à gauche, scrutai la caverne de tous mes senseurs possibles, amplifiai mon champ psychique sans rien trouver de l’origine de ces paroles. C’était une de ses méthodes pour dialoguer : IL était là et IL n’y était pas.
Le grand Empereur-Dieu qui nous fait un mélo pour ménagère au foyer, on aura tout vu. Ne va pas t’effondrer en larmes d’huile, hein ? C’est bon, ce n’est que moi.
CELA FAIT CINQ-CENTS LONGUES ANNÉES QUE JE ME PRÉPARE À CES RETROUVAILLES. LA SATISFACTION DÉPASSE SANS DOUTE MES MOTS. JE VOUDRAIS SAVOIR, FAISEUR, ES-TU ENCORE SUR RAGNVALD ?
Non. Tu t’es construit ton propre mausolée à la taille de ton égo. Quel que soit le nom que tu lui donnes, « empire » par exemple, ça reste l’arrière-cour négligeable d’un poulailler dans l’infini qui nous entoure. Mais tu le sais bien, hein ? Ce n’est pas comme si tu n’avais pas déjà connu tout cela comme ANCIEN Passeur ?
LA DURETÉ DE TES MOTS NE M’ATTEINT PAS, JE SUIS AU-DELÀ DE LA CRITIQUE, répondis-je au hasard de la voute. TOUT CELA ÉTAIT NÉCESSAIRE POUR COMBATTRE LES TITANS.
Mouais… Jamais vu combattre quelqu’un en tapant une partie de cartes avec lui, si tu veux mon avis. Tu penses les ménager pour les prendre par surprise ? Mon pauvre vieux : tu crois qu’en trois-milliards d’années, on ne leur a pas déjà fait le coup ? Ils ne connaissent pas le temps, donc, techniquement, ils ont l’éternité -et l’expérience qui va avec- pour eux.
CERTES, MAIS MOQUER MES EFFORTS MASQUE TON ABSENCE DE SOLUTION. TON STATUQUO COUTE CHER AUX ÊTRES VIVANTS DE CETTE RÉALITÉ. POURQUOI DEVRAIENT-ILS PAYER TA SOI-DISANTE NEUTRALITÉ ?
Il ne répondit pas tout de suite. J’ai rapidement supposé par le passé que le duo Faiseur-Passeur n’était qu’un de ces aspects de l’ordre du Tout et que les Titans ne représentaient qu’une péripétie parmi d’autres.
Il existait, sur l’ancienne Terre, ce jeu que l’on nommait « les poupées russes », où l’une s’emboitait à l’intérieur d’une autre plus grande, elle même incrustée dans une troisième, dans un mouvement virtuellement sans fin. Que pouvait comprendre de l’ensemble celui qui était enfermé dans la première poupée, la plus petite et la plus profondément enfouie ?
C’est en gros l’idée, Anton. Tu vois, quand tu veux ! Accessoirement, je passais quand même pour te saluer et te remercier d’avoir pris la bonne décision.
Et puis… excuse-moi d’être un peu rude avec toi. On sait tous deux que ça ne part pas d’une mauvaise intention, mais, s’il te plait, reste en dehors de tout cela. La duplicité des « Titans » n’est plus à démontrer : ils me tendent des pièges aussi grossiers qu’inutiles et ça m’oblige à jouer les acrobates.
Ha, tiens ! Le coup du cirque dans la dimension blanche, j’en rigole encore ! Risible comment ils essayent de se faire passer pour de mignonnes petites créatures  ! Énorme, dis-je.
CETTE MANIÈRE DE COMMUNIQUER AVEC MOI, PAR LE PASSEUR OU CE PHIL GOUD, MÊME SI ELLE ÉTAIT PRÉVISIBLE, M’A TOUT DE MÊME DÉÇU. NE POUVAIS-TU VENIR À MOI BIEN PLUS TÔT, COMME MAINTENANT ?
ET, PUISQUE TU PARLES D’AMUSEMENT, CET HUMAIN PUR AU CŒUR SIMPLE EST UN CLONE DE CE QUE JE FUS MOI-MÊME PAR LE PASSÉ. JE DOUTE QUE CE SOIT LE FRUIT DU HASARD.
J’entendis un rire fluté résonner au lointain.
Tu sais très bien ce qu’est vraiment le hasard. Quant à Philémon Goud… ben ouais, c’est toi dans ta jeunesse. On ne tourne pas une roue en s’intéressant au sillon tracé, mais à celui à venir. Je les choisis toujours ouverts, avec une foi profondément ancrée dans le futur (je précise que, dans ton cas, je ne t’avais pas choisi, sachant que tu étais le Passeur de l’époque. Mais oui, je t’aimais bien.)
Dernier détail, car je dois y aller : si j’ai glissé un peu lourdement des mots à ton intention, dans la bouche de mon Phil, jamais je ne me serais permis ça avec le Passeur. Il y a des limites à respecter, quand même
Je me raidis, les rouages de mon corps tendus à leur extrême.
QUE VEUX-TU DIRE ? QUI A COMMUNIQUÉ AVEC MOI, ALORS ?
Anton, Anton… Il t’a complètement roulé dans la farine. C’est super de se pavaner comme un dieu, quand on a un œil partout. Mais là, tu étais totalement aveugle et tu désirais me parler. Ce bon Fabio t’a donc offert une partie de poker menteur et a fait de toi son obligé. Pas un moment, tu n’as douté que je sois bien au bout de la ligne, et lui, malin comme un singe, il t’a bluffé.
Tu vois, petite boule ? Le Passeur t’a donné une mémorable leçon d’humilité. Sans utiliser aucune de ses possibilités innées, ni même un quelconque pouvoir mental des Titans, il s’est joué de toi avec sa simple intelligence humaine et tu es tombé dans le panneau.
À bon entendeur, j’y vais. À une prochaine, Anton !

*

Au centre de commandement de Transporteur 3, l’avatar s’interrompit soudain dans l’explication des préparatifs. Tous se tournèrent vers lui, mais celui-ci ne rendit son regard qu’à Fabio. Un hoquet fit sursauter le petit vieux, puis un second alors qu’il rentrait légèrement la tête dans les épaules. Quand soudain…
« Hé, hé, hé, HA, HA, HA, HA ! GNA, HA, HA, HA, HA, MOUHA, HA, HA, HA… »
Et simultanément, dans l’empire de Ragnvald, on vit et entendit rire tous les avatars et tous les écrans jusqu’au clignotement des plus infimes diodes, ce qu’aucune base de données n’avait jamais enregistré. L’effet dura plusieurs minutes, mettant les nerfs de tous les opérateurs à rude épreuve.
L’Empereur-Dieu submergeait tous les systèmes par un irrépressible fou rire.

FIN DU CHAPITRE 23



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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
https://soundcloud.com/ramzoid/grasslands-1

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RedU T1 Ch23 Ep15

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 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 15 "Confrontation (2)"

Face à Phil Goud, je me revigorais. Quel personnage fascinant, une fois que l'on s’était penché sur son mode de pensée !
« Je refuse que vous quittiez Ragnvald. Le Faiseur est parmi vous, nous le savons tous et risquer de le laisser partir est inacceptable. »
Un idéaliste, un juste.
Voilà celui que tu avais choisi. J’ai été comme lui, loin des spécialistes de la guerre et de la politique, loin des calculs des grands, un homme guidé par son idéal.
Simple, brut, une âme pure en quelque sorte… Tel était Phil Goud. Je reconnais bien là tes choix habituels, Faiseur.
Il tenta une vaine approche conciliante…
Tu pourrais nous laisser partir, on chercherait le Faiseur ensemble ! On le trouverait et on verrait ce qu’il veut.
Parce que vous, Phil Goud, vous espérez comprendre le Faiseur ? J’ai bien peur que sa pensée soit loin de vos capacités. Fabio Ouli a essayé de me convaincre de la même chose, il en paye maintenant le prix.
Vous avez un animal domestique ? Je ne le savais pas, voyez-vous…
Fabio ? Où est-il ? Que lui avez-vous fait ?
J’ignorai ces questions secondaires en observant, quelque peu attendri, leur chat décrire toutes sortes de circonvolutions autour de mes jambes. Durant mon existence humaine, j’avais possédé plusieurs félins. Ces mammifères sont particulièrement passionnants à étudier. La première grande civilisation d’Égypte les élevait au rang de créatures célestes. Certes, la protection des silos à grains y était pour beaucoup, mais l’attitude hautaine de ces petits êtres ne manquait pas d’impressionner.
Phil Goud réagit lorsque la nouvelle s’afficha sur le téléviseur…

« … m’annonce que toutes les navettes de Pirus II se préparent à un combat désespéré contre les vaisseaux ennemis, car certains prétendent que nous assisterions à l’ultime étape avant l’ouverture d’un portail dimensionnel ! Si tel était le cas, cela signifierait que…
UN FLASH EST APPARU AU MILIEU DU CERCLE, ON DISTINGUE AU TRAVERS DE LA BRUME DES FORMES MOUVANTES ET OBSCURES… JE NE SAIS… »

Je me fendis d’une explication pour nos dieux impies.
Il s’agit d’un trou noir de catégorie quatre, situé près d’ici au cœur d’une galaxie en triple spirale. On peut l’apercevoir vers l’ouest en cette période de l’année. Une fois transféré là-bas, cet astéroïde n’aura jamais existé autre part que dans mes bases de données.
Que décidez-vous, Phil Goud ?
Allez-vous faire foutre ! répondit-il le visage blême.
Nul doute que mon avatar ne reviendrait pas de cet entretien si je mettais le plan à exécution.
Je pourrais tout arrêter si telle était ma volonté. De votre côté, vous le pourriez également, d’une manière assez simple en fin de compte. Cessons cette destruction aussi stérile qu’inutile, pour…
JE T’AI DIT D’ALLER TE FAIRE FOUTRE, CONNARD !
Et le lieutenant Goud, d’un grand coup de pied, projette l’avatar au travers de la pièce.
Tss, tss… Allons, justicier ! Il faut savoir reconnaitre la fin d’une partie. Accepte ma pr oposition, il en va de notre avenir mutuel.

*

« Mais si tu veux sauver l’humanité, pourquoi régner en dieu omnipotent sur tout cet empire ? Priver de la liberté de conscience ou surveiller tout et tous, ce ne sont certainement pas les meilleures méthodes pour les aider ! »
Va-t-il enfin me laisser parler au Faiseur ? Fabio Ouli profite de la situation ! Que cette discussion aurait pu être passionnante en un autre moment, mais pas maintenant !
CAR LES HOMMES SONT TELLES DES NUÉES D’OISEAUX MIGRATEURS AU PRINTEMPS. IL LEUR FAUT UN GUIDE, UN BERGER. CELA A TOUJOURS ÉTÉ ET LE DEMEURERA POUR LONGTEMPS.
FAISEUR, PARLE-MOI ! J’AI BESOIN DE TON POUVOIR POUR REFERMER LA PORTE À TOUT JAMAIS !
… Il ne veut pas, semble-t-il. C’est assez étrange, mais je dirais qu’il a son propre plan et que tu n’en fais pas partie. Si on y réfléchit, ce n’est pas totalement illogique.
JE LE CONNAIS. IL REFUSERA DE LES SCELLER DANS LEUR DIMENSION, IL EST TROP RETORS POUR CELA. DÉJÀ À L’ÉPOQUE, IL S’ÉTAIT RETENU DE M’APPORTER SON AIDE. J’AVAIS DÛ METTRE UN TERME À L’INVASION… D’UNE AUTRE MANIÈRE.
Il me souffle à l’oreille que tu embellis la situation… Juste pour satisfaire ma curiosité, comment as-tu « mis un terme à l’invasion » ?
BRUTALEMENT, MAIS C’ÉTAIT NÉCESSAIRE. FAISEUR, JE TE RETIENDRAI DANS L’EXODE, LE TEMPS DE TE TROUVER. TU M’ASSISTERAS, ALORS, DANS MES OBJECTIFS.
Quelle tournure du destin ! Le faiseur refusait de m’associer à son plan, comme Phil Goud refusait de s’associer au mien. Il ne me restait plus beaucoup d’options.

*

Goud courut jusqu’à mon avatar, le reprit par le col et le plaqua haut contre le mur. Les jambes de mon androïde gigotaient loin du sol, tandis que Kerichi le tenait en joue. Il me cracha des mots assez inattendus.
« Que tu détruises ou assimiles tout ce qui représente un obstacle, tu ne tourneras jamais dans le sens de la roue. Tu ne louvoieras qu’à ses côtés, fantôme d’un passé qui refuse d’accepter ce qui le dépasse !
Tu n’es plus et depuis trop longtemps déjà ! »
Je n’en revenais pas. Était-ce bien Phil Goud qui prononçait ces mots ? Cela ne correspondait pas, alors qui ?

*

FABIO OULI ! TU AS TROUVÉ UN MOYEN DE CONTOURNER MON FILET PSYCHIQUE !
Moi ? J’ignorais même que cela était possible. Rencontrerais-tu des difficultés « ailleurs », Sire Godheim ? Je dis cela, parce que le Faiseur agit de son côté. J’ignore à quelle fin et comment, mais je te passe gentiment l’information.
Étais-je de taille à l’affronter ? LUI ?
Désormais, il n’y avait plus devant moi qu’un seul adversaire, me parlant par personne interposée. Que me montrait-il ? Qu’il pouvait m’égaler, sans attirail technologique, sans empire ou sans réseaux ?
Le Faiseur se dressait contre moi et modifiait le sens de la partie. Il la replaçait dans un ensemble plus vaste : si j’avais le temps et la force du moment, il possédait pour lui la véritable éternité et la roue infinie de l’univers. Demain, les Titans viendront et, peut-être, l’emporteront-ils ? En serais-je responsable, au moins en partie ?
Lui n’aurait qu’à recommencer ailleurs, plus tard… ou plus tôt. Le Passeur me sortit de mes réflexions.
Godheim ! Libère-nous ! Faiseur et Exode cheminent ensemble et il est possible qu’à vouloir… on dira « bien faire », tu ne fasses que les éloigner.
JE PRÉPARE CECI DEPUIS DES SIÈCLES, POURQUOI ABANDONNERAIS-JE SI PRÈS DU BUT ?
Une question. Je posais une question dont je redoutais la réponse. Moi, Godheim, Empereu r-Dieu de Ragnvald et être omnipotent, je tremblais dans l’attente d’une information. Alors que Fabio Ouli, lui, fermait ses paupières.
Les petits tressaillements de son torse trahissaient-ils un ricanement ?
« Anton Marenkof… Peut-être parce qu’au fond tu n’es, toi aussi, qu’un homme ! »

*

« … La formation des corvettes se rompt à nouveau ! Le passage dimensionnel s’étire et… IL DISPARAIT ! L’attaque de Ragnvald semble suspendue ! Les navettes qui tentaient de forcer le blocus font désormais demi-tour pour se remettre en position autour de l’astéroïde. Mesdames et messieurs, nous ignorons ce qu’il se passe, mais il se peut que… »

Le regard de Phil Goud restait fixé sur mon avatar, mais d’infimes mouvements de sa tête m’indiquaient qu’il suivait l’évolution de la situation. Je dis simplement :
J’accepte de trouver un compromis vous autorisant à quitter Ragnvald.
Avec Transporteur 3 ? questionna Adénor Kerichi qui me visait toujours.
Oui.
Cela nous fait une belle jambe, Transporteur 3 est incapable de décoller. Vous nous aiderez à le réparer ? renchérit le spécialiste des sas. C’était son domaine et je l’imaginais aisément tenir les comptes de chaque tôle arrachée à son précieux vaisseau.
Oui, je le ferai. Et j’ajouterai même des améliorations pour vous permettre d’affronter vos futurs défis. Cela vous convient-il ?
La Valkyrie tueuse royale s’approcha, l’air plus soupçonneux que jamais. L’arme collée contre ma tempe, elle me jeta la question qui suivait logiquement :
Pourquoi ?
Parce que… j’apercevais, à quelques mètres, le chat qui bondissait en une enjambée sur le canapé. Le félin observait la scène avec un intérêt modéré… Parce que je refuse d’être le nouveau Caïn.
Maintenant, veuillez me déposer, je vous prie. En ce moment, un message d’apaisement est transmis dans tout l’empire quant à une découverte théologique de première importance. Je demande à tout le monde d’arrêter séant son activité et de rester à l’écoute.
Phil et Adénor, je vous propose de nous rendre au stade du Yesmaïl, pour présenter à tous une relecture de notre conflit.
Les pieds de mon avatar touchèrent à nouveau le sol et j’offris au couple l’expression la plus avenante trouvée dans mes bases de données. Ils étaient dubitatifs, ce qui correspondait bien à leur fonctionnement humain. J’ajoutai donc quelques informations pour les rassurer…

*

… Que je donnai également à Fabio Ouli et au Faiseur !
« NOUS ALLONS PROCÉDER À UN SECOND EXODE. TOUS CEUX QUI SOUHAITENT VOUS ACCOMPAGNER LE POURRONT, CEUX QUI DÉSIRENT RESTER SUR RAGNVALD ET POURSUIVRE LE CULTE ICI, LE POURRONT ÉGALEMENT.
NOUS CRÉERONS DES RITES COMMUNS ET RECONNAITRONS OFFICIELLEMENT UN LIEN QUI UNIRA À TERME NOS DEUX RELIGIONS.
MÊME SI C’EST L’ÉVIDENCE, JE PRÉCISE QUE LA PAROLE DE GODHEIM EST UNIQUE. »
J’ouvris les quatre attaches qui retenaient le Passeur. Il se frotta négligemment les poignets pour en débarrasser la pression résiduelle, mais ne perdait évidemment pas le fil de la conversation.
Je pense que c’est ce que le Faiseur désire. En tout cas, il ne dit plus rien.
Je t’aiderai à le trouver. Au moins, cette aventure m’aura permis de comprendre combien il compte.
UN DE MES AVATARS VOUS ACCOMPAGNERA POUR LA SUITE DE VOTRE PÉRIPLE. CONSIDÉREZ-LE COMME UN AMBASSADEUR DE RAGNVALD À VOS CÔTÉS.
Si tu veux, cela ne devrait pas poser de problèmes. Par contre, je doute que les morts qui séparent les deux religions soient oubliés d’un trait de plume. Il y a une haine profonde qui s’est développée entre nos adeptes et nous en sommes responsables.
JE LA GOMMERAI SUR RAGNVALD. IL VOUS FAUDRA FAIRE DE MÊME EN VOTRE SEIN.
J’ouvris la lourde porte de mon antre, le Passeur comprit et se dirigea vers elle. À quelques pas du seuil, il hésita pourtant et se retourna.
 Marenkof, Godheim… Je te voyais comme un bourreau, mais mon intuition me disait… Non, rien, laissons cela.
Il reprit sa marche.
TERMINE TA PHRASE, PASSEUR !
… tu me fais penser à Magnam IV, voilà. Votre pouvoir n’a été, et n’est, rien d’autre qu’une malédiction qui vous a été imposée de l’extérieur. Je connais cela et je compatis… Voilà, c’est tout.

Je le laissai s’éloigner.

Ses mots résonnèrent longtemps dans mon esprit.


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RedU T1 Ch23 Ep14

episode316.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 14 "Confrontation (1)"

« Adénor, viens voir çà ! »
Phil Goud, le pseudodieu, appelait sa « déesse ».
Sur le seuil de leur appartement, j'entendais à travers l'un de mes avatars le poste de télévision diffusant à nouveau, depuis la reprise de Transporteur 3, les informations continues d’Ex-One Média. Mes accompagnateurs patientaient, me laissant le soin de décider du bon moment pour me découvrir.
Adénor Kerichi avait rejoint Phil Goud en pleine reconquête et je dus reconnaitre que ses conseils tactiques leur avaient donné un avantage stratégique décisif. Cependant, au-delà du courage et de la détermination des exodés, au-delà même de la surprise de mes troupes devant le soulèvement d'une population tout juste matée, il y avait l'exceptionnel Fabio.
Partout dans l’empire, grâce aux émissions pirates d’Ex-One Média, on avait vu l'imposteur « Saint Phil » lever les bras et balayer mes soldats par dizaines. Semblant se concentrer, il retournait les balles contre les tireurs embusqués, contenait les déflagrations des grenades, quand il ne les laminait pas avant qu’elles explosent. Ces miracles truqués par le Mental renversèrent la donne, d'autant plus que les circuits vecteurs de mon omniprésence étaient méticuleusement débranchés au fur et à mesure de l’avancée des exodés. La malchance voulut qu'aucun de mes avatars n'ait été présent à ce moment-là… Ou peut-être les avais-je simplement sous-estimés ?
« On y est… »
ajouta Phil Goud alors que sa compagne le rejoignait. Il augmenta le volume. J'entendis alors la voix du journaliste Titus Matrane traverser la porte.
« … en direct ces images des observatoires de Pirus II, l’astéroïde principal de la ceinture de Beta-Centauris. Une flotte d’une centaine de corvettes de Ragnvald vient d’apparaitre en orbite ! Je vous rappelle que Pirus II a décrété la sortie unilatérale de l’empire depuis vingt-quatre heures. L’influence de l’Empereur-Dieu a déjà été limitée par la destruction de certains systèmes centraux de transmission et on parle d’une purge totale en cours (j’ignorais même que cela était possible). Que va-t-il se passer, est-ce un simple bluff de la part du pouvoir ?
L’inquiétude gagne la population qui prie Sainte Adénor et renforce ses armes avec des grigris, plus ou moins officiels, de Saint Phil. Nous voyons ici des colonnes de femmes et d’enfants que l’on met à l’abri dans les profondes mines de l’astéroïde, mais cela suffira-t-il en cas d’attaque ?
Mesdames et messieurs, d’après nos derniers chiffres, la population de cet astéroïde serait de douze-mille-quatre-cent-soixante-quinze habitants, un nombre très moyen au regard des autres colonies de… »
Le colonel Arlington, décidant que toute farce avait une fin, me dépassa brusquement de côté pour frapper la porte.
Adénor ouvrit, une serviette sur les cheveux. Mon ouïe, plus fine que celle de tous ceux autour de moi, m'avait prévenu qu'une arme avait été sortie de son holster l'instant précédent.

*
Fabio Ouli écarquilla les yeux, la bouche entrouverte.
« Quoi ? »
Les diodes rouges de ma forme principale s’allumèrent dans l’obscurité. Il tourna la tête à droite puis à gauche, comme s’il me cherchait et s’écria :
Le Faiseur est toujours vivant ! Godheim, un dieu ne ment pas, tu t’es joué de moi !
ET POURQUOI CROIS-TU CELA ?
Il vient… de me le dire.
Je m'interdis de réagir, immobile, alors que mes circuits tournaient à plein régime.
Ainsi, il s’était enfin montré. Qu’il utilise le Passeur pour communiquer sa présence représentait une écrasante probabilité de soixante-et-onze virgule quatre-vingt-douze pour cent. Je ne mettais absolument pas en doute les assertions de Fabio Ouli, même si aucune vibration n’avait altéré mon champ psychique. De la part du Faiseur, cela ne m’étonnait guère, il n’utilisait pas le pouvoir mental des Titans pour communiquer.
PEUX-TU ENCORE L’ENTENDRE, PASSEUR ?
Là ? Non, enfin je veux dire qu’il ne parle p… ha… D’accord ! Apparemment, il accepte de discuter avec nous deux, mais au travers de ma personne. Je… dois dire qu’il semble assez insatisfait de tes… disons : « prises de position ».
FAISEUR, TU AS TOUJOURS ÉTÉ TROP ÉLOIGNÉ DES RÉALITÉS POUR COMPRENDRE CE GENRE DE CHOSES.
Que veux-tu si ce n’est pas le pouvoir, Godheim ?
EST-CE LE FAISEUR OU LE PASSEUR QUI PARLE, ICI ?
C’est moi, bien sûr. Si tu désires papoter avec le Faiseur, commence avec moi.
Quelle impudence, cette jeunesse !

*

La femme écarquilla les yeux à la vue des dix gardes qui tenaient mon avatar en joue.
Adénor Kerichi, capitaine Zoé Akowa, matricule 7298-23 des forces royales. J’ai toujours pensé que le simple fait que ce soit toi, la tueuse trahie par sa hiérarchie, qui accompagna celui qui t’avait sauvée au préalable (alors que vous ne vous connaissiez pas), représentait une défaillance des lois de la probabilité. Et si le Faiseur y avait joué un rôle ?
La réaction de l'ex-capitaine fut extrêmement vive : elle mit en joue mon avatar une onzième fois. J’avais un temps envisagé de lui proposer la création d’une force militaire, endoctrinée et composée exclusivement de femmes. Mes études sociologiques démontraient une discipline accrue et une moindre violence gratuite chez les femelles, le concept demandait à être testé. Entre sa notoriété et ses talents, je ne doute pas que le résultat eut été à la hauteur de mes ambitions… Malheureusement, comme Phil Goud et comme le Passeur, elle s’était dressée contre moi.
« Détendez-vous, Adénor Kerichi, je viens parlementer. Le Colonel Arlington, ici présent, peut vous le confirmer. »
Ils échangèrent un regard, suivi d’un acquiescement mutuel. Le doute et la suspicion subsistaient visiblement, mais l’Exode mordait à l’hameçon. Je me doutais de la moisson d’informations que l’on déduira des analyses spectrales et radiologiques effectuées sur cet avatar, mais tel était le prix à payer. Ce n’est qu’une fois certain que ce corps robotique ne contenait aucune trace d’explosif, qu’Arlington avait consenti à ce tête-à-tête entre « dieux ».
« Puis-je entrer ? Je viens vous proposer une solution diplomatique au drame qui accable nos deux peuples. »
La maitresse de maison, si j’ose dire, laissa passer mon avatar. Pour autant, son arme restait braquée sur lui.
*

Passeur, Passeur, PASSEUR !
Nous touchons enfin au but et te voici, parasitant ce contact ténu avec le Faiseur de tes déductions biaisées par de si incomplètes connaissances !
LE FAISEUR EST NOTRE OBJECTIF, TOUT CECI N’EST QUE SECONDAIRE.
Pas pour moi ! Et je suis celui par lequel transitent les messages… alors, assez joué. Je te pose directement la question : que veux-tu ? Pourquoi la recherche du Faiseur, si ce n’est pas pour obéir aux Titans ? Pourquoi construire cet empire sans fin, pourquoi ce corps obscène et, plus que tout, quelle est la raison de ton existence, Empereur-Dieu Godheim ?
J'empêchai une forme de colère de se déverser ici, sur ce Passeur si rebelle et ce Faiseur tant recherché. Ma grogne s’abattrait ailleurs…

*

« MERDE ! »
Phil Goud, devant son écran, voyait en direct mes corvettes se mettre en position pour créer l’arc transdimensionnel. Je pouvais ainsi téléporter cet astéroïde (voire une planète entière !) au cœur d’un soleil, d’une simple pensée.
Il se retourna vivement et m’enserra le col, loin de toute civilité. On sentait la colère, et même la panique, emporter ce petit humain dépassé par les conséquences de ses actes. Dès le début, je n’avais pas compris pourquoi c’était dans son entourage que le Faiseur avait décidé de revenir en ce recoin de galaxie…
Il hurla :
ARRÊTEZ ÇA TOUT DE SUITE !
Je le peux. Mais cela va dépendre de vos réponses. Je suis venu vous proposer de vous intégrer dans la liturgie religieuse de Ragnvald. De cette manière, nous pourrons faire vivre plusieurs « dieux », ou assimilés, dans un seul dogme.
Il me reposa lentement, réalisant les implications de mes paroles. Même la grande Adénor relâcha la pression sur la détente de son arme. Les humains sont si simples à désorienter que…
Donc le transporteur pourra quitter cette planète et rejoindre le reste de l’Exode ? demanda brusquement Phil Goud.
Je n’ai pas dit cela. Je vous propose une sorte de paix des braves avant que ce conflit ne dégénère. Vous ne devrez pas vous éloigner de l’empire, bien sûr.
Alors c’est non.
Je pense que vous ne mesurez pas les conséquences de vos propos, jeune homme.
L’Exode.Est.Et.Sera.Libre.
C’est suite à cette réaction, à la fois belle et stupide, que je compris pourquoi c’était lui, et personne d’autre, qui avait été choisi comme comparse par le Faiseur.
Oui, bien sûr…

*

Pendant ce temps, je répondais au Passeur.
JE VEUX SAUVER L’HUMANITÉ DES TITANS. METTRE UN TERME À CE CYCLE PERPÉTUEL DE VIOLENCE ET DE DESTRUCTION QUI EMPORTE LES CIVILISATIONS DE BOUT EN BOUT DE L’UNIVERS.
Et pourquoi ferais-tu cela ?
TU LE SAIS DÉJÀ, FABIO OULI, NE…
Je me redressai, parfaitement conscient de m’être par trop abaissé à répondre ainsi à ses questions, quand bien même s'agissait-il du Passeur.
Une partie était en cours avec trois adversaires en scène : le Passeur, le Faiseur et les faux dieux. Je pouvais agir sur certains leviers, le Faiseur pouvait suivre mes actions et demeurer invisible à mes multiples yeux. Fabio Ouli se jouait de mes sentiments et les deux autres, s’ils ne pouvaient gagner, risquaient d’affaiblir durablement Ragnvald.
Passeur Ouli, je t’en prie, aide-moi. Tu dois déduire et comprendre seul !
Je pense que tu étais précédent Passeur. Ai-je tort ?
MON ÉCHEC EN COUTA ALORS AUX HUMAINS. OUI, FABIO OULI, AVANT GODHEIM… IL Y EUT ANTON MARENKOF, PASSEUR D’ALORS.
Marenkof… Je connais ce nom. Marenkof… Le créateur des compresseurs dimensionnels ! Le fameux Anton Marenkof dont on a perdu la trace, mais dont les écrits sont encore conservés dans la bibliothèque royale de MaterOne Centrum.
ET POUR CAUSE, JE N’AI JAMAIS POSÉ LE PIED SUR VEORA, QUE VOUS APPELEZ « MATERONE », MALGRÉ TOUS MES EFFORTS POUR QUE L’HUMANITÉ Y PARVIENNE. JE LES AVAIS QUITTÉS BIEN AVANT, CHOISISSANT DE TRACER MON PROPRE SILLON, LOIN DES « DESTINS » PRÉDÉFINIS PAR D’AUTRES.
Y… parvienne ? Que veux-tu dire par là ?
JE RÉPONDS À TES QUESTIONS, DOIS-JE ÉGALEMENT ME RÉPÉTER POUR TE CONVENIR ?
TU AS MAINTENANT COMPRIS CE QUE TU SAVAIS DÉJÀ. CONTACTE LE FAISEUR, IL SE JOUE DE L’IMPLACABLE ROUE DU TOUT. JE DOIS LUI PARLER.
ÉCOUTE ET APPRENDS.


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RedU T1 Ch23 Ep13

episode315.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 13 "L'indignation d'un Dieu"

Cercle de Khabit, Transporteur 3, quartier de l’équipage.

Installé dans un des fauteuils du salon, je regardais Phil Goud agenouillé auprès de son chat Vivagel, brosse en main. Le félin laissait amoureusement l’ustensile glisser le long de son pelage. Il s’étirait autant que possible pour profiter le plus longtemps de chaque passage et encourageait son maitre par des ronronnements puissants.
Phil était conscient de ma présence, mais refusait toujours de m'adresser la parole. Trop de mensonges, trop de suspicions et même peut-être trop de morts nous séparaient, pour qu’une quelconque amitié renaisse entre moi et le couple qu'il formait avec Adénor.
Vivagel se tourna sur le côté, invitant clairement Phil à insister au niveau du cou et au bas du dos, ce qu’il fit, soumis une fois de plus aux désirs de l'animal.
« Ce chat et moi sommes ensemble depuis bientôt deux ans. Neka, ma première femme l’avait trouvé miaulant devant sa porte… C’était alors la révolution Castiks. »
Je m'étonnai le premier qu'il engageât la conversation. Le chat l’observait de ses yeux d’amande, semblant le retenir à son unique tache de brossage. Je ne manquai toutefois pas l’occasion de répondre :
J’ai toujours aimé les chats, en ce qui me concerne. En fait, je déteste les rongeurs, rats et souris, donc forcement, les félins sont mes amis…
Toi, peur des rats ?
Non, pas « peur », je n'aime juste pas… En tout cas, c’est clairement une répulsion dont l’origine m’échappe.
Il s’esclaffa — vraisemblablement par moquerie.
Le « grand Passeur », celui qui emporte le destin de l’univers vers on ne sait où, se retrouve démuni devant un petit mammifère sautillant à quatre pattes, haut comme même pas une pomme ?
Oui, d’accord, c’est bon ! répondis-je, agacé.
J'avais beau tenter de me rapprocher du couple, il me renvoyait sans cesse son agressivité. Je devais reconnaitre qu’ils avaient raison, bien au-delà même de ce qu’ils imaginaient : j'avais après tout été contraint d'user de manipulation, voire même d'organiser un attentat à leur encontre...
Il n’avait suffi que de quelques mots échangés face aux Titans, dans le cirque fou du Positron, pour qu’une partie du pot aux roses soit dévoilé, entrainant une colère froide, particulièrement chez Phil Goud. Pas de chance, c’était autour de ce dernier que toute cette histoire tournait, dont le fameux « Faiseur », l’être capable d’autoriser « la perturbation de l’ordre et de l’harmonie des choses » (selon l’Empereur-Dieu Godheim).
Il était donc vital de demeurer à leurs côtés, d’autant qu’une puissante religion était née et que, même au sein de l’Exode, leur rôle n’était plus du tout anecdotique.
Mais, dis-moi, enchaina Phil, pensif, tu n’es pas obligé de rester avec nous, tu sais ? Promis, dès qu’on voit le faiseur, on t’appelle. Je suis sûr que, quelque part, une jolie brune, ou un gentil Barbane moustachu, ou n’importe qui, t’accueillerait à bras ouverts !
Je suis officiellement responsable de votre sécurité et, entre nous, vous pourriez passer devant le Faiseur que vous ne le reconnaitriez pas. Et, enfin, Godheim (son avatar) ne me lâche pas, il veut connaitre l’avancée de nos recherches. Donc, navré, mais non.
Phil échappa un profond soupir et poursuivit le brossage du chat. J'observais le félin qui lui rendit un regard moelleux.
Où était donc ce Faiseur ?

Si nous avions pu le trouver à l’époque, cela aurait sans doute simplifié bien des choses…
Inutile de préciser que l’argument comme quoi le Faiseur était un exodé, avait été ressassé de nombreuses fois à Godheim. Les fondements de son empire étaient malheureusement en jeu, il allait donc mettre tous ses moyens dans les batailles théologiques à venir.
Dans son immense grotte, il m’avait convoqué dès la reprise de Transporteur 3 par les fidèles de Phil et Adénor. Les morts continuaient de s’entasser dans les coursives et les escaliers, mais il s’agissait de soldats de Ragnvald cette fois, beaucoup plus que d’exodés.
Sire Godheim, je ne crois pas que la stratégie vers laquelle vous semblez vous orienter soit la meilleure… si je puis me permettre.
TU AS OSÉ PORTER LA MAIN CONTRE LES MIENS, POURQUOI DEVRAIS-JE TE LAISSER LA LIBERTÉ, PASSEUR ?
Je n’ai fait que tenir mon rôle de gardien de Phil Goud, sire. Vos soldats s’en prenaient personnellement à lui, je ne pouvais autoriser cela. J’ai essayé de minimiser les victimes autant que possible.
ET CELA PASSE MAINTENANT POUR DE LA MANSUÉTUDE DU NOUVEAU MESSIE, DONT LES SOI-DISANT « MIRACLES » SONT DIFFUSÉS EN BOUCLE AU TRAVERS DE TOUT MON EMPIRE PAR LES RÉSEAUX CLANDESTINS QUE TU AS AIDÉ À INSTALLER.

Même si déceler une expression, dans le cœur de son immensité phallique, relevait d’une gageüre, plusieurs indices m’indiquaient qu’une rage froide montait en lui. J’en eus la confirmation quelques secondes plus tard :
« SHAZAM ! »
Et nous étions repartis pour un tour. Il m’honora du mot-clé trois ou quatre fois — je ne m’en souviens plus très bien — puis me laissa reprendre mes esprits. Je me retrouvai attaché à des anneaux fixés sur deux poutres de métal en X. À une dizaine de mètres devant moi, l’ombre de l’Empereur-Dieu se mouvait, seuls les petits points rouges de ses pupilles trahissaient sa présence.
JE VAIS TE GARDER AUPRÈS DE MOI, PASSEUR. T’OFFRIR MÊME UN SEMBLANT DE LIBERTÉ FUT UNE FAIBLESSE DE MA PART. TU VAS APPRENDRE QUE S’ÉLEVER CONTRE UN DIEU A UN COUT.
Godheim, tu penses vraiment que ces bouts de métal vont me retenir ? Tu oublies ce dont je suis capable et dès que tu auras le dos tourné, je…
SHAZAM !
Évidemment, dans ces conditions, la discussion ne pouvait que tourner court. D’autant que nous savions tous deux combien ma vantardise était exagérée. « Tourner le dos » ? Mais Godheim est une machine, il ne tourne jamais le dos et peut rester un siècle à me surveiller sans un mouvement. Au moindre doute, j’aurais droit au mot-clé, encore et encore. Il est partout et régira son monde les yeux rivés sur ma personne, sans faillir.
Je sentis une sorte d’aura épaississant l’atmosphère lorsque je me réveillai. Quelques secondes d’analyses me suffirent à en comprendre la teneur : c’était un petit « filet mental » qui m’entourait. Son utilité était simple : repérer tout mouvement psychique. Si, par malheur, je tentais d’agir en un autre lieu par mes pouvoirs, IL serait alerté et hop ! Mot-clé…
La religion de Phil et Adénor est en pleine explosion. Tu ne pourras pas l’arrêter même si je ne fais plus de miracles, leur emprise est désormais trop puissance pour être étouffée. Crois-tu que nous ignorons les conversions grandissantes aux quatre coins de Ragnvald ? Laisse-nous partir, si tu ne veux pas perdre définitivement le Faiseur dans une quelconque escarmouche malheureuse !
ET QU’EST-CE QUI TE DIT QU’IL N’EST PAS DÉJÀ TOMBÉ ?
Avait-il appris quelque chose ?
Une sueur froide me sillonna le dos, car si le Faiseur était bel et bien mort alors plus rien n’arrêterait Godheim. Il avait tous les moyens et pouvait décider d’anéantir des mondes entiers s’il l’estimait nécessaire. J’avais rendu compte à Arlington, ce matin, de plusieurs massacres à diverses échelles au travers l’empire, mais pas toujours à l’initiative de partisans de Godheim. Les (désormais) deux camps se renvoyaient la même sauvagerie, les mêmes conversions forcées, les mêmes conquêtes et les mêmes drames. Des temples à la gloire de chacun étaient construits et détruits, des têtes tombaient et la guerre civile était désormais une réalité en de nombreux lieux.
Parmi les bonnes nouvelles, on allait décréter, sur un gros astéroïde au nom abscons, la sortie du giron de Ragnvald. L’évènement n’avait entrainé aucune effusion de sang, c’était une première.
Pourtant, L’Empereur-Dieu ne lâchait rien.
Les deux points rouges restaient immobiles et me surveillaient depuis l’ombre. Il fallait que j’en sache plus. Je commençai par… lancer la conversation.
« J’ai été assez intrigué par l’absence de jugeote de la part d’Artoc, lors de son entrée dans Transporteur 3. Un Mental aurait vite mesuré la détermination des exodés, pourtant lui s’est laissé berné par des idées préconçues. »
Pas de réponse. Je poursuivis…
Ce n’est pas une question de langue ni de « fréquence psychique » si je me base sur la rencontre que nous avons eue ici même. À part un fanatisme au-delà de toute rationalité, je ne vois pas.
ARTOC A JURÉ DE NE JAMAIS UTILISER SES POUVOIRS DANS L’EMPIRE. TELLE FUT UNE DES CONDITIONS À SON INTRONISATION.
Juré ? Tiens, oui, au fait, pourquoi n’ai-je trouvé aucune trace de Mentaux ? Nulle part, sur aucun des mondes où je me suis projeté ?
IL A JURÉ DEVANT SON DIEU. C’EST LA PAROLE D’UN ÊTRE DOUÉ D’HONNEUR, LES DIEUX SAVENT RECONNAITRE CELA, CONTRAIREMENT À TOI, FABIO OULI.
Bon, j’avais posé une question directe, il n’en avait même pas tenu compte. Changeons d’approche…
« Je ne manque aucunement d’honneur, Sire Godheim. Nous sommes juste en désaccord au sujet de l’exode.
D’ailleurs, une interrogation — que je ne vous soumettrai pas — m’est venue. La dernière personne qui s’était intéressée aux Titans, à ma connaissance, fut Angilbe. Il ne connaissait pas les termes de « Faiseur » ou de « Passeur », mais il avait accumulé une bonne documentation sur eux.
Certaines informations recoupent celles du cirque délirant et de notre cher Monsieur Loyal, dont, par exemple, les pouvoirs incommensurables offerts par ces Titans aux humains d’alors.
Pouvoirs très comparables aux miens. Une intensité que vous ne possédez pas et comme nous ne savons rien de vous, je ne peux qu’en supputer la raison. J’imagine un Mental moyen, esseulé et orgueilleux, qui se serait construit un corps pouvant traverser les siècles, s’installant à l’autre bout de l’univers pour y bâtir son propre empire. Ce n’est qu’une théorie bien entendu… »
Lentement, la grande chose s’approcha. Lorsque la lumière réverbérée par la pierre dessina les traits principaux de son visage, je fus stupéfié d’y lire… comment dire ? Une expression désespérée ! Était-ce le jeu d’ombres et de clarté ou une simple illusion d’optique ? Les mots qui sortirent de sa bouche, alors, ne me laissèrent que peu de doutes.
« … EST-CE AINSI QUE TU ME VOIS, FABIO OULI ? EST-CE TOUT CE QUE NOTRE PROXIMITÉ T’A INSPIRÉ SUR MA RAISON D’ÊTRE ?

SHAZAM ! »
Et je retombai dans l’inconscience…


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RedU T1 Ch23 Ep12

episode314.mp3
 Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 11 "Titra IX"

Bonjour à tous, vous êtes bien sur Ex-One Média, et c’est Titus Matrane en direct de Transporteur 3 pour cette émission très très spéciale.
Aujourd’hui, nous recevons une personnalité illustre dont l’éclat nous guide au travers des épreuves que nous traversons, je veux bien sûr parler de sa grandeur, son excellence… Phil Goud.
Permettez-moi d’embrasser Votre main, Monseigneur.

C’est un honneur, je vous l’annonce sincèrement et devant tous nos multispectateurs. Moi et les miens suivons tous vos préceptes et je conserve une trace de chacun de vos miracles chez moi. Je… Pouvez-vous bénir ma petite fille ? Elle est ici dans cette salle. Pas tout de suite, ne vous pressez pas, mais après l’émission, par exemple, et…
Monsieur Matrane, retournez présenter ce journal s’il te… s’il vous plait. Si vous voulez m’aid… suivre la voie, je pense que c’est surement ce qu’il faut faire. Je bénirai tout ce que vous me demanderez après, promis.
Oui, oui, bien sûr ! Alors, je… je me rassoie. Heu… nous avons tant de questions à vous poser, les fidèles ont saturé le standard dès la nouvelle de Votre Auguste venue. Accepterez-vous d’y répondre ? Au moins à quelques-unes ?
Nous verrons, monsieur Matrane, mais je veux d’abord vous lire mon communiqué. Il est important et… il est temps pour moi de lever le rideau de tout ce théâtre. Je l’ai préparé rapidement sur un bout de papier dans le transport tubulaire, vous m’excuserez de certaines tournures.
Bon, ce n’est pas l’essentiel, alors je commence.
… Exodés de Transporteur 3, la nouvelle que j’ai à vous annoncer n’est en rien plaisante ou agréable. Il est probable que moi, Phil Goud, ma compagne Adénor et d’autres deviennent les personnes les plus haïes de l’Exode après cette déclaration. J’en assumerai donc l’entière responsabilité.
À la suite de… C’est quoi ces lumières rouges qui clignotent, Matrane ? C’est assez dérangeant, j’aimerais rester concentré si possible.
En fait, c’est pour annoncer un flash spécial. On me dit à l’oreille que quelque chose se passe sur un des mondes de Ragnvald. Nous recevons des images enregistrées, il y a maintenant un peu plus de deux heures. Cela parlerait de… d’un massacre de fidèles !
NON, encore ?
Nous allons la visionner immédiatement. Jean-Marie, tu peux envoyer !
Donc… Ici, nous découvrons une barricade assez importante élevée autour d’un quartier où logent principalement des Octotes, me dit-on. La planète est Titra-9, une des plus grosses de Ragnvald après Monte-Circeo. Ha ! On longe la bordure intérieure avec les révoltés, semble-t-il. Les mines sont fermées et on peut distinguer des minirécepteurs illégaux qui permettent de suivre les nouvelles. Vu l’horaire inscrit sur cette vidéo, l’assaut sur Transporteur 3 venait de débuter depuis une bonne trentaine de minutes… On voit des gens distribuer des armes… D’après les langues parlées, il y a aussi des citoyens de Ragnvald, on dirait. Des convertis… Ici, cette jeune fille offre à boire et…
Catherine !
Pardon ? Vous connaissez… Mais qu’est ce que c’est ? Je découvre ces images en même temps que vous, mesdames et messieurs. Une population en colère vient de s’amasser face à eux, à moins d'une centaine de mètres dirait-on. Ils sont… très nombreux et visiblement armés. Regardez là, des gardes de Ragnvald en tenues blindées ! On voit l’inquiétude gagner les visages de ce côté des barricades, certains reculent, d’autres se préparent à combattre. On a le son ? La fille, là, on peut l’entendre ?
« Saint Phil et Sainte Adénor nous regardent par-delà les mondes ! Nous leur devons tout et c’est… »
ILS ATTAQUENT ! Cette vidéo est un témoignage en direct, mesdames et messieurs. Les soldats de Ragnvald utilisent des explosifs. Ils ouvrent facilement une brèche dans la barricade OÙ TOUS LES AUTRES S’ENGOUFFRENT !
… C’est… Ho ! Mon Dieu, Phil, PHIL !
Ça va trop loin...
La jeune femme, regardez comme elle se défend ! Elle met à terre plusieurs assaillants à mains nues et elle retourne l’arme d’un soldat contre lui !
La caméra pivote, nous voyons autour, c’est… une boucherie.

La caméra vient de tomber par terre, on voit un pied du caméraman sursauter sous les coups d’un groupe de civils enragés, ils sont armés de battes ! LA JEUNE FILLE, ELLE A ÉTÉ TOUCHÉE, VOUS…
CATHERINE, NON !
Ils se jettent à plusieurs sur elle et… abattent leurs armes dessus… je… pardonnez les sanglots dans ma voix… je n’arrive pas…

C’est maintenant filmé d’un étage, dissimulé, nous sommes trente minutes plus tard… La rue est jonchée de cadavres… On voit des explosions au loin, mais c’est pratiquement fini. Il n’y a plus que des civils de Ragnvald ou des soldats qui enjambent les corps et… regardez ces enfoirés, ils achèvent les victimes !
PUTAIN CES BOUCHERS VONT TOUS NOUS BUTER, PHIL GOUD !

Phil Goud, s’il vous plait, donnez-nous la voie ! Qui sont ces monstres, quelle est cette épreuve ? Je… Oui ? QUOI ?
Je refuse de… de laisser… çà, impuni !
C’est notre tour ! En direct, on me dit que des soldats sont à la porte du studio !
Ils arrivent ! On… on entend des coups sur la paroi, des hurlements ! Nous sommes accusés de… de promotion de contenu interdit. Des techniciens partent prêter mainforte pour repousser l’assaut… Comment ? La multidiffusion a été interrompue ?
Godheim, tu ne t’arrêteras pas… tu n’es qu’une machine sans âme !
Oui ? Ha ! OK… La régie s’est branchée sur les lignes pirates de l’Exode ! Grand Phil, nous n’avons que quelques secondes avant que l’entrée ne cède, PITIÉ !
Chérie, rejoins-moi sur le plateau, s’il te plait. Viens mettre un genou à terre, là…
Phil Goud, nous sommes maintenant à vos pieds. QUE DOIT-ON FAIRE ? Je ne veux pas que ma fille meure ! Ils vont massacrer tout le monde comme sur Titra-9, comme dans la Cité intérieure !
Catherine… Ragnvald doit payer, nous n’avons plus qu’un seul choix.
Elle est devenue par son sacrifice, notre première martyre… Sainte Catherine ! Je ne voulais pas, monsieur Matrane. Croyez-moi, je ne voulais pas...
Faites quelque chose, pitié ! Vous devez nous aider ou nous allons tous mourir !
MOI, PHIL GOUD, JE DÉCLARE LA GUERRE SAINTE CONTRE L’EMPIRE DE RAGNVALD !
QUE MES… FIDÈLES DEVIENNENT DÉSORMAIS DES LIONS ET DES LIONNES-SABRES, CHAQUE EXODÉ EST UNE LAME QUI TUERA ET DÉFERA NOTRE ENNEMI ULTIME : LE TYRAN GODHEIM.
L’EMPIRE DE RAGNVALD VEUT NOUS EXTERMINER, ALORS PAR LE POUVOIR QUI EST EN MOI ET EN ADÉNOR, JE VOUS GUIDERAI ET JE VOUS DONNERAI À TOUS LA FORCE DE VAINCRE !
OUI ! EXODÉS, VOUS AVEZ ENTENDU L’ORDRE DU VRAI DIEU ! TOUS CEUX QUI TOMBERONT AU CHAMP D’HONNEUR SERONT GLORIFIÉS ET SANCTIFIÉS ET LEURS NOMS DEVIENDRONT DES PRIÈRES ÉTERNELLES !
Je… Je pars affronter ces soldats avec vous, NOUS ALLONS TOUS COMBATTRE À VOS CÔTÉS !

Phil Goud, je comprends maintenant le message que vous vouliez nous faire passer. Non, nous ne pouvons pas vous haïr, vous saviez ce qui allait arriver et c’est pour nous aider à RÉAGIR COMME DE VRAIS EXODÉS que vous avez laissé tout cela se produire. VOUS AVIEZ RAISON !
Chérie, je ne reviendrai peut-être pas. Toi, là-bas éloigne-la d’ici, passe par les conduits d’aération. Je t’aimerai toujours ma petite, même si je devais m’en aller au paradis, dis au revoir à ta mère de ma part. Adieu.
J’y vais, MERCI À TOI, PHIL GOUD ! ALLEZ LES GARS, MONTRONS-LEUR QU’ON NE CRAINT RIEN ET REPRENONS CE TRANSPORTEUR EN DIRECT SUR L'ANTENNE D’Ex-One Média !
EN AVANNNNNNNNNNT !


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Les génériques de début et de fin de ce chapitre ont été exceptionnellement créés à partir de "Grasslands" de "Ramzoid"
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  Red Universe Tome 1 Chapitre 23 Episode 11 "Échec total"

Le personnel de l’hôpital m’avait littéralement séquestrée dans une pièce à part. Derrière la porte s’accumulaient déjà fleurs, offrandes et suppliques pour que je réalise tel ou tel miracle. Le responsable des internes ne m’avait-il pas demandé d’intercéder en faveur d’un patient en état critique ? Je ne pouvais évidemment rien tenter pour ce pauvre hère, au mieux pouvais-je passer le message à Fabio au cas où ses pouvoirs seraient efficaces. « Sainte Adénor » était venue aux nouvelles du capitaine Carrillo et des centaines de blessés balayés par la contrattaque de Ragnvald. Nous le savions, mais nous pensions que cela n’arriverait pas « forcément », quitte à nous mentir à nous-mêmes.
Les assaillants ne furent pas cent, ni cinq-cents, mais deux-mille, lourdement armés, se jetant dans une opération de « sauvetage » qui n’en avait que le nom. Comment espéraient-ils protéger la vie des otages dans une attaque de cette ampleur ? Mais le fait est qu’ils atteignirent leur objectif, car les exodés, eux, n’étaient pas des bêtes au point d’achever des blessés dans un hôpital.
Je regardais la cité intérieure par une petite fenêtre, lorsqu’Arlington entra dans la pièce en se contorsionnant pour contourner les montagnes de présents qui abondaient devant l’entrée. Il arborait évidemment la mine grave des mauvais jours.
Carrillo s’en sortira. L’opération a été un succès et on a retiré les deux balles logées près du cœur. Le pire, c’est qu’on reçoit en ce moment l’aide de nombreux médecins et d’avatars pour soigner les blessés et étayer les décombres d’immeubles. Apparemment, le message serait qu’ils sont « désolés d’avoir été obligés d’en arriver là ». Quelle hypocrisie !
Y a-t-il eu de nouvelles victimes ? demandai-je, dégoutée par ce gâchis sous notre responsabilité.
Oui, deux. Vu le nombre de blessés, c’est un miracle et… il vous est attribué à l’unanimité.
Le colonel s’approcha pour, comme moi, scruter la cité intérieure. Les dernières fumées finissaient d’être étouffées et on condamnait des quartiers entiers pour éviter un écroulement en chaine.
Deux-mille soldats, sans aucune pitié : aucune résistance n’avait été tolérée, la mort pour tous ceux qui faisaient mine de combattre. Si Carrillo n’avait pas ordonné d’éloigner le maximum de personnes des zones où les potentielles batailles se dérouleraient, le bilan aurait été bien pire. Il avait, en tant que responsable, préparé tout ce qu’il était humainement possible : barricades, protections, chaussetrappe… Même l’hôpital avait été évacué, ne conservant que le minimum de patients qui ne pouvaient être déplacés.
Mais que pouvait-il espérer face à l’Empereur-Dieu ? Ce cyborg possédait tous les plans de notre transporteur, fichait chaque exodé, mémorisait toutes les stratégies depuis l’aube des temps et mobilisait une force de frappe endoctrinée et parfaitement organisée.
La voix cassée, Arlington tira le bilan peu reluisant de ce drame.
On dénombre au total cent-soixante-quatre morts, dont sept enfants, quatre-cent-douze blessés, dont une vingtaine de cas très graves, ce qui est peu, car… ceux qui résistaient étaient implacablement achevés. Une partie des victimes « civiles » l’ont été suite à l’assaut par les forces de Ragnvald d’un immeuble occupé.
Une erreur ?
Non. Il s’agissait de… de certains de vos fidèles. Ils pensaient sérieusement qu’eux et leurs familles étaient placés sous votre sainte protection et qu’ils seraient vainqueurs. Ce fut un massacre. Je suis navré, Adénor. Je ne sais que dire.

De leur côté, ils déplorent tout de même des pertes : neuf morts et environ quatre-vingts blessés. Artoc et les otages ont été libérés et sont maintenant quelque part sur Monte Circeo. D’après quelques rumeurs divulguées par les médecins de Ragnvald, il s’agirait également des plus lourdes pertes de mémoire d’homme dans leur rang.
Maigre consolation. L’Empereur-Dieu est bien au-delà de la mémoire des hommes et cela ne doit représenter qu’un épisode de plus dans sa longue carrière d’absolutisme. Et dire qu’il prétend aider l’humanité…
Le colonel Arlington soupira, il laissa ses épaules s’affaisser puis écrasa brusquement son poing contre le mur, les yeux embrumés.
« C’était MON idée ! Je… Je savais qu’on risquait ce genre de répliques, mais je n’imaginais pas… j’ai supposé qu’il n’oserait pas aller jusque là. Bon dieu, il cherche ce « Faiseur » et on a cent-soixante « possibilités » qui viennent d’être emportées dans cette attaque ! JE NE COMPRENDS PAS !
Il avait tout prévu depuis le début et même cet imbécile d’Artoc s’est fait manipuler. Godheim l’a laissé provoquer cet incident, lui fournissant une raison pour reprendre la main avec cette violence inouïe. Et maintenant… nous voici avec de nombreux morts et Transporteur 3 occupé : loi martiale, contrôle d’identité, patrouilles du centre de commandement aux toilettes communes ! Nos ateliers de fabrication de propagande religieuse ont tous été détruits et, même moi, j’ai désormais trois chaperons, aux avant-bras comme des jambons, plus un avatar de Godheim qui, tous, m’accompagnent en permanence. On est proche de l’échec total et… sanglant.
Je crois que Goud, Fabio et vous êtes les seuls encore libres de vos mouvements, chère Adénor. Si vous avez la moindre idée, je suis preneur. »
Je ne répondis pas, tentant de maitriser mes émotions. Si j’avais beaucoup tué par le passé, il s’agissait d’un « travail » et chaque action était préparée, calibrée. Ici, nous avions affaire à un jeu de gestion de masses. La mort n’était plus comptée en vies, mais en pourcentage, les dommages ne se qualifiaient plus socialement, mais de manière comptable. Pour l’Empereur-Dieu, cent-soixante individus représentaient un risque de moins d’un centième de tuer le Faiseur.
C’est une machine que nous affrontons, peu importe qu’elle soit recouverte de peau ou, comme Fabio le suppose, habitée par un cerveau humain. Comme tout ordinateur, elle vit par le calcul : risque de voir l’empire de Ragnvald déstabilisé contre risque de perdre le Faiseur. À partir de là, le sort des résistants était joué.
Où est Goud, au fait ? demanda Arlington en se reprenant.
Il est à Ex-One Média, il a décidé de lancer un appel pour faire cesser le combat. Lorsque l’on a appris le soulèvement des exodés sur les dix-mille mondes, il s’est écrié qu’il n’accepterait jamais d’être responsable de la mort de tant de personnes. Alors, il en a parlé au premier gradé de Ragnvald qu’il a trouvé et, immédiatement, l’Empereur-Dieu lui a fait ouvrir une véritable haie d’honneur vers les studios multivisuels du pont quatre.
Je comprends Goud. D’après les informations de Fabio, nous avons de nouveaux convertis de Ragnvald qui se sont alliés au soulèvement des exodés à la suite de l’attaque. Même s'il a lieu dans les deux sens, le mouvement d’évangélisation a tendance à tourner en notre faveur. Le plan était bien parti pour être une victoire… et c’est bien pour cela que Godheim a réagi aussi brutalement.
Le pire c’est que tout cela me rebute autant que vous. Avez-vous pensé que je ne réfutais pas l’horreur de ce que nous avons tenté ?
Je croisai son regard et fus surprise d’y découvrir plus un appel à l’aide qu’une réelle question. De par sa fonction, et à l’origine de l’idée, ce haut officier rodé, un des grands architectes de la révolution Castiks, avait encore plus de mal que moi à accepter les conséquences de nos choix. Encore une personne bien, entrainée dans un malstrom sans issue.
« Jamais nous n’avons pensé cela, Colonel. Nous sommes tous responsables. Tous. »
Au loin, sur la paroi de l’autre côté de la cité intérieure, on pouvait voir des ouvriers, hommes et machines, s’affairer à agrandir une ouverture dans la coque. Plaque par plaque, le démantèlement de Transporteur 3 avait bel et bien commencé et Phil passait en ce moment un message de reddition sur la première chaine d’information de l’Exode.


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Bande Annonce officielle " L'autre Agapé " (Special 2017 - Podnuit 18/08/2017)

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En se rendant à cet étrange rendez-vous, Calande Rorré la jeune psychologue en vue de la mégapole MaterOne Centrum, ne se doutait pas qu'elle allait rencontrer le Contramiral Poféus.
Amour, violence, secrets et pédophilie : Angilbe et Calande basculeront mutuellement leur destin pour le meilleur et pour le pire.


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